Les sanctions américaines contre le ministère rwandais de la Défense et l’institution financière Zigama imposent une question politique majeure : jusqu’où les partenaires de Kigali peuvent-ils poursuivre une coopération ordinaire sans tenir compte des accusations liées à la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo ? Washington envoie un signal. La paix régionale ne peut durablement reposer sur des condamnations de principe et des accommodements silencieux.
Selon le Trésor américain, l’armée rwandaise soutient le M23 sur les plans militaire et logistique. Zigama est accusée d’avoir facilité des transactions au bénéfice de ce mouvement et des circuits liés à l’or provenant des territoires qu’il contrôle. Ces accusations, qui rejoignent des éléments des experts des Nations unies, appellent des réponses précises et une vigilance internationale soutenue.
La RDC est fondée à réclamer la cohérence. Sa souveraineté n’est pas négociable. Son intégrité territoriale ne saurait devenir une variable d’ajustement des intérêts économiques ou des calculs diplomatiques. Les sanctions constituent un levier, non une fin. Elles doivent contribuer à interrompre les circuits de financement de la guerre et à rendre vérifiables les engagements pris.
Kinshasa doit aussi poursuivre ses propres efforts. Le Gouvernement affirme que plus de 800 personnes, combattants et dépendants compris, se sont rendues à la MONUSCO depuis janvier 2025, dans le cadre des démarches liées à la neutralisation des FDLR et à la démobilisation. Ces avancées doivent être documentées, consolidées et accompagnées. Elles peuvent contribuer à dissiper les justifications sécuritaires invoquées par Kigali. Elles ne sauraient toutefois remplacer l’exigence de réciprocité.
Le retrait des forces rwandaises du territoire congolais, conformément aux engagements de l’Accord de Washington et aux exigences de la résolution 2773 du Conseil de sécurité, doit se traduire sur le terrain. Sans retrait effectif, sans cessation du soutien aux groupes armés et sans garanties contrôlables, aucun processus de paix ne pourra produire une stabilité durable.
Réexaminer les relations avec le Rwanda ne signifie pas condamner son peuple ni fermer la porte à la coopération régionale. Cela signifie subordonner les partenariats à des principes clairs : respect des frontières, transparence et responsabilité. États, investisseurs et sponsors doivent mesurer la portée de leurs engagements.
La paix ne réclame pas des gestes symboliques, mais des actes vérifiables. À la communauté internationale de faire correspondre ses intérêts à ses principes. L’impunité ne peut tenir lieu de politique régionale.
Infos27

