Alors que les preuves de la collusion entre Joseph Kabila et le mouvement armé AFC/M23, soutenu par le Rwanda, s’accumulent et sont évidentes, le PPRD se retrouve face à un dilemme historique. Doit-il rompre avec son président et autorité morale du FCC désormais compromis parce que marginal vis-à-vis des lois de la République et complice de l’agression du pays ou sombrer avec lui dans le discrédit et l’oubli ? L’heure n’est plus à l’ambiguïté : dans un contexte d’agression manifeste contre la République et de drame humanitaire sans précédent, sur fond de condamnation de la communauté internationale qui, en plus de la résolution 2773 du Conseil de sécurité, excelle en sanctions ciblées eu égard à des officiers rwandais et à leurs supplétifs du M23, le silence devient complicité. Le parti doit trancher, et vite.
Le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) est à la croisée des chemins. Il traverse aujourd’hui la plus grave crise de son histoire, même si ses dirigeants semblent se complaire au travers de leurs avocats en voulant philosopher sur certains mots, en l’occurrence, « ambiguïté ». Et cette crise n’est pas conjoncturelle. Elle est existentielle. Elle impose un choix aussi radical que vital : se désolidariser sans ambiguïté de son autorité morale, Joseph Kabila, ou disparaître avec lui, englouti par l’opprobre d’une complicité ouverte avec les ennemis de la République.
Ce n’est pas une accusation légère. Ce n’est pas un procès d’intention. Ce sont des faits.
Depuis ses premières prises de parole publiques après des années de silence, Joseph Kabila a abandonné toute prudence d’homme d’État pour adopter une rhétorique dangereusement ambigüe — voire complaisante — à l’égard du mouvement armé AFC/M23, supplétif bien identifié du Rwanda, acteur principal de l’agression contre la République Démocratique du Congo. Mieux, il a rompu avec sa nature de « taiseux » pour se révéler « un véritable agent rwandais » en voulant donner un visage congolais à la crise de l’est afin de desserrer l’étau autour du Maître de Kigali, acculé de toutes parts, dont le fonds de commerce en RDC est en train de fondre comme du beurre au soleil et qui, pour la première fois depuis 31 ans, a dit seul sa messe du génocide le 07 avril dernier au cours de laquelle il a renvoyé au diable tous ceux qui l’ont soutenu sans vergogne toutes ces années au grand dam du peuple congolais. Tout un message que l’ancien président congolais semble ne pas décortiquer ou, tout simplement, le temps est venu pour lui de jouer à visage découvert !
En effet, dans l’espace de 50 jours entre les mois de février et avril 2025, l’ancien président Joseph Kabila a fait trois sorties médiatiques à travers lesquelles transpirent ses intentions. D’abord, le 23 février. Il se fait découvrir à travers une tribune dans le journal sud-africain Sunday Times. Sans exprimer la moindre compassion pour de milliers de gens victimes du carnage perpétré le 27 janvier 2025 par les RDF et leurs supplétifs de l’AFC-M23 pour la prise de la ville de Goma, puis celle de Bukavu deux semaines après (le 15 février), ni condamner le gouvernement de Kigali dont le rôle est connu dans cette entreprise funeste, il déclare que le M23 est une aspiration du peuple congolais, ses revendications sont légitimes, ce n’est pas un groupe anarchiste, ni un proxy rwandais. Puis, le 03 mars. Il se produit à la télévision namibienne NBC où il préconise, tout en se prévalant de disposer de beaucoup d’énergie pour continuer à servir le Congo, le retrait de toutes les troupes étrangères qui ne feraient qu’aggraver une situation sécuritaire déjà fragile. Le 23 février, il demandait aux troupes sud-africaines de se retirer du Congo, alors que c’est avec l’appui de ces troupes sous les couleurs de l’ONU qu’il avait vaincu en son temps le M23. Enfin, le 08 avril. Dans une lettre à Jeune Afrique, il annonce son retour en RDC sans délai et par la partie orientale. Il justifie sa décision du fait de la situation sécuritaire morose à travers tout le pays, ainsi que de la déliquescence qui gangrène tous les secteurs de la vie nationale.
Ni compassion, ni condamnation
Alors que les Nations unies, les États-Unis, la France et plusieurs institutions internationales ont clairement établi la responsabilité du Rwanda dans cette guerre, Kabila s’est fendu de déclarations qui, loin de condamner les atrocités perpétrées dans l’Est, tentent de leur donner un vernis de légitimité politique. Il s’est réservé de condamner le régime de Kigali pour lequel la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies est plus qu’explicite. Elle lui demande, sans ambages, de retirer ses troupes de la RDC. Ses supplétifs de l’AFC-M23 ne sont pas non plus en marge : ils doivent libérer les zones sous leur contrôle et mettre fin à l’administration parallèle.
Rien, absolument rien dans ses mots, n’a évoqué les massacres, les exactions, les femmes violées, les enfants enrôlés de force, les millions de déplacés internes, les villes martyrisées comme Goma. Pas un mot pour les victimes. Pas une larme pour les morts. Pas, autant que les évêques de la CENCO et de l’ECC, la moindre compassion pour une dizaine de milliers de vies fauchées à la suite du carnage pour la prise de la ville de Goma le 27 janvier.
