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12 juillet, 2026 - 19:49:32
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Tribune | Dette publique en RDC : Levier de développement, pas fardeau pour les générations futures

J’ai entendu des voix se lever dans l’opinion publique congolaise condamnant le Gouvernement congolais de contracter des dettes extérieures pour appuyer sa politique publique. La théorie économique moderne enseigne qu’aucun État ne se développe sans endettement. Depuis Keynes jusqu’aux modèles de croissance endogène, la dette publique est reconnue comme un instrument de lissage intemporel :

Elle permet de mobiliser aujourd’hui les ressources nécessaires pour financer des investissements dont les retombées bénéficieront aux générations futures.

Dans le cas de la République démocratique du Congo, pays à fort déficit d’infrastructures et à faible taux de mobilisation des recettes intérieures, le recours à l’emprunt public ne relève pas d’un choix idéologique, mais d’une nécessité macroéconomique. La question n’est donc pas de savoir s’il faut s’endetter, mais comment, à quel coût et pour quels résultats.

Avec un ratio dette/PIB projeté à 24,6 % en 2026, la RDC demeure largement en dessous des seuils de soutenabilité définis par le FMI et la Banque mondiale. Mieux, l’essentiel de notre dette est concessionnelle, contractée auprès d’institutions multilatérales et bilatérales, à des taux et durées compatibles avec notre capacité de remboursement.

Cette tribune vise à lever les malentendus. Elle explique d’abord les avantages économiques d’une dette maîtrisée, ensuite les partenaires avec lesquels la RDC travaille et, enfin, la doctrine du Gouvernement :

Emprunter pour construire, emprunter pour investir, emprunter pour transformer la vie des Congolais.

1. La dette, un outil économique normal au service du développement

La dette n’est pas une fatalité. C’est un outil, comme le crédit pour une maison ou une usine.

Premièrement, elle permet d’investir sans attendre. Nous ne pouvons pas attendre 30 ans d’épargne pour construire des routes, des hôpitaux, des barrages. La dette nous donne la capacité de lancer Inga, de réhabiliter 10.000 km de routes, de construire des écoles aujourd’hui, etc.

Deuxièmement, elle lisse les chocs. En période de crise, comme c’est le cas aujourd’hui avec la guerre à l’Est de la République, de baisse des cours des minerais ou de tensions sécuritaires, la dette évite l’effondrement structurel ; elle permet de payer les enseignants, les médecins et les militaires, ainsi que tous ceux qui dépendent du Trésor public.

Troisièmement, elle crée un effet de levier. Quand nous empruntons à 1,5 % auprès de la Banque mondiale pour électrifier une zone, et que cette électricité permet de créer des usines qui paient des impôts, le pays gagne incontestablement.

Quatrièmement, elle crédibilise le pays. Un État qui emprunte, qui respecte ses engagements et qui rembourse attire les investisseurs privés. C’est le signal qu’on est un partenaire fiable et sérieux.

Le piège n’est pas la dette. Le piège, c’est la mauvaise dette :

Celle qui sert à consommer et non à produire.

2. Avec qui la RDC travaille-t-elle ?

La RDC emprunte auprès de partenaires sérieux, à des conditions concessionnelles.

Les institutions multilatérales constituent le cœur de notre dette. Le FMI nous accompagne avec deux programmes de 1,729 milliard USD et 1,038 milliard USD pour la stabilité macroéconomique. La Banque mondiale et la BAD financent les routes, la santé, l’éducation et l’énergie sur 20 à 40 ans. Ce sont des prêts peu chers, pensés pour les pays en développement. (Ex RDC)

Les partenaires bilatéraux sont aussi essentiels. Le Club de Paris nous a accordé un allégement historique de 12,3 milliards USD dans le cadre de l’initiative PPTE. La Chine, à travers l’EximBank, investit dans les infrastructures dans le cadre de l’Accord sino-congolais remanié. D’autres pays comme l’Inde, la Turquie ou l’Angola financent des projets ciblés.

3. A quoi sert concrètement la dette congolaise ?

Le Gouvernement a une règle claire : Dette pour investir, pas dette pour consommer.

Environ 80 % des emprunts nouveaux sont orientés vers les infrastructures : routes de desserte agricole, énergie, eau potable, fibre optique, hôpitaux. C’est ce qui désenclave, qui crée des emplois et qui augmente la production.

Une partie sert à financer les projets sociaux : écoles, lutte contre la pauvreté, accès à l’eau. La Banque mondiale et le FIDA sont très présents sur ce volet.

Une autre partie sert à stabiliser l’économie. Les programmes du FMI nous permettent de défendre le franc congolais, d’accumuler des réserves de change passées de 1,9 mois d’importations à 2,7 mois projetés en 2027, et de maintenir la croissance à 5,9 % en 2026.

Enfin, nous empruntons pour refinancer intelligemment afin de remplacer une dette chère par une dette moins chère.

4. La soutenabilité : nos garde-fous

Sommes-nous en danger de surendettement ? Non.

Fin 2025, l’encours de la dette publique était de 15,5 milliards USD, soit 20,2 % du PIB. Les projections 2026 nous placent à 24,6 % du PIB. Or, les études du FMI identifient deux seuils critiques pour la RDC : 32 % et 110 % du PIB. Nous sommes donc dans la zone verte, et nous devons en être fiers.

Pour rester dans cette zone, le Gouvernement applique 4 principes :

1. Discipline budgétaire : limiter les dépenses non prioritaires.

2. Augmenter les recettes internes : la vraie indépendance viendra de notre capacité à mobiliser nos propres ressources.

3. Réformer les entreprises publiques : selon la Banque mondiale, une bonne gouvernance peut générer des centaines de millions de dollars d’économies par an, bien que la RDC ne dispose pas de statistiques consolidées de son épargne nationale globale.

4. Transparence totale : la Dette publique publie chaque trimestre la situation de la dette.

Au demeurant, chers compatriotes, la dette publique n’est pas un fardeau qu’on lègue à nos enfants. Quand elle est bien gérée, c’est un pont que nous construisons pour eux.

La doctrine de ce Gouvernement est simple :

Nous empruntons pour construire les routes que nos enfants emprunteront, les écoles où ils étudieront, les hôpitaux qui les soigneront et l’énergie qui fera tourner leurs usines.

La dette de la RDC est soutenable, orientée vers l’investissement et encadrée par des partenaires crédibles. Notre défi n’est pas d’avoir peur de la dette. Notre défi est de faire en sorte que chaque dollar emprunté produise de la croissance, de la paix et de la dignité pour le peuple congolais.

Henry Mutombo Mikenyi

Écrivain et chercheur en fiscalité.

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