Alors que l’Est de la République démocratique du Congo demeure en proie à une guerre d’agression orchestrée depuis Kigali, une frange d’acteurs politiques et religieux persiste à esquiver la vérité fondamentale du conflit. À force de contourner le rôle central du Rwanda dans ce drame géopolitique et humanitaire, ces voix contribuent à diluer l’agression dans un discours de faux apaisement, évoquant une prétendue crise de cohésion nationale. Une telle posture n’est pas neutre. Elle n’est pas innocente. Elle relève d’une complicité silencieuse, d’un calcul stratégique, …bref, d’une trahison pure. Car, taire le nom de l’agresseur, c’est désarmer le Congo. C’est lui voler sa cause, sa dignité et son droit à la justice. À l’heure où les masques tombent, il devient impératif de choisir entre la vérité et l’abdication. Entre la République et ses fossoyeurs. Les récents propos absurdes, incongrus, abjects et erronés de l’Américain Ronny Jackson à la Commission des Affaires étrangères du Congrès américain traduisent mieux la pensée de Paul Kagame sur la RDC que quiconque. De ce fait, trois questions importent d’être posées à la CENCO-ECC, Kamerhe et consorts : Paul Kagame bombarde-t-il le sol congolais par défaut de cohésion nationale ? Le Rwanda soutient-il le M23 au motif que les Congolais ne s’entendraient pas entre eux ? Le pillage de l’or, du coltan, et du tantale dans le Kivu est-il la conséquence d’un prétendu manque d’unité interne ?
Il y a, aujourd’hui, dans certains cercles congolais, une frénésie suspecte autour du concept de « cohésion nationale ». Prôné à grand renfort de voyages diplomatiques et de discours lénifiants, il est brandi comme une première réponse à la crise sécuritaire qui ensanglante l’est du pays depuis plus de trois décennies. Mais à y regarder de plus près, ce récit relègue au second plan la réalité fondamentale : la République Démocratique du Congo est victime d’une guerre d’agression dont les motivations profondes sont économiques, guerre perpétrée sous des paravents successifs et avec une constance méthodologique glaçante.
Il faut avoir le courage de nommer les choses par leur nom. Il faut, surtout, savoir distinguer les postures de façade des engagements sincères. Dénoncer, haut et fort, l’agression rwandaise contre la République Démocratique du Congo n’est ni un excès de langage, ni une posture belliciste. C’est un acte de vérité. C’est une posture de lucidité nationale. Et certains, à l’instar de Jean-Pierre Bemba Gombo — ancien vice-président de la République, ancien vice-Premier ministre et aujourd’hui— l’ont compris et le font avec clarté et constance. Ils sont l’objet d’attaques de la part de ceux qui sont au service des forces occultes et qui n’ont pas la moindre gêne de soutenir que le problème de la RDC c’est le président Félix Tshisekedi, lesquelles forces sont incapables de dénoncer le Rwanda comme agresseur, ni éprouver la moindre compassion pour le peuple congolais meurtri. Le carnage de Goma est encore frais dans nos mémoires.
Oui, il est juste et nécessaire de dénoncer la duplicité de ceux qui, sous couvert de paix, contribuent à masquer la réalité brutale : ce qui se joue à l’est n’est pas une simple querelle intestinale. Ce n’est pas un conflit entre Congolais. C’est une guerre de prédation, téléguidée depuis Kigali et dont les ambitions territoriales et économiques sont connues. Tout discours qui tend à relativiser cette vérité relève d’un antipatriotisme évident.
Enfin, que reste-t-il de la dignité nationale lorsque l’on tente, par calcul ou par lâcheté, de diluer une agression externe dans un prétendu désordre interne ? Ceux qui, aujourd’hui, prennent en compte ce genre de proposition, en feignant de croire que le problème de l’est serait avant tout une crise de gouvernance congolaise ou un déficit de cohésion nationale, ne font que reprendre, à peine rhabillé, le narratif de l’ennemi. Et c’est bien là que réside le danger : dans cette complicité masquée, dans cette mise en scène de patriotisme creux qui, en réalité, ouvre un boulevard à l’ennemi.
