En conditionnant tout transfert des eaux du fleuve Congo à une consultation populaire et à des garanties scientifiques, Félix Tshisekedi pose un principe légitime de protection nationale. Mais cette position ne prendra toute sa force qu’avec un cadre juridique précis, une expertise indépendante et une diplomatie capable de concilier souveraineté et coopération africaine.
L’eau pourrait devenir, pour la République démocratique du Congo, l’un des grands enjeux stratégiques de ce siècle. Elle engage déjà une question fondamentale : qui décide de l’avenir d’une ressource dont dépendent les populations, les écosystèmes et les possibilités de développement d’un pays ?
Le 22 octobre 2026, à l’ouverture de la quatrième Biennale de Luanda, Félix Tshisekedi a rappelé que les éventuels transferts des eaux du fleuve Congo vers d’autres bassins devraient respecter la Constitution et les lois nationales, être précédés d’une consultation populaire par référendum et présenter des garanties scientifiques rigoureuses. Cette position s’inscrit dans un discours qui défend également la coopération hydrique comme instrument de paix en Afrique. Elle constitue donc une ouverture conditionnelle, plutôt qu’une interdiction générale.
Cette prudence mérite d’être soutenue. Elle doit aussi être examinée avec exigence.
Une ressource abondante n’est pas une ressource disponible sans limites
Le premier mérite de la position présidentielle est de refuser que l’abondance apparente serve de justification à une disponibilité présumée des eaux congolaises.
Un fleuve ne se réduit pas à un volume qui s’écoule vers l’océan. Son fonctionnement soutient la pêche, la navigation, les activités agricoles, les équilibres écologiques et les perspectives énergétiques. Avant de parler d’un éventuel surplus transférable, il faut connaître les besoins présents et futurs du bassin, les variations saisonnières et les conséquences des prélèvements envisagés.
La question des tourbières renforce cette exigence. Leur conservation dépend de conditions hydrologiques particulières ; leur assèchement peut entraîner la décomposition de la tourbe et libérer du carbone. Cela justifie des investigations approfondies, sans permettre d’affirmer à l’avance que tout transfert aurait nécessairement le même effet sur tous ces milieux. Chaque projet doit être évalué selon sa localisation et ses caractéristiques.
La même rigueur doit s’appliquer à Inga : les conséquences éventuelles d’un prélèvement en amont doivent être calculées, notamment en période de faibles débits. Elles ne peuvent être ni présumées catastrophiques ni déclarées négligeables par simple argument politique.
La souveraineté donne un fondement solide à la prudence
La protection des eaux congolaises possède un ancrage constitutionnel. L’article 9 reconnaît la souveraineté permanente de l’État sur les eaux et les espaces fluviaux et lacustres congolais. Le Président est donc fondé à rappeler qu’une décision engageant cette ressource doit respecter les institutions et les intérêts du pays.
Toutefois, il faut distinguer ce fondement général de la procédure applicable à un projet précis. La déclaration présidentielle ne suffit pas, à elle seule, à établir une obligation constitutionnelle automatique de référendum pour chaque transfert envisagé. Cette exigence politique doit recevoir une traduction juridique explicite : quels projets seraient concernés, selon quelle procédure et avec quels effets ?
Il faut également éviter de présenter l’ensemble du bassin comme relevant exclusivement de la RDC. La souveraineté sur les eaux congolaises s’exerce dans un environnement hydrographique partagé. La coopération sur les eaux transfrontalières s’appuie notamment sur des principes d’utilisation équitable et raisonnable et de prévention des impacts transfrontières. Défendre les droits du Congo suppose aussi de prendre au sérieux ceux des autres États riverains.
Le référendum peut protéger le peuple, à condition de l’éclairer
Soumettre une décision aussi importante aux citoyens présente un intérêt démocratique évident. Une infrastructure susceptible d’engager plusieurs générations ne devrait pas résulter d’une négociation opaque entre gouvernements, bailleurs et entreprises.
Mais un référendum ne garantit pas, par sa seule existence, une décision éclairée.
Sur quoi les Congolais voteraient-ils ? Sur une idée générale de solidarité africaine ? Sur un ouvrage précisément défini ? Sur un accord dont les volumes, les coûts, les risques et les obligations seraient déjà publics ?
La différence est décisive. Une question vague pourrait transformer une décision technique majeure en a

