La lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits a dominé mercredi les travaux du Conseil de sécurité des Nations unies, présidé par la République démocratique du Congo. Intervenant d’abord en qualité de représentante de son pays avant de reprendre la présidence de la séance, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a appelé la communauté internationale à transformer les engagements du droit international en résultats concrets, en plaçant les survivantes, les survivants et les enfants nés de ces violences au cœur de l’action collective.
La République démocratique du Congo a fait de la lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits l’une des priorités de sa présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies, mercredi, lors de la 10.190ᵉ réunion consacrée au débat ouvert sur le thème « Femmes, paix et sécurité », intitulé « Honorer la promesse du droit international aux survivants de violences sexuelles liées aux conflits ».
Intervenant d’abord en qualité de représentante de la RDC avant de reprendre la présidence de la séance, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a plaidé pour une réponse internationale reposant sur la prévention, la justice, les réparations et la lutte contre l’impunité.
« Les violences sexuelles liées aux conflits ne sont ni inévitables, ni secondaires. La réponse ne peut pas se limiter à la condamnation. Elle doit inclure la prévention, la protection, la justice, les réparations et le relèvement économique », a-t-elle déclaré.
Une réponse centrée sur les survivants
Dans son intervention, la cheffe du Gouvernement a estimé que la crédibilité du droit international se mesurerait désormais à la capacité de la communauté internationale à garantir aux victimes un accès effectif aux soins, à la justice et aux réparations.
« Notre défi est désormais de faire en sorte que cette promesse atteigne effectivement les survivantes et les survivants », a-t-elle affirmé.
Judith Suminwa a également alerté sur les conséquences des réductions budgétaires affectant les services de santé, de protection, d’assistance psychosociale et de documentation des crimes, estimant qu’elles compromettent la lutte contre l’impunité.
Les réformes congolaises mises en avant
La Première ministre a rappelé les réformes engagées par la RDC sous l’impulsion du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo pour renforcer la prise en charge des victimes et poursuivre les auteurs des violences.
Elle a notamment cité le Fonds national de réparations des victimes de violences sexuelles liées aux conflits (FONAREV), les Centres intégrés de services multisectoriels ainsi que le communiqué conjoint signé avec les Nations unies comme des instruments de justice, de réparation et de reconstruction nationale.
« Face à cette barbarie, la République démocratique du Congo a refusé de rester une simple victime. Sous l’impulsion du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, nous avons choisi de renforcer nos institutions, de briser le cycle de l’impunité et de faire de la dignité des survivantes et des survivants une priorité de l’action publique », a-t-elle soutenu.
Les enfants et les causes profondes des conflits
La cheffe du Gouvernement a également appelé les États à mieux protéger les enfants nés des violences sexuelles en leur garantissant le droit à l’identité, à la nationalité, à l’éducation, à la santé et aux réparations.
« Ces enfants ne peuvent pas être traités comme une conséquence indirecte de la violence subie par leurs mères. Ils sont des titulaires de droits à part entière », a insisté Judith Suminwa.
Elle a, en outre, plaidé pour une action internationale visant les causes structurelles de ces crimes, notamment les économies illicites, les réseaux criminels, la circulation des armes et l’exploitation illégale des ressources naturelles.
« Notre ambition ne peut plus être seulement de documenter l’horreur après qu’elle a eu lieu. Elle doit être de prévenir les conditions qui la rendent possible », a conclu la Première ministre.
Cette 10.190ᵉ réunion du Conseil de sécurité s’inscrivait dans le cadre du débat ouvert sur le point de l’ordre du jour « Femmes, paix et sécurité », organisé sous le thème « Honorer la promesse du droit international aux survivants de violences sexuelles liées aux conflits ». Présidée par la République démocratique du Congo, la séance a réuni notamment la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies chargée de la question des violences sexuelles en période de conflit, Pramila Patten, ainsi que plusieurs États membres, qui ont réaffirmé leur engagement en faveur de la prévention, de la protection des victimes et du renforcement de la lutte contre l’impunité.
