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31 août, 2026 - 20:26:02
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Tribune d’Éric Kamba | Dialogue national : quand la parole doit revenir à la Nation

Au-delà des positions du pouvoir et de l’opposition, les consultations nationales doivent permettre aux provinces, aux forces vives, à la jeunesse, aux victimes des conflits et à la diaspora congolaise de participer à la réflexion sur l’avenir du pays. L’annonce par le Président Félix-Antoine Tshisekedi d’un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État constitue une occasion importante pour la République démocratique du Congo. Mais pour comprendre la portée de cette initiative, il faut sortir d’une vieille habitude de notre vie politique : celle qui consiste à réduire le Congo à quelques personnalités politiques et à considérer que tout dialogue national doit nécessairement commencer et se terminer par des arrangements entre elles. Le Congo est beaucoup plus grand que sa classe politique.

Le Congo, ce sont ses provinces, ses territoires, ses villages et ses villes. Ce sont les femmes, les jeunes, les travailleurs, les entrepreneurs, les intellectuels, les étudiants, les autorités coutumières et religieuses, les organisations de la société civile, les victimes des conflits et les millions de Congolais établis à l’étranger.

Le véritable enjeu du processus annoncé doit donc être simple : écouter le Congo profond.

Aller vers le peuple avant de décider pour le peuple

La démarche consistant à organiser une phase de consultations avant les assises nationales mérite d’être soutenue.

Pourquoi ? Parce que pendant trop longtemps, le peuple congolais a été invoqué sans nécessairement être entendu. Des responsables politiques parlent au nom du peuple. Des partis parlent au nom du peuple. Des coalitions parlent au nom du peuple. Le pouvoir parle au nom du peuple. L’opposition parle au nom du peuple. Mais quand donnons-nous réellement la parole à ce peuple ?

C’est précisément ce que ces consultations devraient permettre de changer.

Il faut aller écouter les Congolais dans toutes les provinces. Il faut entendre Goma et Bukavu. Il faut entendre Bunia et Beni. Il faut entendre Kisangani, Mbandaka, Kananga, Mbuji-Mayi, Lubumbashi, Matadi, Kindu et toutes les autres parties de la République. Il faut écouter les populations directement confrontées à la guerre.

Il faut écouter celles qui vivent quotidiennement la pauvreté, le chômage, les difficultés d’accès à l’éducation, aux soins de santé, à l’électricité, à l’eau et aux infrastructures.

Un dialogue national digne de ce nom ne doit pas seulement demander aux politiciens ce qu’ils veulent. Il doit demander aux Congolais quel Congo ils veulent.

Le Congo profond, c’est aussi la diaspora

Cette consultation nationale ne serait cependant pas complète si elle négligeait une autre composante essentielle de la Nation : la diaspora congolaise. Le Congo profond ne doit pas être compris uniquement comme une réalité géographique enfermée dans les frontières nationales. Il existe aussi un Congo au-delà des frontières.

Des millions de Congolais vivent en Afrique, en Europe, en Amérique, en Asie et ailleurs dans le monde tout en demeurant profondément attachés à leur pays. Cette diaspora constitue aujourd’hui une formidable réserve d’expertise, de compétences, de réseaux, d’investissements et d’influence internationale. On y trouve des médecins, des chercheurs, des ingénieurs, des universitaires, des juristes, des économistes, des entrepreneurs, des diplomates, des experts en sécurité, des spécialistes des relations internationales, des professionnels de la technologie et de nombreux autres Congolais disposant d’expériences susceptibles de contribuer à la reconstruction nationale.

Depuis des décennies, cette diaspora contribue également à la résilience économique et sociale du pays par les transferts financiers, l’investissement, le soutien aux familles et la mobilisation internationale en faveur du Congo.

Elle ne doit donc plus être considérée uniquement comme une source de transferts financiers ou comme une force que l’on sollicite occasionnellement. La diaspora doit être considérée comme une composante stratégique de la Nation congolaise.

Si nous voulons réellement mobiliser toutes les intelligences congolaises, alors il faut écouter le Congo des territoires, le Congo des provinces et le Congo de la diaspora.