Cette guerre n’est pas seulement celle des balles et des bombes. Elle est aussi idéologique. Elle se mène sur le terrain du discours, de la représentation, de l’opinion. Faire croire au peuple que son propre mal vient de lui-même, alors qu’il est agressé, violé, spolié par un Etat voisin, c’est collaborer avec l’agresseur.
La vérité est simple, même si elle dérange : ce conflit est une conspiration régionale. Des mains congolaises y sont impliquées, parfois par naïveté, souvent par trahison. Mais plus cette réalité, c’est s’en rendre complice. En face, le Rwanda ne cache ni ses intentions, ni ses appuis.
Qui peut bien traduire la pensée de Paul Kagame que ne l’a fait le député américain Ronny Jackson devant la Commission des Affaires étrangères du Congrès américain au terme de sa récente tournée à Kinshasa et à Kigali ? Le Rwanda veut redéfinir les frontières et faire main basse sur les ressources naturelles du Congo. Vouloir prétendre que la recherche de la cohésion nationale en RDC, sur fond du partage du gâteau et de caresse du M23 dans le sens de poils, suffit pour apaiser le maître de Kigali est une affabulation. Il est donc du devoir des patriotes, de ceux qui ont encore le sens de l’État et de la nation, de s’ériger en rempart contre la confusion savamment entretenue.
De l’AFDL au M23, en passant par le RCD et le CNDP, le schéma est invariable : des attaques armées suivies d’injonctions à la négociation, au prix d’une mise sous respiration artificielle d’un État légitime, pendant que s’opère en silence le pillage systématique des richesses.
L’instrumentalisation du mixage et du brassage au sein des Forces armées, sous couvert de paix, n’a fait qu’affaiblir l’ossature de l’appareil sécuritaire de la RDC, le rendant hétéroclite et, à bien des égards, vulnérable.
C’est précisément ce cycle infernal que le Président de la République, Félix Tshisekedi, refuse désormais de cautionner. Et ce, à juste titre. Nulle nation digne ne saurait admettre l’éternelle reconduction d’un processus de compromission nationale. Ceux qui, aujourd’hui, cherchent à réactiver ce vieux logiciel sous le masque de la « cohésion nationale », avec pour toile de fond des ambitions à peine voilées pour l’horizon 2028, participent à un brouillage stratégique dont les conséquences sont gravissimes.
Il est donc temps de poser les vraies questions : Paul Kagame bombarde-t-il le sol congolais par défaut de cohésion nationale ? Le Rwanda soutient-il le M23 au motif que les Congolais ne s’entendraient pas entre eux ? Le pillage de l’or, du coltan, et du tantale dans le Kivu est-il la conséquence d’un prétendu manque d’unité interne ? Qui peut sérieusement défendre l’idée que l’agression rwandaise trouverait sa cause dans nos dissensions ? Ces questions sont posées principalement au tandem CENCO-ECC, au président de l’Assemblée nationale Vital Kamerhe.
Il y a, derrière cette stratégie de détournement, une tentative d’imputer à la victime une responsabilité morale qui n’est pas la sienne. C’est une manière subtile de faire porter au peuple congolais la culpabilité d’un conflit dont les architectes, les financiers et les exécutants sont connus de tous. C’est là le danger : se laisser enfermer dans une logique d’auto-flagellation, comme si le Congo devait d’abord se purifier pour mériter la paix.
Non, la priorité aujourd’hui, c’est la vérité. Et cette vérité à un nom : le Rwanda. Tant que ce nœud-là ne sera pas tranché avec lucidité et courage, tout le reste ne sera que poudre aux yeux. Les promoteurs zélés de la cohésion nationale, qui pullulent sur les plateaux de télévision et dans les salons feutrés des capitales étrangères, doivent savoir que l’histoire retiendra leur duplicité. Car ils ne prêchent pas la paix — ils escortent l’oubli, l’impunité et la reconfiguration d’une domination.
L’heure n’est plus aux abstractions. Le Congo ne peut plus se permettre d’édulcorer son mal, ni de tolérer que des ambitions personnelles se drapent dans le voile de l’unité. Il est temps de choisir : la vérité ou la compromission. La souveraineté ou la cohabitation avec l’agresseur. Et le peuple, lui, a déjà choisi.
Moïse Musangana (Journaliste et chercheur en questions électorales et minières) & Pitshou Mulumba (Journaliste et chercheur en Sciences politiques)