Présidence de la République Démocratique du Congo au Conseil de sécurité des Nations-Unies, CSNU, New York, USA
Briefing de Son Excellence Madame la Première Ministre, Cheffe du Gouvernement de la République Démocratique du Congo
New York, USA, Mercredi 08 juillet 2026
Je vais maintenant faire une déclaration en ma qualité de Première Ministre de la République démocratique du Congo.
Excellences,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
C’est avec honneur, émotion et sens des responsabilités que je préside aujourd’hui cette séance du Conseil de sécurité, au moment où la République démocratique du Congo assume la présidence tournante de cet organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales.
En tant que Première Ministre de mon pays, en tant que femme, et au nom de la présidence congolaise du Conseil, je prends la parole dans ce débat consacré à un fléau qui blesse la conscience humaine et menace directement la paix : les violences sexuelles liées aux conflits.
Je salue l’engagement constant de Son Excellence Monsieur António Guterres, Secrétaire général des Nations Unies, ainsi que l’importance de son rapport annuel sur les violences sexuelles liées aux conflits.
Je remercie Madame Pramila Patten, Représentante spéciale du Secrétaire général, pour la présentation qu’elle vient de nous faire. Alors qu’elle arrive au terme de son mandat, je souhaite lui rendre un hommage particulier pour son engagement, sa voix et son action en faveur des survivantes et des survivants, en faveur de la justice et de la dignité humaine.
Son mandat nous rappelle une vérité essentielle : les violences sexuelles liées aux conflits ne sont pas une question périphérique. Elles sont au cœur de l’agenda de paix et de sécurité. Elles nous obligent à regarder la guerre non seulement à travers les lignes de front, mais aussi à travers les corps brisés, les familles détruites, les enfants stigmatisés, les communautés déplacées et les systèmes d’impunité qui permettent à ces crimes de se répéter.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Si la République démocratique du Congo a souhaité présider cette séance, ce n’est pas pour faire de son expérience nationale l’unique objet de notre débat. C’est parce que cette expérience douloureuse nous impose une responsabilité, celle de contribuer à une réflexion collective sur un crime qui dépasse les frontières, les régions et les situations inscrites à l’ordre du jour de ce Conseil.
Dans l’est de la République Démocratique du Congo, comme dans d’autres région du monde, ces violences sexuelles liées aux conflits ne sont pas seulement une tragédie individuelle. Elles sont un langage de guerre. Elles visent à terroriser, humilier, déplacer, dominer, briser les familles et déstructurer les communautés. Là où le corps des femmes, des filles, mais aussi des hommes et des garçons, devient un champ de bataille, la paix est déjà profondément compromise.
Dans plusieurs conflits, sur différents continents, ces violences accompagnent le contrôle d’un territoire, d’une route, d’un village, d’un site minier, d’un point de passage ou d’une population. Elles prennent aussi la forme d’enlèvements, d’esclavage sexuel, de traite des personnes à des fins d’exploitation sexuelle, parfois au profit de groupes armés, de groupes terroristes ou de réseaux criminels. Elles ne sont pas toujours un effet collatéral de la guerre. Trop souvent, elles en sont une méthode.
Le rapport que Madame Pramila Patten a présenté, a confirmé une augmentation alarmante des cas vérifiés, fournissant ainsi la base factuelle et institutionnelle indispensable à nos échanges.
En République démocratique du Congo, nous connaissons cette réalité avec une douleur particulière. Dans certaines zones affectées par les groupes armés, ces violences sont liées aux déplacements forcés, aux économies illicites et aux logiques de prédation qui alimentent la guerre. Mais notre expérience nationale nous conduit aujourd’hui à poser une question plus large : comment prévenir les systèmes qui rendent ces crimes possibles ?
Face à cette barbarie, la République démocratique du Congo a refusé de rester une simple victime. Sous l’impulsion de Son Excellence Monsieur Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, Président de la République, nous avons choisi de renforcer nos institutions, de briser le cycle de l’impunité et de faire de la dignité des survivantes et des survivants une priorité de l’action publique.
Des mécanismes concrets ont été mis en place. le FONAREV, Fonds national de réparations pour les victimes de violences sexuelles liées aux conflits et d’autres crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité, vise à identifier les victimes, faciliter leur accès à la justice et permettre des réparations individuelles et collectives.
Les Centres intégrés de services multisectoriels, apportent une réponse pour une prise en charge médicale, psychosociale, juridique et socio-économique.
