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Kinshasa
17 avril, 2026 - 01:25:08
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CENCO-ECC: Macron applique la diplomatie de Vichy sur le Kivu

« J’ai reçu une délégation des églises congolaises engagées pour la paix en RDC. J’appuie pleinement leur initiative (…) Pour dépasser la crise actuelle à l’Est du pays et permettre le rétablissement de la souveraineté congolaise, la France soutient le dialogue », a écrit sur X, le président Emmanuel Macron. Déterminés à distiller à l’échelle mondiale le postulat selon laquelle la crise sécuritaire dans l’est congolais a un soubassement, plutôt domestique, de légitimité du pouvoir en place, Mgr N’shole de la Cenco et Eric Nsenga de l’ECC et leurs collabos respectifs ont été, il y a soixante-douze heures aux Champs-Elysées, vêtus comme des stars de la World music. Point d’appel à la cessation des hostilités dans l’est, ni du Français encore moins du tandem Cenco-ECC, si bien que, dans l’opinion, des analystes et observateurs avertis de la politique française dans les région de grands-lacs, estiment que la rencontre de Paris n’aurait été qu’une messe noire contre l’administration de Tshisekedi. Tant le discours officiel de la France sur la crise sécuritaire dans les Kivus se résume à caricaturer le pouvoir de Kinshasa, à le dépeindre comme une succession des rois fainéants voilà 30 ans, sinon c’est du  » tant pis personne! »

Tenez, alors que les États-Unis ont sanctionné les firmes
Kingston Fresh Ltd (Royaume-Uni) et Kingston Holding SAS (France), deux sociétés-écrans accusées de participer au commerce illégal de minerais extraits des zones sous contrôle du M23. Des faisceaux des preuves indiquant que ces entreprises ont facilité l’exportation d’or et de coltan, en contournant les mécanismes de traçabilité internationaux et en fournissant au M23 un financement indispensable à son expansion militaire. Quand, au motif qu’elle assure des ressources financières pour mener la guerre au M23, l’Union européenne sanctionne la raffinerie d’or de Gasabo, qui assure au bas mot 30% des revenus annuels du Rwanda, la France , par contre, ferme les yeux sur les activités du porte-parole de M23, Lawrence Kanyuka qui gère une société de conseil minier basée à Paris, sans déposer ses comptes. Et sans que le fisc français n’y trouve à redire… comme le régime de Vichy face à la maffia allemande au début de la seconde grande guerre.

Lawrence Kanyuka, ambassadeur et financier de M23 à paris

Selon des informations recueillies par Off Investigation, Lawrence Kanyuka a vécu plusieurs années dans l’Hexagone, où il disposait également d’un pied-à-terre à Saint-Maur-des-Fossés, en proche banlieue parisienne (Val-de-Marne). A l’époque où il crée son entreprise de consulting minier, ce « Congolais' »- l’ONIP va devoir le prouver !- qui détient aussi la nationalité britannique a déjà rejoint le M23 depuis 2013. Notons qu’en RDC, la nationalité est une et exclusive.

Sanctionné par l’UE, interdit de fouler l’espace Schengen, Lawrence Kanyuka jouirait plutôt des immunités diplomatiques en France.

Normalement, la mise sur pied de sa société « Kingston Holding » en 2017 aurait dû alerter l’administration fiscale française, note Off Investigation. Lawrence Kanyuka n’avait pas ouvert un stand de chouquettes, mais bien une entreprise de conseil dans le secteur minier, qui aurait pu lui permettre de favoriser l’exfiltration de « minerais de sang », par exemple depuis les zones contrôlées par le M23 jusqu’en Occident, poursuit Off Investigation. Qu’à cela ne tienne, le fisc français, pourtant si prompt à dégainer un contrôle fiscal, est resté les bras croisés. Tracfin, le service de renseignement financier chargé notamment de la lutte contre le blanchiment, n’a fait redescendre aucune alerte.

Or Off Investigation est aujourd’hui en mesure de révéler que Kingston Holding n’a jamais rempli aucune de ses obligations déclaratives ; en clair, elle n’a jamais déclaré de bilan comptable annuel depuis 2017, ce qui est pourtant impératif pour une EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée). En France, l’absence de dépôt de bilan comptable est même sanctionnée pénalement, d’une amende pouvant atteindre 1500 euros.

Mais selon des sources internes à l’administration fiscale recoupées par Off, Lawrence Kanyuka n’a jamais été « pris par la patrouille » ni sanctionné. Plus étonnant encore, lui ou sa société n’ont jamais fait l’objet d’un contrôle fiscal, ou même d’un « carottage », une demande de renseignements que les impôts envoient à la banque qui abritent les comptes de la société. Cette procédure permet de contrôler discrètement les flux financiers de la société, et d’établir le cas échéant une taxation d’office. De manière assez inexplicable au vu du profil de l’entreprise et de son créateur, Kingston Holding est passée entre les mailles du filet.

Exonérations fiscales signées… Élysée (?)
Depuis 2022 et la « renaissance » de Kingston Holding, Lawrence Kanyuka n’a toujours déclaré aucun bilan comptable, toujours en violation de ses obligations légales. Et le fisc français, fidèle à lui-même, n’a toujours diligenté aucun contrôle, alors que c’est précisément depuis la période post-Covid que le M23 se montre de nouveau menaçant à l’est du Congo, menant des offensives de grande ampleur et s’emparant de sites miniers.

Dans le cas de Kanyuka, la France aurait-elle donc laissé tranquille un rebelle qui géopolitiquement, sert davantage les intérêts de l’hexagone ? Voilà qui rappelle la complaisance et la complicité du régime de Vichy face aux vols des biens des Juifs par les Nazis. Quoi qu’il en soit, les défaillances du fisc français ne manqueront pas d’alimenter le doute et les accusations de connivence entre la France, le Rwanda et la rébellion du M23. À l’ONU, le diplomate français, Nicolas de Rivière, s’abstient subtilement de citer nommément le Rwanda. Ce qui reflète, en réalité, la position de la France sur la crise dans l’est de la RDC: l’indifférence complice comme le gouvernement de Vichy.

Le 10 mars 2023, l’ambassadeur de France à l’ONU, Nicolas de Rivière, déclare , « le dossier [ de la RDC ]est déjà en examen au niveau du Conseil de sécurité des Nations Unies. Il est clairement établi qu’il y a des incursions du Rwanda au Nord-Kivu, ce qui n’est pas acceptable! ». Mais, une fois loin du Congo, Nicolas de Rivière se rebiffe, le 28 mars 2023, à Jeune Afrique, il soutenait, « n »attendez pas de l’ONU qu’elle règle la situation par magie ou de manière instantanée à la place des autorités congolaises ». Avant de renchérir, « les sanctions ne sont pas notre option préférée  » à propos du Rwanda. Et mi-août 2024, à la faveur d’une conférence de presse conjointe à Kinshasa, Emmanuel Macron crache sans fioritures sur Félix Tshisekedi, « Depuis 1994, et ce n’est pas la faute de la France, […], vous n’avez pas été capables de restaurer la souveraineté, ni militaire, ni sécuritaire, ni administrative, de votre pays. C’est aussi une réalité. Il ne faut pas chercher des coupables à l’extérieur de cette affaire ». La position de la France est claire.

Pold Levi

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