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3 juin, 2026 - 00:14:03
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Révision ou changement de la Constitution : Olivier Kamitatu rattrapé par la mémoire des archives

Il est des responsables politiques qui traversent l’histoire en laissant derrière eux une ligne de conduite claire. D’autres s’y perdent au gré des circonstances, des alliances et des intérêts égoïstes. Olivier Kamitatu semble appartenir à cette seconde catégorie. En tentant de nier aujourd’hui ce qu’il défendait hier sans la moindre ambiguïté dans les colonnes de « Jeune Afrique », l’ancien président de l’Assemblée nationale s’est heurté à une réalité têtue : les archives ne votent pas, mais elles témoignent. Car le renforcement des pouvoirs du chef de l’État, la suppression du poste de Premier ministre ou encore l’allongement du mandat présidentiel de cinq à sept ans qu’il préconisait en 2010 ne pouvaient se matérialiser sans une révision profonde de la Constitution, voire sans toucher aux dispositions les plus sensibles du pacte constitutionnel de 2006, notamment celles relatives à l’exercice du pouvoir présidentiel. Celui qui dénonçait alors les « blocages » de la Constitution se présente aujourd’hui comme le gardien sourcilleux de son intangibilité. Cette contradiction n’est pas seulement celle d’un homme pris au piège de ses propres déclarations ; elle est le reflet d’une pratique politique où les convictions changent au rythme des positionnements. Or, les générations ne bâtissent pas leurs références sur les revirements. Elles les construisent sur la cohérence. À vouloir réécrire son passé, Olivier Kamitatu rappelle malgré lui pourquoi certains acteurs occupent l’actualité sans jamais parvenir à incarner l’Histoire.

« Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. » La célèbre maxime attribuée à Voltaire semble trouver une illustration particulière dans les récentes déclarations d’Olivier Kamitatu, ancien président de l’Assemblée nationale, ancien ministre du Plan et aujourd’hui porte-parole de Moïse Katumbi.

Invité d’un entretien animé par Stanislas Bujakera, sur une plateforme numérique, avec la participation, notamment, du journaliste Eric Wemba, Olivier Kamitatu a livré un exercice délicat : contester ses propres déclarations. Questionné sur les propositions qu’il avait défendues dans Jeune Afrique en faveur d’un renforcement du pouvoir présidentiel, il a brusquement pris ses distances avec des positions pourtant formulées publiquement et sans équivoque. Pris au piège de ses propres archives, l’ancien ministre du Plan a préféré invoquer une argumentation tortueuse plutôt que d’assumer l’évolution de sa pensée. Une séquence qui a mis en lumière moins la solidité de sa démonstration que les incohérences de son discours.

À l’en croire, feu Pierre Lumbi, José Endundo, Modeste Bahati et lui-même s’étaient rendus à Kingakati pour faire remarquer à Joseph Kabila, alors président de la République, qu’il violait la Constitution en outrepassant ses pouvoirs. Ce qui lui aurait valu, par la suite, de perdre son poste dans le gouvernement Matata, parce qu’il était considéré comme « non docile ». Aussi, cette audace aurait valu au quatuor une menace de la part du président Kabila, qui aurait laissé entendre que, s’ils avaient été des militaires, il les aurait fusillés.

Toutefois, Olivier Kamitatu se heurte à un adversaire redoutable : les archives. Car si les déclarations peuvent être nuancées, reformulées ou reniées, les écrits, eux, résistent au temps. Or, les propos qu’il a tenus récemment sur une plateforme numérique sont difficilement conciliables avec ceux publiés dans Jeune Afrique du 10 mars 2010. Dans cette interview accordée à Marianne Meunier et Philippe Perdrix, sous le titre sans équivoque « Olivier Kamitatu : Il faut plus de pouvoir pour le chef de l’État », il développait une argumentation qui tranche singulièrement avec le discours qu’il tient aujourd’hui.

En voici quelques extraits :

Jeune Afrique : Comment expliquez-vous l’immobilisme du gouvernement sortant ?

Olivier Kamitatu : Une coalition entraîne toujours des blocages. Mais ceux-ci tiennent aussi à notre Constitution. C’est un copier-coller de la Ve République française. Notre démocratie n’est pas aussi achevée que celle de la France. Le chef de l’État doit avoir plus de pouvoir. Au lieu d’un binôme président-Premier ministre, nous avons besoin d’un leadership fort, avec une autorité bien établie.