Ces instruments ne sont pas seulement des réponses sociales. Ils sont des instruments de justice, de reconstruction nationale et de restauration de la confiance.
La République démocratique du Congo a également conclu un communiqué conjoint avec les Nations Unies sur les violences sexuelles liées aux conflits, qui traduit en engagements opérationnels notre volonté commune de renforcer la prévention, la protection des survivantes et la lutte contre l’impunité.
En effet, il ne peut y avoir de paix durable lorsque les survivantes restent sans justice, lorsque les communautés restent sans réparation, et lorsque les responsables, leurs complices et leurs commanditaires continuent d’agir dans l’impunité.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Le droit international a évolué. Le droit est clair. L’interdiction est claire. Les obligations sont claires. Les violences sexuelles liées aux conflits peuvent constituer, selon les circonstances, des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, voire des actes constitutifs de génocide ; elles engagent la responsabilité des auteurs, mais aussi celle de ceux qui les ordonnent, les tolèrent ou les rendent possibles.
Notre défi est désormais de faire en sorte que cette promesse atteigne effectivement les survivantes et les survivants.
Cette promesse est tenue lorsque la victime reçoit des soins dans les premières heures, lorsqu’elle est protégée, lorsqu’elle accède à la justice, lorsqu’elle obtient réparation et lorsqu’elle peut reconstruire sa vie dans la dignité.
Une réponse centrée sur les survivantes et les survivants ne peut pas être un principe non financé. Lorsque les cliniques ferment, les soins disparaissent. Lorsque les abris ferment, la protection disparaît. Lorsque les organisations de femmes ne sont plus soutenues, la première ligne de confiance disparaît. Lorsque les équipes de documentation sont réduites, les preuves se perdent, les auteurs se cachent, et l’impunité avance.
Les coupes budgétaires dans les services de santé, de protection, d’assistance psychosociale, d’aide juridique et de documentation ne sont donc pas de simples ajustements administratifs. Elles ont des conséquences directes sur la vie des survivantes, sur la capacité des États à poursuivre les auteurs, et sur la crédibilité de notre engagement collectif.
Elles affaiblissent aussi notre capacité collective à combler les lacunes d’information. Or, sans identification des victimes, sans documentation fiable, sans préservation des preuves et sans coopération entre les États, les Nations Unies et la société civile, les crimes restent invisibles, les réseaux restent actifs et l’impunité se consolide.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Plus de vingt-cinq ans après l’adoption de la résolution 1325, l’agenda Femmes, Paix et Sécurité demeure à un moment décisif. Nous devons rendre hommage aux progrès accomplis, mais aussi reconnaître avec lucidité ce qui reste inachevé.
La résolution 1325 a changé notre compréhension de la paix. Elle a affirmé que les femmes ne sont pas seulement des victimes de la guerre, mais des actrices de prévention, de médiation, de protection, de relèvement et de gouvernance. Mais notre responsabilité n’est pas seulement de commémorer cette avancée. Elle est de la mettre en œuvre avec conséquence.
La participation des femmes ne peut pas être symbolique. Elle doit donner un pouvoir réel d’influencer les décisions. La protection des survivantes ne peut pas être séparée de leur accès à la justice. Et les engagements du Conseil ne peuvent pas rester dans nos résolutions s’ils ne se traduisent pas dans les mandats, les budgets, les mécanismes de sanctions, les processus de paix et les politiques nationales.
Je salue également l’engagement des membres du Conseil, notamment à travers le Groupe informel d’experts sur les Femmes, la Paix et la Sécurité. Je tiens aussi à saluer l’Alliance internationale pour la prévention des violences sexuelles en temps de conflit, la PSVI Alliance, qui rassemble des États, des organisations internationales et la société civile pour faire de la justice pour les survivantes et de la prévention de ces crimes un axe central de notre action collective.
La République démocratique du Congo s’inscrit dans cet effort collectif avec une conviction simple : cette lutte doit être l’un des piliers de notre agenda de paix et de sécurité.
Excellences Mesdames et Messieurs,
Un autre enjeu demeure trop souvent relégué au second plan : celui des enfants nés de violences sexuelles liées aux conflits. Ces enfants ne peuvent pas être traités comme une conséquence indirecte de la violence subie par leurs mères. Ils sont des titulaires de droits à part entière.
