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Kinshasa
28 octobre, 2026 - 19:39:25
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Joseph Kabila : les armes contre le Congo, un alibi pour Kigali

En prenant la tête d’une coalition armée issue de l’AFC/M23, l’ancien président renforce les motifs politiques des sanctions qui le visent et contribue à présenter comme une querelle congolaise une guerre dont l’implication rwandaise est documentée. Une ambition personnelle ne saurait effacer une responsabilité extérieure.

Comment prétendre aimer son pays tout en rejoignant une entreprise armée qui menace ses institutions et expose sa population à de nouvelles souffrances ? Comment demander aux Congolais de vous reconnaître comme une solution après avoir dirigé leur État pendant dix-huit ans, puis choisi le camp d’une rébellion soutenue par une puissance étrangère ?

Ces questions constituent désormais le cœur du problème Joseph Kabila. L’annonce, le 12 octobre 2026 à Goma, de sa prise de direction du Front pour la refondation de la nation — présenté comme la nouvelle structure absorbant l’AFC et le M23 — donne à son engagement une portée politique explicite. L’ancien chef de l’État assume ainsi la direction d’un mouvement politico-militaire issu de la rébellion qui combat les institutions congolaises.

Un ancien président dispose du droit de critiquer son successeur, de dénoncer une mauvaise gouvernance et de proposer une autre orientation nationale. Mais ce droit ne lui confère aucun privilège pour imposer son retour par les armes. Avoir exercé la magistrature suprême devrait renforcer le devoir de protéger l’État, ses frontières et sa population.

Une conduite qui renforce les motifs des sanctions

Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire a condamné Joseph Kabila à mort par contumace, notamment pour trahison, participation à un mouvement insurrectionnel et crimes de guerre. Cette décision doit être désignée avec précision : il s’agit d’une condamnation judiciaire prononcée en son absence, dont la contestation relève des voies de droit applicables.

Le 30 avril 2026, le Trésor américain l’a également sanctionné pour son soutien au M23 et à l’AFC. Washington lui reproche notamment un appui financier à l’AFC et des démarches destinées à encourager des militaires congolais à rejoindre cette coalition. Il s’agit ici des motifs énoncés par les autorités américaines pour une mesure de sanctions, distincte d’un jugement pénal.

Sa prise de direction d’une coalition issue de ces mouvements ne valide pas automatiquement, en droit, chaque accusation antérieure. Elle renforce cependant, sur le plan politique, la cohérence des inquiétudes qui fondaient les mesures prises à son encontre. Il devient difficile de présenter son rapprochement avec la rébellion comme une simple invention de ses adversaires lorsqu’il en assume désormais publiquement la direction.

On ne réfute pas une accusation de soutien à l’insurrection en prenant la tête de l’organisation qui la poursuit. On lui apporte une confirmation politique particulièrement lourde.

Un visage congolais ne fait pas disparaître l’intervention rwandaise

Le deuxième enjeu dépasse la personne de Joseph Kabila. Il concerne la qualification même de la guerre.

La résolution 2773, adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité le 21 février 2025, condamne l’offensive du M23 soutenue par les Forces de défense rwandaises. Elle demande à ces dernières de cesser leur soutien au mouvement et de se retirer immédiatement du territoire congolais, sans conditions préalables. L’implication du Rwanda constitue donc un fait reconnu par le Conseil de sécurité, et non une simple affirmation du gouvernement de Kinshasa.

Dans ce contexte, placer un ancien président congolais à la tête de la rébellion peut produire un avantage narratif considérable pour Kigali : déplacer l’attention de l’intervention étrangère vers une confrontation entre personnalités congolaises. La guerre pourrait alors être présentée principalement comme un conflit entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, entre deux camps nationaux, voire entre deux projets de gouvernement.

C’est précisément ce déplacement qu’il faut contester.

La présence d’acteurs congolais dans une coalition armée n’efface pas les soutiens militaires étrangers dont elle bénéficie. Une direction congolaise ne transforme pas rétroactivement une intervention extérieure en affaire exclusivement intérieure. Le changement de nom d’une organisation ne suffit pas davantage à supprimer les responsabilités liées à ses opérations.

C’est en ce sens que l’engagement de Joseph Kabila peut être analysé comme une contribution à la réhabilitation politique du pouvoir rwandais et de Paul Kagame : il offre un visage national susceptible de reléguer leur responsabilité à l’arrière-plan. Cette lecture porte sur l’effet politique de son choix ; elle ne suppose pas de prétendre connaître ses intentions intimes.

