Un an après l’entrée en fonction du gouvernement Suminwa, Patrick Muyaya revendique un ministère en état d’alerte permanente. Porte-parole de l’exécutif et chef d’orchestre de la riposte informationnelle, le ministre de la Communication et Médias place son action sous le signe de la modernisation technique, de la consolidation du secteur médiatique et de la lutte stratégique contre la désinformation venue de l’étranger. Alors que la République démocratique du Congo fait face à ce qu’il nomme une “guerre hybride” menée par le Rwanda, le ministre affirme avoir bâti un dispositif articulé autour de l’intelligence, de la souveraineté numérique et de la mobilisation patriotique. Studios numérisés, relance de la TNT, soutien à la presse nationale, campagne “Congolais Téléma” : Patrick Muyaya déroule une série d’avancées qu’il présente comme autant de lignes de défense face à une guerre d’influence sans précédent.
À l’heure du bilan, Patrick Muyaya ne se contente pas de lister des réformes techniques. Il parle de stratégie, de guerre, d’« intelligence ». Car selon le porte-parole du gouvernement, la République démocratique du Congo ne fait pas seulement face à une guerre sur le terrain, mais à une guerre hybride, où l’information est devenue une arme aussi létale que les balles.
« Le Rwanda, c’est l’empire du mensonge. Il inocule son poison dans notre écosystème informationnel », martèle le ministre.
Face à ce péril, le ministère de la Communication et Médias s’est voulu à la fois bouclier et glaive, déployant un arsenal d’initiatives pour moderniser les médias publics, soutenir la presse locale et armer l’opinion congolaise contre la désinformation.
Un front technologique : modernisation et TNT
Au cœur du dispositif : la modernisation de la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC) et de l’Agence Congolaise de Presse (ACP). Patrick Muyaya souligne la transformation en cours, avec l’installation de studios radio entièrement numérisés, dans une logique de rupture avec l’ère analogique. « Il ne suffit pas de quitter le mode échographique pour passer au 4K », explique-t-il, insistant sur la réforme structurelle de la télévision publique dans les 26 provinces du pays.
L’un des axes majeurs de ce chantier est la migration vers la Télévision Numérique Terrestre (TNT). À la tête du Comité national chargé de cette transition, Patrick Muyaya entend « exploser les fréquences » pour permettre l’émergence de chaînes thématiques, exigeant des éditeurs de programmes une meilleure organisation administrative et technique. Fini, dit-il, « les chaînes qui émettaient sur des laptops dans les quartiers ».
Une concertation nationale est en cours avec un prestataire, pour relancer le déploiement de la TNT sur l’ensemble du territoire. Ce processus, au-delà de l’assainissement du paysage audiovisuel, vise aussi à renforcer la souveraineté informationnelle de la RDC.
Appui au secteur privé et unité corporatiste retrouvée
Le ministre ne néglige pas les médias privés. Il met en avant l’appui institutionnel apporté à l’Union nationale de la presse congolaise (UNPC) pour l’organisation de son congrès. « Aujourd’hui, nous avons une association corporatiste légale. Nous avons vaincu les démons de la division », se félicite-t-il.
Ce soutien s’inscrit dans une logique plus large de reconnaissance et de structuration du secteur médiatique congolais, encore largement fragmenté et sous-équipé. Pour Muyaya, cette stabilisation est essentielle à la défense de la vérité dans un espace informationnel fragilisé.
L’arme du récit : « Congolais Téléma »
Mais la grande offensive du ministère n’est ni technique ni institutionnelle. Elle est symbolique. Le 6 mars dernier, en lien direct avec la Première ministre Judith Suminwa, Patrick Muyaya a lancé la campagne « Congolais Téléma ». Son but : réveiller les consciences et mobiliser la diaspora autour d’un message simple – l’unité face à l’agression.
« Partout, à Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani, Paris ou Stockholm, les Congolais se lèvent pour dire non à l’aventure rwandaise », affirme-t-il.
Cette campagne patriotique, portée par les réseaux sociaux, veut fédérer au-delà des clivages. Pour le ministre, la guerre de communication est gagnable, à condition d’informer juste, de déconstruire les récits mensongers, et de fédérer autour d’un attachement inaliénable à la patrie.
Un « poison rwandais » à neutraliser
Dans un discours sans ambages, Patrick Muyaya dénonce l’usage par Kigali de campagnes de désinformation visant à justifier son soutien au M23 et à semer le doute sur la réalité du conflit. Le gouvernement congolais, dit-il, a développé une riposte fondée sur « l’intelligence » et la déconstruction systématique du narratif rwandais.
« Le Rwanda a tenté d’imposer une lecture ethnique du conflit. C’est une construction mensongère, dans un pays qui compte plus de 450 ethnies vivant en paix. »
Le ministre évoque une plateforme de riposte informationnelle permettant de répondre avec rapidité et précision aux fake news et aux manipulations, avec des outils adaptés aux nouveaux codes du numérique.
Un bilan, une alerte
Un an après la nomination du gouvernement Judith Suminwa, le ministère de la Communication dresse donc le bilan d’une année marquée par des avancées structurelles, une modernisation en cours, un soutien au monde des médias, mais surtout une doctrine offensive face à la guerre d’influence.
Pour Patrick Muyaya, le défi demeure immense. Mais la direction est tracée : « Il n’y a rien de plus important que cet attachement à la patrie. Et aujourd’hui, les Congolais ont compris. »
🎥 Un an de riposte médiatique, de réformes et de narration patriotique : revivez l’intervention intégrale de Patrick Muyaya en vidéo : https://youtu.be/CFCQ6LEWE8Y
Pitshou Mulumba

