Le Dialogue se fait de plus en plus précis. Le président Félix Tshisekedi en a dessiné les contours à travers son adresse à la nation du 27 août. Incessamment, le comité de préparation sera mis en place par ordonnance présidentielle à l’effet, notamment, de recueillir les avis et considérations du peuple à la base dans les 26 provinces sur la crise à l’est qui mine la RDC depuis trois décennies. Une autre ordonnance convoquera le Dialogue proprement dit, qui va se tenir à Kinshasa. Mission : décortiquer et analyser l’expression du peuple avec, à la clé, le Pacte de paix, de cohésion et de refondation de l’État sur le plan interne et non déboucher, comme par le passé, sur des arrangements politiciens pour le partage du pouvoir. Lequel pacte va s’adosser à la dynamique internationale sur fond, notamment, des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, des Accords de Washington et du processus de Doha, aux fins d’une paix définitive.bPorteuse du plan Kagame par ses hommes liges J. Kabila et C. Nangaa, l’opposition, désorientée, incapable de lever le moindre doigt contre l’agression du pays et la prétention du Rwanda sur les terres congolaises, s’inscrit en faux contre cette initiative et choisit la voie de la confrontation en annonçant un assaut sur le Palais du Peuple le 15 septembre. Un pari qui n’est pas facile à gagner dans la mesure où l’opposition, au demeurant affaiblie et divisée, exclut le peuple du Dialogue alors qu’elle l’enfourche pour sa posture politique. À l’opposé, l’Administration américaine salue l’initiative et lui confère, par conséquent, une portée internationale qui réduit l’espace politique de ceux qui voudraient faire du rejet du processus leur unique ligne de conduite.
Comme il l’avait annoncé récemment à la diaspora congolaise à Libreville, le président Félix Tshisekedi a lié l’acte à la parole. Dans son adresse à la nation du 27 août, il a dessiné les contours du Dialogue réclamé à cor et à cri par la CENCO-ECC, appuyée par l’opposition présentement réunie au sein de la C64. Dans les tout prochains jours, le comité préparatoire de ce forum sera mis en place par ordonnance présidentielle qui en fixera le format, la composition et les missions. D’ores et déjà, une des missions, qui transparaît ainsi que cela ressort du discours du chef de l’Etat, c’est celle de recueillir les avis et considérations du peuple à la base au cours des consultations qui vont se dérouler dans les 26 province de la RDC.
Le Dialogue proprement dit interviendra à l’issue de ces consultations populaires. Une ordonnance consacrera sa convocation. Sa mission : décortiquer et analyser l’expression du peuple avec à la clé le Pacte de paix, de cohésion et de refondation de l’Etat sur le plan interne. Et non déboucher, comme par le passé, sur les arrangements politiciens pour le partage du pouvoir.
Fruit de la cogitation nationale, ce Pacte va s’adosser à la dynamique internationale consolidée, entre autres par des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, des Accords de Washington et du processus de Doha, aux fins d’une paix définitive. Toute confusion n’est plus donc de mise entre le Dialogue qui prend en compte le processus interne, alors qu’avec en toile de fond les résolutions onusiennes sur la crise en RDC, la dynamique internationale, conjuguée aux Accords de Washington et au processus de Doha, a trait à la cessation des hostilités, dont le point de mire est le retrait des troupes rwandaises du Congo, couplé à la démobilisation de l’AFC-M23 et apparentés.
Tshisekedi déplace la question, la C64 choisit la confrontation, les Américains saluent l’initiative
Le président Félix Tshisekedi a pris à revers l’opposition, voire la CENCO-ECC, qui faisaient du Dialogue leur cheval de bataille et à la fois un prétexte pour laisser perplexe le peuple congolais. Désormais, ce dernier ne constitue plus un marchepied pour légitimer une démarche nécessairement pas en sa faveur, mais il doit être associé, à partir de la base, à tout conciliabule avec pour objet son avenir et celui du pays.
