Il y a dans l’histoire des nations des moments où les signes deviennent trop nombreux pour être ignorés. Les sanctions qui s’abattent aujourd’hui, les unes après les autres, sur le Rwanda (et en particulier celles que le Trésor américain vient d’imposer à son ministère de la Défense et à une institution financière qui a facilité le soutien au M23 et à son aile politique) rappellent, avec une étrange précision, les plaies qui frappèrent l’Égypte au temps de Moïse et de Pharaon. Alors, les israélites en servitude demandaient leur liberté. Aujourd’hui, le peuple congolais soumis depuis trente ans au joug d’une domination armée étrangère, au pillage de ses richesses et à l’occupation de ses terres demande simplement que cesse l’agression.
Les avertissements avant les plaies
Moïse se présenta maintes fois devant Pharaon, non pour le défier par orgueil, mais pour lui transmettre un ordre simple : « Laisse aller mon peuple ». Les mises en garde se succédèrent. L’eau se changea en sang, les grenouilles envahirent le pays, les moustiques et les mouches, la mort du bétail, les ulcères, la grêle, les sauterelles, les ténèbres. À chaque fois, Pharaon promit, puis se rétracta. Son cœur s’endurcit. Félix Tshisekedi, depuis son accession à la magistrature suprême, n’a cessé de tendre la main à Kagame. Il lui a proposé la paix des braves, mais en vain. Il a signé, avec lui, les Accords de Washington pour la paix et la prospérité, mais ce dernier les a violés seulement quelques jours après. Or, il a accepté un cadre qui ouvrait la voie à un partenariat gagnant-gagnant entre les deux nations. La condition était et demeure claire : le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais, la cessation du soutien aux groupes armés de l’Est, et l’abandon de la stratégie qui consiste à entretenir l’insécurité pour réaliser des projets hégémoniques et prédateurs. Ces avertissements ont été entendus, mais ils n’ont pas été suivis d’effets durables.
L’endurcissement et les plaies progressives
Comme Pharaon, Kagame a vu les signes se multiplier. Les rapports des experts des Nations unies se sont succédé. Les sanctions individuelles ont été suivies de sanctions institutionnelles. Le prestige que le Rwanda s’était patiemment construit (celui d’un pays résilient après le génocide, d’un modèle de réussite économique en Afrique subsaharienne) commence à se fissurer sous les yeux du monde. Ce prestige a été acquis au prix de sacrifices et de prouesses réels. Il est aujourd’hui mis en péril par l’entêtement d’un homme qui refuse de lire les signes du temps.
Dans le récit biblique, il est écrit que l’Éternel endurcit le cœur de Pharaon afin que sa chute soit complète et que la délivrance d’Israël soit manifeste. On peut se demander si le même mécanisme n’est pas à l’œuvre : chaque sanction, chaque isolement supplémentaire, chaque révélation sur le rôle de l’appareil sécuritaire rwandais et de ses relais financiers semble renforcer la détermination au lieu de l’ébranler. Jusqu’à la mort des premiers-nés, Pharaon crut pouvoir résister. Il avait pourtant projeté d’éliminer les fils d’Israël. Aujourd’hui, les choses empirent autour du Rwanda et contre son peuple, tandis que la position officielle reste inchangée.
La main toujours tendue
Pourtant, la main que Félix Tshisekedi a tendue demeure ouverte. Celle-là même qu’il a proposée au nom de la paix des braves. À la faveur des Accords de Washington, un partenariat profitable aux deux nations reste possible. Il suffit que le Rwanda retire ses troupes, cesse de soutenir les groupes armés et renonce à entretenir la crise sécuritaire de l’Est pour servir des ambitions qui ne sont pas les siennes. Le coût humain de ces trente années est immense : près de vingt millions de morts et de déplacés internes. C’est un tribut trop lourd pour qu’on accepte encore de le considérer comme une fatalité.
Cette guerre imposée a fini par réveiller les Congolais de la torpeur collective dans laquelle ils étaient plongés. Nous avons compris que la faiblesse n’était plus une option. Nous avons décidé de travailler à faire de la RDC, au cœur de l’Afrique, une nation militairement forte, afin qu’aucune autre (nation) ne nourrisse le projet de l’asservir ou de la dominer à nouveau. La non-répétition n’est plus un slogan.
C’est une exigence née de la douleur.
Deux destins, un choix
Le Rwanda a montré au monde sa capacité de résilience. Il peut encore choisir de préserver cet héritage plutôt que de le voir s’effondrer sous le poids d’une politique d’agression. La RDC, de son côté, ne sera plus jamais la même. Elle a payé trop cher pour accepter de redevenir le terrain de jeu d’ambitions étrangères. L’histoire des nations enseigne que ceux qui vont à contre-courant finissent par subir le sort que réserve le temps à l’endurcissement. Pharaon a attendu la dernière plaie. Kagame a encore le choix de ne pas attendre la sienne. La main reste tendue. Les signes, eux, se multiplient. Il appartient à chacun de décider s’il veut les lire.
Honorable Kasanda Katuala Olivier
Député national PEP-AAAP, élu de Kinshasa/Lukunga
Membre de la majorité

