Le dossier est technique, mais ses effets sont profondément politiques. À Kinshasa, le 8 janvier, le gouvernement a remis à plat l’un des nœuds les plus sensibles de la chaîne éducative : la paie des enseignants. Autour de la même table, la ministre d’État à l’Éducation nationale et le ministre des Finances ont convoqué banques, structures d’appui et services publics pour régler les arriérés de rétribution qui perturbent encore la régularité des paiements, notamment dans les territoires enclavés. En cause, des frais logistiques accumulés, des conventions contestées et des pratiques jugées incompatibles avec la loi. Le ton s’est voulu ferme : l’enveloppe salariale des enseignants est intangible, toute ponction est passible de sanctions. Mais au-delà de l’apurement des dettes, l’exécutif avance déjà une réforme structurelle, avec en ligne de mire le paiement mobile. Une séquence révélatrice d’une volonté politique assumée : sécuriser la paie, restaurer la confiance et aligner la gestion quotidienne sur la vision présidentielle de l’éducation comme pilier stratégique de l’État.
À Kinshasa, le gouvernement a décidé de reprendre la main sur un dossier devenu explosif. Jeudi 8 janvier, la ministre d’État à l’Éducation nationale et Nouvelle citoyenneté, Raissa Malu, et le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, ont conjointement présidé une réunion stratégique consacrée aux arriérés de rétribution réclamés par les opérateurs intervenant dans la paie des enseignants.
Au centre des discussions : les revendications d’Afriland First Bank et de l’IFOD, bras opérationnel de Caritas Congo. Des arriérés anciens, selon ces structures, qui continuent de perturber le bon déroulement des paiements, alors même que les fonds salariaux sont, assure le gouvernement, mis à disposition dans les délais.
Le rappel est net. Depuis plusieurs années, un protocole lie l’État et Caritas Congo pour la paie des enseignants, incluant la prise en charge des frais de convoyage vers l’arrière-pays. Une partie des créances de l’IFOD a déjà été vérifiée et certifiée par l’Inspection Générale des Finances, ouvrant la voie à un premier décaissement. Mais l’absence d’harmonisation complète a conduit à des paiements séquencés, avec des retards persistants dans des territoires comme Inongo, Bagdolité ou Djolu.
Même constat côté bancaire. Afriland évoque des arriérés accumulés sur plusieurs exercices, qui fragilisent la régularité des opérations dans certaines zones, malgré la disponibilité des fonds publics. Face à ces pratiques, l’exécutif a fixé une ligne rouge : toute utilisation de l’enveloppe salariale des enseignants à des fins logistiques constitue une violation de la loi et expose à des poursuites pénales.
Dans cette logique, Afriland First Bank a été sommée de transmettre un état des lieux détaillé à la Direction du Trésor pour conciliation et certification, préalable à un apurement progressif. L’IFOD, de son côté, devra communiquer sans délai ses situations de frais, tandis qu’une réunion technique avec l’Inspection générale des finances est programmée. Un chronogramme précis de paiement des territoires non encore servis a également été exigé, les fonds correspondants ayant déjà été débloqués.
Le message politique est clair : la paie des enseignants ne se négocie plus
Le ministre des Finances a rappelé que l’éducation est au cœur de la vision du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, et que le gouvernement ne tolérera plus des paiements « en alternance » qui fragilisent le système. Dans une perspective plus structurelle, la ministre d’État à l’Éducation a, elle, ouvert un chantier nouveau : la transition progressive vers le paiement par Mobile Money, en partenariat avec les opérateurs de télécommunications et les banques, afin de rapprocher le service des enseignants, notamment en milieu rural.
Autour de la table, syndicats d’enseignants, comité de suivi de la paie, DINACOPE, Direction de la paie et experts ministériels ont pris acte des instructions. Une réunion d’évaluation est déjà annoncée. Pour le gouvernement, il s’agit désormais de passer du rappel à l’ordre à l’exécution, et de transformer un dossier de crise en levier de réforme.
Infos27