Le chef de l’Etat a ainsi choisi de placer le Dialogue sur un terrain qui dépasse les traditionnels marchandages de partage du pouvoir. Le processus annoncé, précédé de consultations dans les 26 provinces, est présenté comme un cadre consacré à la paix, à la cohésion et à la refondation de l’État. De ce fait, il a également écarté l’idée d’un « marché politique » ou d’un instrument de repositionnement personnel.
Ce choix déplace la question. Il ne s’agit plus seulement de savoir qui est pour ou contre Tshisekedi, mais de déterminer qui est capable de formuler des réponses concrètes à la crise, de défendre l’intégrité territoriale et de contribuer à la consolidation de l’État.
Naturellement, la réaction de la C64, qui a son entendement du Dialogue, ne s’est pas faite attendre. Réunie le lendemain de l’adresse du président de la République, elle a, d’un trait, rejeté l’initiative sous prétexte qu’il s’agit là d’une kermesse de l’Union sacrée de la nation imaginée pour passer outre afin de changer la Constitution et d’offrir un troisième mandat à Félix Tshisekedi.
Faisant fi de la responsabilité de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa, du reste condamnés par la justice congolaise pour, entre autres, des crimes perpétrés contre des milliers de Congolais, elle considère que leur mise à l’écart remet en cause l’inclusivité du Dialogue et consacre la balkanisation de fait du pays.
Incapables de lever le moindre doigt contre l’agression du pays et la prétention du Rwanda sur les terres congolaises, les opposants choisissent la voie de confrontation. Ils annoncent un assaut sur le Palais du Peuple le 15 septembre, jour de la rentrée parlementaire. Un pari qui n’est pas facile à gagner, dans la mesure où l’opposition, au demeurant affaiblie et divisée, exclut le peuple du Dialogue alors qu’il l’enfourche depuis toujours pour sa posture politique. Ce peuple n’est plus donc dupe.
Pourquoi donc s’acharner sur la présence de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa malgré le sang des Congolais sur leurs mains ? La réponse est simple : la C64 et la complice politique de Paul Kagame, dont ils portent l’agenda à travers les anciens présidents de la République et de la CENI. Sans leur pression sur l’Etat congolais par des conquêtes militaires, l’opposition n’a pas de marge de manœuvre. Il en est ou en était ainsi de la CENCO-ECC.
Toutefois, la voie de confrontation choisie par la C64 ne sera pas une partie de plaisirs. Elle présente des limites au vu des faiblesses évidentes et du rapport de force qui tourne en faveur du pouvoir. Le premier test, c’est la marche du 15 septembre. L’opposition devra prouver que, malgré l’exclusion du peuple au Dialogue, elle bénéficie de son soutien et de son adhésion. Déjà, l’accueil très peu chaleureux dont Martin Fayulu, la locomotive de l’opposition, a été l’objet tout récemment à son retour de Kinshasa, en provenance de Bruxelles et de Paris où il n’a pas su vendre son projet, est un mauvais présage. D’aucuns disent qu’il n’a pas fait mieux que Grâce Kutino, la jeune ministre de la Jeunesse.
En effet, les acteurs de l’opposition ont construit leur discours autour du rejet systématique de Kinshasa, en reprenant des narratifs portés depuis l’extérieur. Dans le contexte de la guerre d’agression, cette proximité discursive devient politiquement coûteuse. Une opposition qui prétend incarner une alternative nationale doit pouvoir démontrer son autonomie, son ancrage et son propre projet.
À défaut, elle prend le risque de ne plus apparaître comme une force d’alternance autonome, mais comme une composante d’un rapport de force militaire et diplomatique qui la dépasse.
A l’opposé de la C64, l’Administration américaine s’est montrée positive. En saluant l’initiative et en appelant à un dialogue « inclusif et constructif », Massad Boulos, conseiller principal de Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, confère à cette démarche une portée internationale qui réduit l’espace politique de ceux qui voudraient faire du rejet du processus leur unique ligne de conduite.
Washington ne valide pas chaque modalité arrêtée par Kinshasa. Mais son appui au principe du dialogue change le rapport de force. L’initiative présidentielle est désormais inscrite dans un environnement diplomatique qui oblige l’opposition à clarifier sa stratégie, au moment où elle apparaît déjà profondément divisée.