Une main tendue à ceux qui choisissent la République

Il faut également reconnaître un autre élément important de l’initiative présidentielle : la volonté d’ouvrir un espace de dialogue aux acteurs politiques et sociaux disposés à rechercher pacifiquement des solutions aux problèmes du pays. Cette main tendue doit être encouragée. Mais elle doit également reposer sur des principes. Le Congo traverse une guerre et une crise sécuritaire qui menacent directement sa souveraineté et son intégrité territoriale.

Dans ces circonstances, participer à la reconstruction de la cohésion nationale suppose un minimum républicain : défendre l’intégrité territoriale du pays, condamner toute agression étrangère, renoncer définitivement à la violence comme instrument de conquête du pouvoir et refuser toute collaboration avec les forces qui combattent la République. La Nation peut pardonner. La Nation peut réconcilier. La Nation peut tendre la main.

Mais cette main tendue doit rencontrer, de l’autre côté, une volonté sincère de servir désormais le Congo et de ne plus jamais le trahir. La réconciliation ne peut pas devenir un mécanisme permettant de combattre la République aujourd’hui pour obtenir une récompense politique demain.

C’est précisément pourquoi l’un des principes fondamentaux du nouveau dialogue doit rester celui-ci : les armes ne doivent plus constituer un raccourci vers le pouvoir.

Fayulu, Kabund et les autres ont le droit de dire non

Certains responsables politiques ont choisi de rejeter le processus proposé. Ils en ont parfaitement le droit. Martin Fayulu peut dire non. Jean-Marc Kabund peut dire non. D’autres responsables politiques peuvent également décider de ne pas participer. Nous sommes en démocratie. Personne ne devrait être contraint de participer à un dialogue auquel il ne croit pas. Ils ont également le droit de critiquer le Président Tshisekedi, son gouvernement, les modalités du processus ou ses intentions.

Mais il existe une différence fondamentale entre refuser personnellement de participer et prétendre que son refus représente automatiquement celui du peuple congolais. Aucun responsable politique, qu’il appartienne au pouvoir ou à l’opposition, ne peut s’arroger à lui seul la représentation du Congo profond.

C’est précisément pour cela qu’il faut consulter les Congolais.

Que ceux qui prétendent parler au nom du peuple acceptent que le peuple parle

Voilà probablement la question la plus intéressante de ce processus.

Si certains responsables politiques considèrent que les consultations sont inutiles parce que le peuple aurait déjà rejeté l’initiative, alors pourquoi craindre de demander directement à ce peuple ce qu’il pense ? Allons dans les provinces. Écoutons les populations. Écoutons les jeunes. Écoutons les femmes. Écoutons les déplacés. Écoutons les victimes de guerre. Écoutons les autorités coutumières. Écoutons les universitaires. Écoutons les entrepreneurs. Écoutons les confessions religieuses. Écoutons la société civile. Écoutons la diaspora. Et ensuite, regardons ce que le Congo aura réellement dit.

Le peuple congolais ne doit plus seulement être cité. Il doit être entendu.

Ni la majorité ni l’opposition ne peuvent confisquer le Congo

Nous devons cependant rester cohérents. Si nous refusons que le pouvoir confisque la parole nationale, nous devons également refuser qu’une partie de l’opposition la confisque. Le pouvoir ne représente pas à lui seul toute la République. L’opposition non plus. La République appartient à tous les Congolais.

C’est pourquoi le processus devra être suffisamment transparent et représentatif pour empêcher sa confiscation par quelque camp que ce soit.

La composition des structures chargées de conduire les consultations, les critères de participation, la représentation des provinces, la place accordée aux femmes et aux jeunes, la participation effective de la diaspora ainsi que la transparence des recommandations seront déterminantes.

Soutenir l’initiative présidentielle ne signifie donc pas donner un chèque en blanc.

Au contraire. Soutenir le dialogue, c’est aussi exiger qu’il soit réellement national, transparent, représentatif et orienté vers les intérêts supérieurs de la République. Le Congo ne peut pas être éternellement prisonnier des mêmes acteurs

Depuis plusieurs décennies, notre pays connaît une succession de crises, de rébellions, de négociations, de dialogues, d’accords politiques et de recompositions institutionnelles.

Et trop souvent, nous retrouvons les mêmes acteurs autour des mêmes tables.

Pendant ce temps, une nouvelle génération congolaise est née.

Elle étudie. Elle entreprend. Elle innove. Elle réfléchit. Elle travaille au Congo et dans la diaspora.

