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Kinshasa
3 novembre, 2026 - 17:43:48
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AGOA : le régime Kagame rattrapé par ses déficits démocratiques

Le vernis démocratique ne résiste pas indéfiniment à l’épreuve des faits. La décision de l’administration Trump de retirer au Rwanda le bénéfice des préférences commerciales de l’AGOA, à compter du 1er janvier 2027, constitue un signal politique particulièrement lourd. Washington pointe explicitement les entraves au commerce et à l’investissement, les déficits liés à l’État de droit, l’absence de pluralisme politique, les violations des droits des travailleurs et les préoccupations relatives aux droits de l’homme. Un réquisitoire qui met en lumière le paradoxe d’un pouvoir qui voudrait se présenter en modèle de gouvernance africaine tout en étant associé à la déstabilisation de son voisin congolais. Dans l’Est de la RDC, les pillages, les violences et les exactions attribués aux forces de l’AFC/M23 rappellent cruellement le coût humain de cette politique de prédation. La rencontre de James Swan avec Joseph Kabila, Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa à Goma ajoute une dimension politique troublante à cette séquence. Derrière les discours diplomatiques, une question demeure : peut-on durablement revendiquer la une bonne gouvernance tout en entretenant les conditions de la violence chez son voisin ?

Le Rwanda est désormais confronté à un désaveu commercial et politique particulièrement embarrassant de la part de son principal partenaire stratégique. L’administration américaine de Donald Trump a annoncé son intention de retirer Kigali du programme de préférences commerciales de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), avec effet au 1er janvier 2027. Une décision qui dépasse largement les considérations tarifaires et met directement en cause les fondements institutionnels, politiques et sociaux du régime rwandais.

Dans sa déclaration, l’ambassadeur américain au commerce, Jamieson Greer, explique que les gouvernements rwandais et sud-africain adoptent des pratiques incompatibles avec les critères d’éligibilité de l’AGOA. S’agissant particulièrement du Rwanda, Washington exprime de profondes préoccupations concernant les barrières commerciales et d’investissement, l’État de droit, le pluralisme politique, les droits internationalement reconnus des travailleurs et les droits de l’homme, sans oublier les menaces pesant sur les intérêts américains de sécurité nationale et de politique étrangère.

Cette énumération n’est pas anodine. Elle touche aux piliers mêmes d’un État démocratique : institutions crédibles, libertés politiques, justice, protection des citoyens et respect des droits fondamentaux. Autrement dit, Washington met en question les conditions politiques et institutionnelles dans lesquelles s’exerce le pouvoir à Kigali. Pour un régime qui cultive à l’international l’image d’un modèle d’efficacité et de stabilité, le signal est particulièrement sévère.

Le paradoxe est d’autant plus saisissant que le Rwanda entend projeter une image de respectabilité institutionnelle et de réussite économique, alors que son implication dans la crise sécuritaire congolaise continue de susciter de graves accusations internationales. Comment revendiquer les vertus de la gouvernance et de la stabilité tout en étant associé à une entreprise de déstabilisation chez le voisin ?

La question ne relève plus seulement de la rivalité diplomatique entre Kinshasa et Kigali. Elle interroge la cohérence d’un modèle politique qui prétend défendre l’ordre tout en étant accusé de contribuer à sa destruction au-delà de ses frontières.

L’Est congolais, miroir d’une politique de prédation

Dans l’Est de la République démocratique du Congo, l’offensive de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, s’accompagne de graves atteintes aux populations civiles. Les pillages des ressources, les déplacements forcés, les violences et les traitements inhumains et dégradants dénoncés dans les territoires occupés dessinent les contours d’une crise qui ne saurait être réduite à une simple confrontation entre groupes armés.

Cette logique de prédation est précisément ce qui rend les discours de respectabilité démocratique particulièrement difficiles à soutenir. La souveraineté d’un pays ne peut être invoquée comme un bouclier diplomatique lorsqu’elle s’accompagne, chez son voisin, de violations répétées des principes fondamentaux du droit international.

Dans ce contexte, la rencontre organisée mardi à Goma entre le chef de la MONUSCO, James Swan, l’ancien président Joseph Kabila, responsable du Front pour la refondation de la nation (FRN), ainsi que Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, respectivement responsables de l’AFC/M23, soulève également des interrogations politiques majeures.

Officiellement, les échanges s’inscrivent dans les consultations engagées