La bataille des récits prolonge la bataille militaire

L’enjeu est majeur. Si la guerre devient, dans les représentations internationales, une simple dispute entre Congolais, les demandes adressées au Rwanda risquent de perdre leur centralité. Le retrait des forces étrangères, l’arrêt du soutien aux mouvements armés et le respect de la souveraineté congolaise pourraient être subordonnés à une négociation sur le partage du pouvoir à Kinshasa.

La récompense politique de la rébellion finirait alors par remplacer le traitement des causes de l’agression.

Reconnaître cette dimension extérieure n’oblige nullement à nier les défaillances congolaises. La résolution 2773 condamne aussi le soutien de forces congolaises à certains groupes armés, notamment les FDLR, et en demande la cessation. La défense de la souveraineté gagne en crédibilité lorsqu’elle assume cette exigence de cohérence.

Mais aucune faute de Kinshasa ne donne à Kigali le droit d’intervenir militairement sur le territoire congolais. De même, aucune critique du gouvernement actuel ne confère à Joseph Kabila un droit de conquête.

Dix-huit ans de pouvoir appellent un bilan

Joseph Kabila a gouverné la RDC de 2001 à 2019. Cette durée lui impose une obligation de rendre compte avant toute prétention à incarner le renouvellement national. Il doit répondre politiquement de la fragilité des institutions, de la persistance de l’insécurité et des pratiques de gouvernance installées sous sa présidence.

L’opacité financière de cette période reste également un sujet d’intérêt public. L’enquête « Congo Hold-up », publiée en 2021, a exposé des accusations de détournements de fonds publics impliquant Joseph Kabila, sa famille et des proches. Ces révélations appellent des investigations et des réponses judiciaires ; elles ne doivent pas être confondues avec des condamnations établies pour chacun des faits allégués. Elles rendent néanmoins indispensable une exigence de transparence.

Un ancien dirigeant ne peut demander que son bilan soit oublié au moment même où il réclame une nouvelle autorité sur le pays. Les armes ne constituent ni une reddition des comptes ni un programme de reconstruction.

Le Congo n’est pas un patrimoine personnel que l’on récupère lorsque l’on estime en avoir été privé.

Juger les actes, sans recourir aux procès d’origine

La colère suscitée par Joseph Kabila nourrit parfois des accusations sur son identité ou ses origines. La critique politique n’a pourtant aucun besoin de s’appuyer sur des affirmations non établies pour être ferme.

Son parcours, ses décisions, ses alliances et ses responsabilités publiques fournissent le terrain pertinent du débat. La question décisive concerne ce qu’il fait à la souveraineté congolaise, aux institutions et à la sécurité des citoyens.

La nationalité ne dispense personne de répondre de ses actes. Et le patriotisme ne se mesure pas à la force d’une proclamation : il se juge à la protection accordée au pays et à ses habitants.

Le peuple ne peut être le prix d’un retour au pouvoir

Un mouvement armé peut parler de libération, de refondation ou de salut national. Ces mots doivent être confrontés à leurs conséquences concrètes : déplacements de familles, interruption des études, destruction des activités économiques, insécurité et deuil.

Celui qui ambitionne de gouverner doit expliquer comment il protégera les citoyens. Lorsqu’il choisit une stratégie qui les expose davantage à la guerre, il doit répondre de cette contradiction.

Le refus de cette violence ne vaut pas adhésion sans réserve au pouvoir actuel. Les Congolais ont le droit d’exiger simultanément une meilleure gouvernance, des institutions responsables, une opposition libre et la fin des entreprises armées soutenues de l’extérieur.

Joseph Kabila avait la possibilité de défendre ses positions dans l’espace politique et de contester les décisions prises contre lui par des moyens pacifiques. Son engagement à la tête d’une coalition armée renforce au contraire les motifs de défiance à son égard, tout en offrant au pouvoir rwandais un moyen de brouiller la lecture du conflit.

La question demeure donc entière : comment prétendre servir un peuple lorsque l’on accepte que son retour au pouvoir passe par une guerre dont ce peuple supportera le coût ?

La violence ne peut plus devenir un raccourci vers le pouvoir. Et aucun ancien président ne possède un droit de reprise sur la République.

Par Éric Kamba

Géostratège, analyste des relations internationales et chercheur en politiques publiques

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