Leur protection soulève des questions concrètes : l’état civil, l’identité juridique, la nationalité, l’éducation, la santé, les réparations, et la protection contre la stigmatisation. Lorsque ces droits ne sont pas garantis, la violence du conflit se prolonge dans la vie d’un enfant qui n’a choisi ni les circonstances de sa naissance, ni le silence qui l’entoure.
Excellences Mesdames et Messieurs,
Notre ambition ne peut plus être seulement de documenter l’horreur après qu’elle a eu lieu. Elle doit être de prévenir les conditions qui la rendent possible.
Cela suppose une présence plus proche des communautés à risque, des mécanismes d’alerte précoce, une justice capable d’atteindre les auteurs, les complices et les commanditaires, des réparations effectives, et un relèvement économique qui donne aux femmes non seulement protection, mais pouvoir.
Cela suppose aussi de mieux comprendre les liens entre violences sexuelles, contrôle des territoires, déplacements forcés, circulation des armes, traite des personnes, impunité et économies de conflit. Si nous voulons prévenir ces crimes, nous devons regarder non seulement les actes commis, mais les systèmes qui les rendent possibles.
Cela suppose enfin que les processus de paix intègrent ces questions dès le départ : dans les cessez-le-feu, les mécanismes de surveillance, les processus de désarmement, les réformes du secteur de la sécurité, les régimes de sanctions et les garanties de non-répétition.
Lorsque des individus, des groupes ou des réseaux organisent, financent ou profitent de l’enlèvement, de la traite, de l’esclavage sexuel ou de l’exploitation sexuelle en situation de conflit, les outils du Conseil doivent pouvoir être mobilisés avec cohérence, y compris à travers ses comités de sanctions et leurs groupes d’experts.
La présidence congolaise du Conseil de sécurité a choisi de commencer par les victimes, parce qu’aucune architecture de paix n’a de sens si elle ne part pas de celles et ceux qui ont payé le prix le plus lourd de la guerre.
Dans les prochains jours, notre Conseil poursuivra cette réflexion en examinant les structures qui alimentent les conflits, les économies illicites qui les prolongent, et les moyens de transformer la gouvernance des ressources naturelles en instrument de paix, de sécurité et de prospérité.
Mais aujourd’hui, notre devoir premier est clair : écouter les survivantes et les survivants, reconnaître leurs droits, soutenir les réponses nationales et internationales, financer les services essentiels, combler les lacunes d’information, renforcer la coopération et faire de la lutte contre l’impunité une condition de la paix.
À l’issue de nos travaux, un message doit être clair : les violences sexuelles liées aux conflits ne sont ni inévitables, ni secondaires. La réponse ne peut pas se limiter à la condamnation. Elle doit inclure la prévention, la protection, la justice, les réparations, le relèvement économique, la reconnaissance des enfants nés de ces violences, et les moyens nécessaires pour que les engagements deviennent des résultats.
Mesdames et Messieurs,
La lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits est un impératif moral. Mais elle est aussi une exigence stratégique pour toute paix durable.
On ne reconstruit pas une société en laissant ses survivantes sans justice. On ne réconcilie pas des communautés en abandonnant les enfants nés de la violence au silence ou à la stigmatisation. On ne prévient pas les conflits en ignorant les économies qui les financent, les armes qui les prolongent, les réseaux qui exploitent les victimes, et les systèmes de domination qui les accompagnent.
Notre responsabilité commune est de faire en sorte que la dignité des survivantes et des survivants, les droits des enfants, la justice, les réparations et les services essentiels ne soient pas placés à la périphérie de la paix, mais au cœur même de sa construction.
Plus de vingt-cinq ans après la résolution 1325, la prochaine étape de notre engagement ne peut pas être une nouvelle promesse. Elle doit être une promesse tenue. Et ce,
Parce qu’aucune ressource naturelle ne devrait être extraite au prix de la dignité humaine ;
Parce qu’aucune économie ne devrait prospérer sur la souffrance des populations ;
Et parce qu’aucune paix durable ne peut être bâtie sur l’impunité.
Je vous remercie.

