Une enquête de Global Witness relance les accusations sur l’exploitation des minerais dans l’Est de la République démocratique du Congo. Dans un rapport publié après une année d’investigations, l’organisation affirme que du coltan extrait dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 est exporté vers le Rwanda avant d’intégrer les chaînes d’approvisionnement mondiales de l’industrie électronique. L’ONG met en cause plusieurs entreprises rwandaises, pointe les failles du système international de traçabilité et appelle la communauté internationale à exercer une pression accrue sur Kigali, présenté comme un acteur central du trafic de minerais issus du conflit.
Le Rwanda demeure au cœur des circuits de contrebande du coltan extrait dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 dans l’Est de la République démocratique du Congo, selon un rapport publié mercredi par l’organisation Global Witness à l’issue d’une année d’enquête consacrée aux filières d’exploitation et d’exportation de ce minerai stratégique.
Intitulé autour des mécanismes d’approvisionnement du coltan provenant notamment de Rubaya, dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu, le document décrit un système de contrebande qui permettrait à des minerais extraits dans les zones sous contrôle rebelle d’intégrer les chaînes d’approvisionnement internationales destinées à l’industrie électronique.
Selon Global Witness, plusieurs sociétés rwandaises figureraient parmi les principaux exportateurs de ce coltan acheminé ensuite vers des fonderies, principalement en Chine, où il est transformé en tantale utilisé dans la fabrication de téléphones, d’ordinateurs, de véhicules et d’autres équipements électroniques.
Des exportateurs rwandais mis en cause
L’enquête affirme que cinq des sept principaux exportateurs rwandais de coltan se seraient approvisionnés en minerais provenant des zones contrôlées par l’AFC/M23.
Pour étayer ses conclusions, l’organisation indique avoir recueilli des témoignages de négociants impliqués dans le commerce transfrontalier ainsi que des observations directes réalisées par ses enquêteurs.
« Nos chercheurs ont vu de leurs propres yeux le trafic des minerais en contrebande. Il y a même eu des cas dans lesquels les acheteurs ont demandé à notre enquêteur de leur vendre des minerais de Rubaya, en pensant qu’il était un négociant », a déclaré Alex Kopp, chercheur à Global Witness, dans un entretien accordé à RFI.
Le rapport soutient également que les données douanières et les statistiques d’exportation consultées par l’organisation corroborent l’existence de flux de minerais issus des territoires sous contrôle rebelle.
De Rubaya aux géants de la technologie
Global Witness affirme avoir retracé le parcours du coltan depuis les sites miniers du Nord-Kivu jusqu’aux chaînes industrielles mondiales.
L’organisation cite notamment Microsoft, Apple, Amazon et Sony parmi les entreprises susceptibles d’utiliser du tantale transformé à partir de minerais provenant indirectement des zones de conflit.
« Ces entreprises informent elles-mêmes sur les fonderies dont elles s’approvisionnent dans des rapports publics. Avec nos recherches, nous avons pu connecter ces fonderies au coltan de Rubaya à travers des témoignages de négociants, mais aussi grâce à des données douanières et des données d’exportation », a expliqué Alex Kopp.
L’ONG reconnaît toutefois que le mélange du minerai dans les fonderies rend difficile l’identification précise de son origine finale, mais estime que les risques sont suffisamment élevés pour justifier un renforcement des mécanismes de diligence raisonnable.
Les limites de la traçabilité internationale
L’une des principales conclusions du rapport concerne l’inefficacité supposée des systèmes internationaux de traçabilité mis en place pour empêcher la commercialisation des minerais de conflit.
Selon Global Witness, ces mécanismes n’auraient pas permis d’empêcher l’intégration du coltan issu des zones contrôlées par l’AFC/M23 dans les circuits commerciaux internationaux.
L’organisation appelle les entreprises concernées à suspendre leurs approvisionnements lorsqu’il existe des risques avérés de liens avec le conflit.
Global Witness recommande également une réponse plus ferme de la communauté internationale.
« Il faut aussi avoir une pression forte de la communauté internationale sur le Rwanda, qui est au centre de ce conflit et de la contrebande », a affirmé Alex Kopp.
L’organisation préconise notamment la suspension des exportations de matériel militaire vers Kigali, le conditionnement de certaines aides internationales à la fin du soutien au M23 ainsi que des sanctions ciblées contre les responsables rebelles, des hauts responsables rwandais et les entreprises impliquées dans le commerce des minerais issus du conflit.
S’appuyant sur des estimations des Nations unies, le rapport rappelle que l’AFC/M23 tirerait environ 800.000 dollars américains par mois de l’exploitation du coltan, considéré comme l’une de ses principales sources de revenus.
« Le coltan est une source de revenus clé pour le M23. Couper ce lien aurait certainement un impact », a estimé Alex Kopp, tout en soulignant que la résolution durable du conflit passe avant tout par des processus de paix et de médiation.
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