À l’inverse, il se répand dans une froide tentative de réhabilitation d’un mouvement terroriste, qualifié comme tel par les institutions congolaises et associé à une armée étrangère qui viole notre souveraineté. Sans le moindre scrupule, il déclare solennellement, malgré sa casquette d’ancien président de la République, celui-là même qui avait combattu ce mouvement soutenu par le Rwanda et l’Ouganda, que cette bande de soudards « est une aspiration du peuple congolais, ses revendications sont légitimes, ce n’est pas un groupe anarchiste, ni un proxy rwandais ». Quelle insulte, quel mépris !
Posture préalablement dénoncée
En marge d’une rencontre internationale en Allemagne, le président Félix Tshisekedi n’était pas allé par quatre chemins pour dénoncer la posture de son prédécesseur en déclarant sans détour que « L’AFC, c’est lui ». Cette accusation, loin d’être gratuite, repose sur des recoupements précis des services de renseignement. Le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemin Shabani, l’a confirmé : des preuves tangibles seront transmises à la justice. Les auditions de plusieurs cadres du PPRD n’ont fait que renforcer cette vérité redoutée : la collusion existe. Elle est grave. Elle est documentée. Point question de perdre de vue que certains hommes d’affaires mêlés de loin ou de près ont été interpellés.
Dès lors, il ne s’agit plus seulement d’un problème de leadership. Il s’agit de savoir si le PPRD veut continuer à exister dans l’arène politique congolaise comme une force démocratique ou s’il choisit de se fossiliser dans le sillage d’un ancien président dont les choix le placent désormais en rupture totale avec l’idéal républicain. Car, il n’y a pas de démocratie possible avec ceux qui pactisent avec les armes contre la nation.
L’histoire africaine nous met en garde. François Bozizé, en Centrafrique, a tenté la même manœuvre : revenir par les armes après avoir échoué dans les urnes. Résultat ? Exil, humiliation, isolement. Kabila suit une trajectoire semblable. Il doit désormais assumer publiquement le rôle de figure tutélaire de l’AFC/M23, bras armé du Rwanda. Il n’y a plus d’ambiguïté.
Les lois de la République sont claires
Jusqu’à preuve du contraire, l’ancien président de la République Joseph Kabila est président du PPRD qu’il vient de restructurer en nommant Aubin Minaku vice-président. Et celui-ci n’a pas été avare de mots le jour de sa prise des fonctions : « Le chef a dit il faut être prêt à tout, c’est fini le moment du silence et des actions clandestines ». Nul ne peut refuser au PPRD le droit de se réorganiser et d’adopter des nouvelles méthodes de lutte pour s’affirmer sur l’échiquier politique national. Mais, pourvu que cela s’insère dans la démocratie et soit respectueux des lois de la République.
Que l’ancien président Joseph Kabila soit arrivé ou non à Goma, cela n’occulte pas les déclarations tonitruantes qu’il a faites délibérément dans les médias. Il a tenu des propos qui sont lourds de conséquences, parce que confirmant sa collusion avec un groupe armé rebelle, sans foi, ni loi, sous la botte du Rwanda, qui a fauché de milliers de vie de Congolais. Au nom de la légitimité de ses revendications, le président du PPRD trouve que ce groupe terroriste peut tuer sans compter sans qu’il ne s’en émeuve pas lui-même. Et de noter que ce groupe n’est pas anarchiste et représente l’aspiration du peuple. Pourquoi l’avait-il combattu en son temps ou, entre-temps, il a changé de statut ou de philosophie ? Par ailleurs, il le présente comme non proxy rwandais. Cela revient-il à dire que toute la communauté internationale se trompe, sauf Paul Kagame et Joseph Kabila, en notant que le M23 bénéficie du soutien du Rwanda ?
Point n’est donc besoin de souligner que l’ancien président Joseph Kabila a choisi de passer à côté de la République. Il ignore les lois pays qu’il a lui-même promulguées, notamment la Loi sur les partis politiques dont quelques dispositions sont évoquées par le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, la loi sur les anciens présidents de la République qui lui exige la retenue et la Constitution qui n’encourage pas les rébellions contre le pays, ni la trahison à l’égard de celui-ci.
Et-ce en son nom personnel que Joseph Kabila a fait toutes ces déclarations accablantes ? Jusqu’où le PPRD n’est-il pas engagé par ceux-ci ? Est-il solidaire de son président et autorité morale du FCC ? Est-ce qu’un opposant rwandais peut tenir pareils propos et rentrer tout bonnement au pays ?
C’est donc au PPRD de choisir : soit il renoue avec la démocratie et rejette publiquement la dérive belliciste de son fondateur, soit il accepte de mourir politiquement, englouti par la trahison de celui qu’il appelait « Raïs ». Il ne s’agit plus de loyauté, mais de responsabilité historique.
La République ne peut plus faire de compromis avec ceux qui pactisent avec ses bourreaux. Le PPRD non plus. Le choix est cruel, mais nécessaire. Il en va de sa survie. Il en va, surtout, de sa place dans l’histoire du Congo.
Moïse Musangana/Pitshou Mulumba

