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16 avril, 2026 - 19:09:25
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Fonction publique : Tshisekedi lance une réforme salariale inédite pour restaurer la justice sociale

Jamais, depuis près de soixante ans, un gouvernement congolais n’avait osé s’attaquer aussi frontalement à l’architecture inégalitaire des rémunérations dans la fonction publique. En lançant, le 24 avril 2025 à Kinshasa, les travaux d’élaboration d’une nouvelle politique salariale des agents publics, le président Félix Tshisekedi inscrit sa volonté réformatrice dans le registre des promesses majeures de son quinquennat. Face à une administration fragmentée entre « bouches pleines » et « bouches fermées », selon l’expression de Jean-Pierre Lihau, vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, l’exécutif entend mettre fin à un système hérité, opaque et profondément inégalitaire. Dans un contexte national tendu, marqué par l’instabilité sécuritaire à l’Est, cette réforme se veut aussi un acte de cohésion et de justice sociale. Grille salariale unique, transparence, équité entre corps professionnels : les objectifs sont ambitieux, les résistances attendues. Mais le ton ferme du président et l’approche inclusive annoncée tracent les contours d’une réforme placée sous étroite surveillance politique. Une refondation administrative à haute portée symbolique, au croisement de l’urgence sociale et du projet d’un État moderne.

C’est un chantier que nul gouvernement n’avait osé entreprendre depuis près de six décennies. Le jeudi 24 avril 2025, le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a lancé officiellement les travaux d’élaboration d’une nouvelle politique salariale pour les agents publics de l’État. Une réforme ambitieuse, saluée par les syndicats, qui entend mettre un terme à ce que le chef de l’État lui-même qualifie de « système administratif à deux vitesses ».

« Nous devons mettre en place une politique salariale équitable, juste », a martelé le président Tshisekedi, lors de la cérémonie d’ouverture organisée à Kinshasa. « Je veillerai personnellement à la mise en œuvre de la réforme qui sera proposée à la fin de cette mission historique à laquelle vous êtes appelés. » Le ton est solennel, l’ambition immense : il s’agit, selon ses mots, de « construire un Congo fort, uni, prospère, où chaque citoyen vit dans la paix, la dignité et l’équité ».

Un déséquilibre structurel dénoncé

Cette réforme, confiée à un comité de travail composé d’experts et de représentants de tous les corps professionnels de l’administration, vise à corriger des inégalités salariales profondes et persistantes. Depuis plusieurs années, les fonctionnaires dénoncent les disparités criantes entre ministères. « Certains services à caractère économique ou financier disposent de ressources importantes et d’avantages généreux, tandis que d’autres, pourtant essentiels, sont relégués au second plan avec des salaires pénibles », a reconnu le chef de l’État.

Le vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a livré un diagnostic sévère de la situation. L’actuel système de rémunération, selon lui, est caractérisé par des « injustices criantes », des « écarts salariaux abyssaux », des « exclusions structurelles » et une « absence de lisibilité » pour les agents. « Nous avons des administrations que l’on pourrait qualifier de ‘bouches pleines’ bénéficiant de budgets confortables, contrastant avec le quotidien de la majorité des fonctionnaires, pourtant dévoués », a-t-il décrit. « Ce système, alimenté parfois par des réseaux d’influence, crée une administration à deux visages : les mieux servis et les laissés pour compte. »

Une grille salariale unique, transparente et durable

Face à ce constat, le président Tshisekedi a donné des instructions claires au gouvernement. La future politique salariale devra « garantir une rémunération juste, fondée sur les efforts fournis, les qualifications obtenues et les responsabilités assumées ». Elle reposera sur une grille unique, visible, accessible à tous, prenant en compte l’ancienneté et le grade, et appliquée de manière uniforme. « Trop longtemps, des inégalités ont marqué notre fonction publique », a-t-il déploré.

Le chef de l’État souhaite également que les primes soient « standardisées de manière transparente » et que l’ensemble de la réforme s’inscrive « dans les limites des capacités financières de l’État ». Le réalisme budgétaire est ainsi érigé en principe de gouvernance. Loin d’être une simple redistribution, cette réforme est conçue comme un instrument de modernisation de l’État.

Un processus inclusif et progressif

Le vice-Premier ministre Jean-Pierre Lihau a assuré que toutes les catégories de personnel seront associées à l’élaboration du document final. Les travaux, lancés sous l’égide du Conseil national du travail, s’appuieront sur des études réalisées par des firmes spécialisées et seront enrichis par les contributions des services et des syndicats. « Ce processus sera participatif et transparent », a promis le vice-Premier ministre.

La version finale du document sera présentée en plénière élargie avant d’être soumise au Conseil des ministres. Elle débouchera sur un acte réglementaire instaurant un décret sur les équivalences de grade et la nouvelle structure des rémunérations.

Un chantier sous haute surveillance

Le président Tshisekedi n’a pas caché sa vigilance. Il a promis de « s’assurer personnellement » de l’application de cette politique et mis en garde ceux qui tenteraient de lui faire obstacle. Car la réforme promet d’être difficile. « Le chemin vers une rémunération équitable sera parsemé de résistances », a reconnu Jean-Pierre Lihau. Mais, a-t-il ajouté, « la Fonction publique, avec la collaboration des ministères du Budget et des Finances, agira avec fermeté mais avec un sens élevé d’écoute ».

Cette réforme, si elle est menée à bien, pourrait marquer un tournant dans l’histoire de l’administration congolaise. Elle est déjà saluée par les syndicats, dont l’Intersyndicale nationale de l’administration publique (INAP). Son président, Fidèle Kiyangi, a salué une initiative attendue « depuis des années » et appelé à la concrétisation effective des engagements pris.

Pour le président Tshisekedi, cette réforme salariale est une autre forme de combat. « Tandis que l’Est de notre pays est confronté à une agression inacceptable, une autre bataille s’engage ici, celle de la justice sociale, de la valorisation de nos fonctionnaires et de la modernisation de notre administration publique », a-t-il conclu. Deux fronts différents, mais une même finalité : bâtir un État digne de ce nom.

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