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Kinshasa
29 octobre, 2026 - 21:54:22
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La C64 précipite son naufrage politique depuis Rome

En choisissant Rome pour brandir l’article 64 de la Constitution contre un éventuel changement de la Loi fondamentale, la coalition Sursaut national-C64 expose les contradictions de sa stratégie politique. Alors que la loi référendaire suit son parcours parlementaire, cette initiative, présentée comme une mise en garde contre Félix Tshisekedi, intervient dans un contexte marqué par la prise de position de Joseph Kabila à la tête de la rébellion et les accusations persistantes de soutien rwandais aux groupes armés dans l’est de la République démocratique du Congo. En cherchant à placer le pouvoir et l’ancien président sur un même plan, la C64 prend le risque de brouiller les responsabilités, d’affaiblir son propre discours et de se couper des préoccupations prioritaires d’une population confrontée à l’insécurité et aux atteintes à l’intégrité territoriale. Sous l’influence du débat porté par la CENCO et l’ECC sur la recherche d’une solution congolaise à la crise, l’opposition ne peut faire l’économie d’une clarification de ses positions. L’invocation de la Constitution ne suffit pas à garantir la cohérence d’une démarche politique : encore faut-il distinguer les faits établis, les responsabilités documentées et les scénarios redoutés, sans transformer la défense de l’État en instrument de positionnement partisan.

Après avoir observé un silence assourdissant face à la sortie médiatique fracassante de Joseph Kabila et son ascension à la tête d’une nouvelle rébellion qui n’en est pas une, la C64 a raté le coche. Le déplacement de Rome, qui a coïncidé avec la présence du cardinal Fridolin Ambongo, est une montagne qui a accouché d’une souris. Le présidium de la C64 a joué une musique dont les partitions ont été écrites ailleurs. Il a opté pour la fiction politique contre la réalité de la patrie : d’opposants à Félix Tshisekedi au médiateur entre lui et Joseph Kabila qui vient de commettre une infraction imprescriptible aux termes de l’alinéa 2 de l’article 64 de la Constitution, socle de leur lutte, infraction pour laquelle il a été condamné à mort par la Haute cour militaire.

Pourtant, aucune symétrie ne peut être établie entre les faits posés par l’actuel président de la République et son prédécesseur. Le premier est porté à l’échafaud sur base d’intentions et non de faits avérés. Sous-tendue par les articles 5 et 218 de la Constitution, la Loi Ngondankoy qui poursuit son cours au Parlement après y avoir été renvoyée pour la seconde lecture est régulière et légale. Et jusqu’à présent, aucun référendum n’a lieu, encore qu’il ne peut se tenir sans ladite loi. L’on peut croire que l’opposition veut jouer à l’anticipation sur un acte qui n’a jamais été posé et dont l’effectivité est plus que probable à l’avenir.

Mais, s’agissant de l’ancien président de la République, les faits sont là. Indéniables. Il a confirmé de lui-même toutes les accusations portées contre lui et par son successeur et par les experts onusiens. De ce fait, il a fait valoir le verdict de la Haute cour militaire qu’il avait contestée au départ. On ne peut donc être transigeant envers la loi sur laquelle on fonde son existence et jouer à la complaisance et à l’équilibrisme pour des raisons inavouées au détriment de la patrie et du peuple congolais qui compte plus des dix millions de morts depuis trente ans, non sans compter des millions des déplacés internes et externes qui vivent l’enfer sur la terre.

L’imposture de l’article 64 : procès d’intention vs crime de trahison avéré

Le premier sabordage de la C64 réside dans l’asymétrie morale et juridique qu’elle tente d’établir entre des intentions supposées et des actes de trahison avérés. La coalition accuse le pouvoir actuel de vouloir violer la Constitution. Pourtant, à ce jour, aucun acte matériel allant dans le sens d’une modification constitutionnelle illégale n’a été commis. L’initiative d’une loi référendaire ou d’un débat sur la révision constitutionnelle est une prérogative strictement légale, explicitement encadrée par les articles 5 et 218 de la Loi fondamentale. Initiée par les institutions, elle ne constitue en rien un coup d’État constitutionnel.

En revanche, la complaisance de la C64 à l’égard de Joseph Kabila est stupéfiante. S’il y a bien un homme qui a violé l’alinéa 2 de l’article 64 — qui punit quiconque prend le pouvoir par la force ou le conserve en violation de la Constitution —, c’est bien l’ancien président. En sortant de sa réserve pour parrainer le Front pour la Révolution Naturelle (FRN), une structure en symbiose avec l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et le M23, Joseph Kabila a commis une infraction que la Constitution qualifie d’« imprescriptible ». Il a franchi le Rubicon en bafouant la loi sur le statut des anciens chefs d’État élus, dont il est pourtant l’unique bénéficiaire et signataire. Accuser Félix Tshisekedi sur la base de simples procès d’intention tout en ménageant un Joseph Kabila en rébellion ouverte est une acrobatie politique intellectuellement malhonnête.

La « congolisation » d’une agression extérieure et le jeu trouble avec Kigali

Le second naufrage, le plus grave sur le plan patriotique, est la tentative de « congoliser » la crise de l’est. En exigeant à Rome la participation de Joseph Kabila à un dialogue national comme condition de paix, la C64 insulte la mémoire des martyrs congolais. Elle feint d’oublier l’origine de la tragédie : une guerre d’agression injuste menée par le Rwanda, documentée à profusion par les experts des Nations unies et condamnée par les instances internationales.

En liant le destin du FRN (et par extension de l’AFC-M23) à un agenda politique interne, la C64 légitime l’agression. Plus grave encore, dans sa déclaration, la coalition demande l’application de la résolution 2773 de l’ONU et le retrait des forces étrangères, mais sans jamais nommer le Rwanda.

Pourquoi ce refus obstiné, partagé par ailleurs par certaines franges de la CENCO-ECC, de condamner nommément le régime de Paul Kagame ? Quels sont les liens inavouables qui unissent cette opposition à l’axe Kabila-Kagame ? En refusant de désigner le bourreau, la C64 s’affiche comme la caisse de résonance politique d’une coalition rebelle téléguidée depuis Kigali.

Le divorce avec le peuple : l’aveu de faiblesse de Rome

Enfin, le sabordage s’est achevé par un silence assourdissant. La C64 a conclu sa grand-messe romaine sans lancer le moindre appel à la mobilisation populaire, ni programmer de manifestations. Cet oubli n’est pas une omission, c’est un aveu : la coalition est consciente d’avoir définitivement coupé les ponts avec le peuple congolais.

Le peuple n’est pas dupe. Il sait identifier ses agresseurs et refuse d’être le marchepied d’ambitions politiques qui pactisent avec l’ennemi. Les Congolais se souviennent de l’histoire récente et de l’ambiguïté constante de Joseph Kabila vis-à-vis des intérêts rwandais.

Dès lors, y a-t-il une chance de voir les délégués de Rome accueillis triomphalement à leur retour à Kinshasa ? Absolument pas. L’ambiance qui les attend dans la capitale ne sera pas faite de fleurs et d’acclamations, mais de désaveu et d’indifférence. En choisissant la carte de la déstabilisation et de la complaisance avec les parrains du M23, les membres de la C64 sont entrés à Rome en opposants, ils en reviennent politiquement disqualifiés aux yeux de la Nation.

Moïse Musangana

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