Appelez-vous à la suppression du poste de Premier ministre ?

Un régime présidentiel peut effectivement se passer d’un Premier ministre.

La présidentielle et les législatives auront-elles bien lieu en 2011 ?

C’est une exigence. Nous avons un mandat de cinq ans.

Pourtant, une commission d’évaluation de la Constitution examine entre autres questions l’allongement du mandat présidentiel, de cinq à sept ans…

On ne change pas les règles en cours de match. Il reviendra à la chambre issue des prochaines élections de se prononcer s’il y a lieu. Nous constatons en effet que cinq années ne suffisent pas pour reconstruire le pays. À partir de la troisième, la question politique prend le dessus. (Fin de citation).

Qui dit vrai ? Olivier Kamitatu de 2010 ou celui de 2026 ?

Celui qui accordait ses confidences à Jeune Afrique ou celui qui tente aujourd’hui de les effacer devant les caméras ? La contradiction est si flagrante qu’elle laisse peu de place au doute. Le porte-parole de Moïse Katumbi semble pris au piège de ses propres déclarations.

Car enfin, comment les réformes qu’il préconisait à l’époque pouvaient-elles être mises en œuvre sans modification de la Constitution ? Dans son entretien à Jeune Afrique, il plaidait explicitement pour un renforcement des pouvoirs du chef de l’État, la suppression du poste de Premier ministre et l’allongement du mandat présidentiel de cinq à sept ans. Il estimait même que cinq ans étaient insuffisants pour reconstruire le pays, la politique reprenant selon lui ses droits dès la troisième année du mandat.

De quoi s’agissait-il sinon d’une remise en cause de l’architecture institutionnelle issue de la Constitution de 2006 ? Pourquoi ce qui lui paraissait alors pertinent, rationnel et nécessaire deviendrait-il aujourd’hui une menace pour la démocratie dès lors que le débat est porté par Félix Tshisekedi et sa majorité ? Pourquoi les contraintes constitutionnelles invoquées hier pour justifier des réformes seraient-elles devenues intouchables lorsqu’elles sont discutées par d’autres acteurs politiques ?

Cette contradiction révèle une réalité plus profonde : pour une partie de l’opposition, le problème ne semble pas être la réforme des institutions en elle-même, mais l’identité de celui qui l’évoque. Ce qui était acceptable sous Joseph Kabila deviendrait inacceptable sous Félix Tshisekedi. Ce qui relevait hier de la réflexion institutionnelle serait aujourd’hui présenté comme un péril national. La cohérence politique y perd ce que la posture politicienne croit y gagner.

Plus troublante encore est la position d’Olivier Kamitatu sur la guerre d’agression dont la RDC est victime. Alors que le Rwanda est mis en cause par les Nations unies, plusieurs puissances occidentales et de nombreux rapports internationaux pour son soutien à l’AFC/M23, l’ancien président de l’Assemblée nationale évite soigneusement de désigner clairement l’agresseur. Il préfère réclamer le départ de toutes les forces étrangères présentes sur le territoire congolais, plaçant ainsi sur un même plan les troupes rwandaises opérant sans consentement de Kinshasa et les forces étrangères invitées par le gouvernement congolais dans le cadre de la coopération militaire.

Cette équivalence soulève une question politique fondamentale. Peut-on sérieusement mettre sur le même pied l’agresseur et l’allié sollicité pour contribuer à la défense du territoire national ? Peut-on parler de réconciliation sans exiger au préalable que l’agression cesse et que ses auteurs répondent de leurs actes ?

Le paradoxe apparaît d’autant plus saisissant que le parti Ensemble pour la République, dont Olivier Kamitatu est l’une des principales voix, a quitté avec fracas l’Assemblée nationale pour dénoncer une loi référendaire pourtant prévue par la Constitution, avant de rejoindre les promoteurs d’une journée « ville morte » au motif qu’il faudrait empêcher toute réflexion sur une éventuelle réforme institutionnelle. Une posture difficile à concilier avec les propositions défendues hier par les mêmes acteurs.

Les archives ont parfois la cruauté de rappeler ce que les discours du moment cherchent à faire oublier. Et en politique, les écrits ont souvent la mémoire plus longue que les hommes.

https://www.jeuneafrique.com/198179/politique/olivier-kamitatu-il-faut-plus-de-pouvoir-pour-le-chef-de-l-etat/

Moise Musangana (Depuis Fès au Maroc)/Pitshou Mulumba

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