Le soutien exprimé par les États-Unis au Dialogue national annoncé par le Président Félix Tshisekedi constitue davantage qu’un simple encouragement diplomatique.
Une opposition rattrapée par ses contradictions
La première conséquence de cette nouvelle donne est la désunion. Certains opposants comprennent que la confrontation permanente risque de les éloigner davantage de l’espace politique national et se montrent disposés à saisir la main tendue du chef de l’État. D’autres envisagent de participer au processus, mais souhaitent négocier les garanties et les règles de participation. Une troisième catégorie persiste dans le refus, avec des communiqués offensifs, tout en laissant subsister des canaux de contact avec Kinshasa.
Le contraste est particulièrement visible chez certains acteurs installés en Belgique et se présentant comme des exilés politiques. Le discours public demeure celui de la rupture, tandis que des contacts avec Kinshasa semblent rester recherchés, directement ou indirectement. Cette dualité révèle surtout l’absence d’une ligne commune face à une initiative dont le centre de gravité échappe progressivement à ceux qui espéraient en fixer les conditions.
L’appui américain accentue cette difficulté. Il ne ferme pas la porte à une opposition désireuse de participer de bonne foi. Il rend, au contraire, plus visible la différence entre ceux qui veulent contribuer au règlement de la crise et ceux dont le positionnement politique semble dépendre du maintien de la confrontation.
CENCO-ECC : la nouvelle donne
L’autre évolution déterminante concerne les Églises catholique et protestante. La CENCO et l’ECC avaient occupé une place importante dans les démarches de médiation et de recherche d’un dialogue inclusif. Elles se retrouvent aujourd’hui devant une nouvelle réalité : leur positionnement sur la question sécuritaire réduit la possibilité pour certains acteurs de l’opposition de les considérer comme un simple relais de leur stratégie politique.
La CENCO a publiquement dénoncé l’agression du Rwanda en RDC. Cette posture est politiquement significative. Elle oblige les promoteurs d’un dialogue à distinguer l’inclusivité politique de l’intégration, dans le même cadre, de groupes armés ou de dynamiques liées à une agression extérieure.
C’est ici que se dessine le schéma du Pacte républicain défendu par Tshisekedi : rassembler les Congolais, quelles que soient leurs sensibilités politiques, autour de l’intérêt supérieur de la République, sans confondre les forces politiques et les groupes armés. Le dialogue peut réunir les patriotes de tous les bords ; il ne saurait servir à blanchir politiquement ceux qui ont choisi la voie des armes ou les agendas d’une puissance étrangère.
Cette distinction place aussi le camp AFC/M23-Kabila devant une difficulté stratégique. S’il entend se greffer sur une dynamique portée par les confessions religieuses, il lui devient plus difficile de compter sur l’aura de la CENCO-ECC comme couverture politique, dès lors que ces structures ont intégré plus nettement la question de l’agression rwandaise dans leur lecture de la crise.
Le pari de l’isolement de Tshisekedi contrarié
C’est probablement l’une des erreurs de calcul majeures de ses adversaires. Une partie de l’opposition avait parié sur un président politiquement isolé et durablement fragilisé par les crises sécuritaire, sociale et institutionnelle. Or Félix Tshisekedi a repris l’initiative en imposant son propre calendrier et en plaçant le débat sur un terrain où ses adversaires doivent désormais se déterminer.
Le soutien américain renforce cette dynamique. Il ne signifie pas que Washington se range derrière Kinshasa sur tous les sujets, mais il confirme que le dialogue peut être considéré comme un instrument de confiance, de paix et de stabilité. À mesure que d’autres soutiens diplomatiques pourraient converger vers cette logique, le coût politique du refus systématique risque de s’alourdir.
Le choix devient alors clair : participer au dialogue et tenter d’en influencer les conclusions, ou rester à l’extérieur et laisser d’autres occuper l’espace politique. Dans les deux cas, la stratégie consistant à rejeter indistinctement toute initiative venue de Tshisekedi perd de son efficacité.
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