La ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, met en cause le défaut de redevabilité dans l’application des accords de Washington et de Doha. Dans une interview accordée à RT, elle estime que le maintien des troupes rwandaises sur le territoire congolais constitue le principal obstacle à la neutralisation des FDLR, pourtant prévue dans les engagements souscrits par Kinshasa. Elle dénonce ainsi un cercle vicieux qui compromet l’exécution des engagements de paix.
La mise en œuvre des accords de paix de Washington et de Doha se heurte à un obstacle majeur : l’absence de mécanismes efficaces de redevabilité pour contraindre les parties signataires à respecter leurs engagements. C’est l’analyse défendue par la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, lors de son intervention dans l’émission « La Grande Interview » de RT, consacrée aux blocages des processus diplomatiques engagés pour rétablir la paix dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Pour la cheffe de la diplomatie congolaise, les initiatives de paix successives dans la région des Grands Lacs ont longtemps souffert d’une faiblesse structurelle : l’absence de dispositifs permettant de rappeler aux parties leurs responsabilités et de garantir l’exécution effective des engagements pris.
« Cela fait plusieurs décennies qu’on a des crises et des tentatives bienveillantes de paix. Mais ces tentatives n’étaient pas outillées de mécanismes nécessaires pour rappeler à tous les signataires leurs responsabilités », a-t-elle expliqué.
Des obligations clairement réparties
Thérèse Kayikwamba Wagner rappelle que l’accord de Washington repose sur une répartition explicite des responsabilités entre Kinshasa et Kigali. La RDC s’est engagée à neutraliser les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), tandis que le Rwanda doit retirer ses troupes du territoire congolais.
Selon la ministre, Kinshasa a déjà enregistré une avancée dans l’exécution de sa part des engagements. Les FDLR ont donné leur accord pour déposer les armes et prendre part à un processus de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR).
Cette évolution constitue, à ses yeux, un pas important vers la neutralisation de ce mouvement armé, dont la présence dans l’est du pays est régulièrement invoquée par Kigali pour justifier ses préoccupations sécuritaires.
Le principal obstacle résiderait désormais dans le maintien des forces rwandaises en RDC. La ministre estime que leur présence empêche concrètement la mise en œuvre du processus de désarmement des FDLR, les deux forces opérant dans les mêmes espaces géographiques.
« Les FDLR sont dans les mêmes zones que les zones contrôlées par l’armée rwandaise. Le Rwanda qui ne quitte pas le Congo nous empêche de neutraliser les FDLR », a-t-elle affirmé.
La cheffe de la diplomatie congolaise dénonce ainsi une contradiction dans la position de Kigali : invoquer la menace des FDLR pour justifier sa présence militaire en RDC, tout en maintenant une situation de coexistence avec ce groupe armé dans les zones concernées.
Pour Kinshasa, cette situation entretient un cercle vicieux qui paralyse l’application des engagements convenus. Au-delà des signatures diplomatiques, Thérèse Kayikwamba Wagner pose ainsi la question centrale de la crédibilité des processus de paix : celle de la capacité des parties à répondre effectivement de leurs actes et à respecter leurs obligations.
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