Elle développe des compétences dans les domaines de la sécurité, de la diplomatie, de l’économie, des minerais stratégiques, de l’intelligence économique, de l’agriculture, de la technologie, des relations internationales et du développement.

Pourquoi le destin de plus de cent millions de Congolais devrait-il toujours dépendre des négociations entre quelques personnalités politiques ?

Pourquoi faudrait-il croire que quelques dirigeants possèdent à eux seuls les solutions aux problèmes d’un pays aussi vaste et complexe que la République démocratique du Congo ?

Le Congo possède suffisamment d’intelligences pour penser le Congo. Il faut maintenant leur ouvrir les portes de la République.

Le refus de quelques-uns ne peut devenir un veto national

Nous souhaitons naturellement que l’opposition participe. Une démocratie forte a besoin d’une opposition forte. Ses critiques peuvent améliorer le processus. Ses propositions doivent être entendues. Mais une démocratie ne signifie pas l’unanimité obligatoire. Si certains acteurs choisissent librement de ne pas participer, respectons leur décision.

Mais leur absence ne peut pas signifier que le Congo entier doit s’arrêter.

Sinon, il suffirait qu’un groupe politique dise « non » pour empêcher toute initiative nationale.

Ce serait transformer le droit démocratique au refus en droit de veto sur toute la République. Avoir le droit de ne pas participer ne signifie pas avoir le droit d’empêcher les autres Congolais de participer. Le Congo ne peut pas être pris en otage par les calculs du pouvoir. Mais il ne peut pas davantage être pris en otage par les calculs de l’opposition.

L’intérêt national doit être placé au-dessus des intérêts des camps. Nous voulons contribuer à construire, pas seulement critiquer Notre position est donc claire. Nous voulons contribuer. Nous voulons proposer. Nous voulons analyser. Nous voulons anticiper.

Nous voulons mettre l’intelligence, l’expertise et l’expérience congolaises au service de la République. Nous voulons que les Congolais de l’intérieur comme ceux de la diaspora puissent participer à la recherche des solutions. Nous ne prétendons pas remplacer les institutions. Nous voulons contribuer à les renforcer.

Le pays traverse des difficultés suffisamment graves pour que les intelligences congolaises cessent de consacrer toute leur énergie à se combattre.

Nos véritables batailles sont connues : la guerre, l’insécurité, la pauvreté, le chômage, le sous-développement, la corruption, les fractures communautaires, les ingérences étrangères, la faiblesse de certaines institutions et notre incapacité historique à transformer les immenses ressources du Congo en puissance économique et sociale au bénéfice de sa population.

Voilà les défis autour desquels la Nation devrait se rassembler.

Laissons maintenant parler le Congo

Que Martin Fayulu dise non.

Que Jean-Marc Kabund dise non.

Que d’autres disent non.

Que d’autres encore disent oui.

C’est cela aussi, la démocratie.

Mais après les déclarations des uns et des autres, laissons maintenant parler le Congo.

Si les consultations sont effectivement ouvertes, transparentes et représentatives, allons écouter les 26 provinces.

Écoutons la diaspora. Écoutons les forces vives. Écoutons ceux qui n’ont ni parti politique, ni mandat électif, ni accès permanent aux médias, mais qui vivent chaque jour les conséquences des décisions prises au sommet de l’État.

Ce dialogue ne doit pas devenir un référendum pour ou contre Félix Tshisekedi.

Il ne doit pas davantage devenir un instrument destiné à départager les ambitions personnelles des dirigeants politiques.

Il doit devenir une conversation du Congo avec lui-même.

C’est peut-être là que réside la véritable rupture.

Faire en sorte que le dialogue ne soit plus seulement une négociation entre ceux qui veulent conserver le pouvoir et ceux qui veulent le conquérir, mais un moment où une Nation réfléchit collectivement à son avenir.

Le Congo profond doit parler. Les provinces doivent parler. La diaspora doit parler. L’opposition doit parler. La majorité doit parler. La société civile doit parler. Les victimes doivent parler. La jeunesse doit parler. Mais personne ne doit parler à la place de toute la Nation. Car le Congo appartient à plus de cent millions de Congolais.

Et son avenir ne peut être suspendu au oui ou au non de quelques acteurs politiques.

Éric Kamba

Géostratège et analyste des relations internationales

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