L’apparition d’un cas d’Ebola au Nigeria, chez une patiente ayant séjourné en Ouganda sans passer par la RDC, ravive les inquiétudes sur la propagation régionale de l’épidémie. Le directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, alerte sur les risques liés aux retards de diagnostic et aux déplacements transfrontaliers. Il appelle les pays africains à renforcer la surveillance dans les postes-frontières ainsi que dans les structures sanitaires publiques et privées, alors que plusieurs milliers de cas et de décès sont rapportés.
L’épidémie d’Ebola qui touche plusieurs régions africaines demeure préoccupante, avec la détection d’un cas au Nigeria chez une patiente ayant séjourné à Kampala, en Ouganda. Dans un entretien accordé jeudi 22 octobre à RFI, le directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), Jean Kaseya, a souligné que cette situation confirme les risques de propagation au-delà des frontières.
« Aucun pays n’est à l’abri si on ne renforce pas la surveillance non seulement à la frontière mais aussi dans les structures privées et publiques », a-t-il averti, appelant à une coordination accrue entre les États concernés.
Selon les informations communiquées par Jean Kaseya, la patiente est arrivée à Abuja le 3 octobre, avant de développer des symptômes trois jours plus tard. Après avoir fréquenté plusieurs établissements de santé privés, elle a été hospitalisée le 11 octobre, puis diagnostiquée positive le 19 octobre. Ce délai fait craindre l’existence de nombreux contacts susceptibles d’avoir été exposés au virus.
Jean Kaseya a précisé que la patiente n’avait jamais séjourné en République démocratique du Congo (RDC), contrairement à certaines informations initialement évoquées. Elle avait voyagé avec son mari à Kampala, avant de rejoindre Abuja via Addis-Abeba. Pour le responsable d’Africa CDC, cette trajectoire soulève des questions sur une possible circulation du virus en Ouganda, qui doivent être examinées avec les autorités sanitaires de ce pays.
Des centaines de contacts à identifier
Face à cette situation, les autorités nigérianes ont annoncé avoir identifié 44 personnes contacts et poursuivent les recherches pour retrouver d’autres personnes potentiellement exposées. Africa CDC a mobilisé un appui supplémentaire, comprenant plus de 500 kits de dépistage et une dizaine de spécialistes, afin de soutenir la réponse sanitaire.
« Mon souhait serait qu’on ne puisse pas avoir de transmission communautaire avec cette épidémie », a déclaré Jean Kaseya, saluant la réactivité des équipes sanitaires nigérianes.
Le responsable a également annoncé une réunion des ministres africains de la Santé, prévue le 28 octobre, pour examiner les défis liés aux déplacements transfrontaliers et renforcer la coordination régionale.
Une épidémie toujours jugée sérieuse
Selon les estimations présentées par Jean Kaseya, l’épidémie totalise environ 9.600 cas et 4.600 décès, des chiffres susceptibles d’évoluer. Malgré une baisse des nouvelles infections signalées par rapport au pic observé en RDC en août, il estime prématuré de conclure que la situation est maîtrisée.
L’analyse des dates d’apparition des symptômes montre plutôt un plateau, tandis que de nouveaux cas continuent d’être détectés dans plusieurs pays. Pour le directeur général d’Africa CDC, l’extension géographique de l’épidémie et les retards de diagnostic justifient le maintien d’une vigilance élevée.
Au-delà de la réponse médicale, Jean Kaseya a également insisté sur la transparence des financements mobilisés contre Ebola en RDC. Il a précisé que les écarts entre les sommes annoncées par les bailleurs et celles déclarées par les organisations intervenantes traduisent un manque d’informations consolidées, et non une preuve de détournement. Il plaide pour que tous les partenaires rendent compte de leurs financements et de leurs activités aux autorités nationales.
Infos27

