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8 février, 2026 - 06:31:04
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Bob Kabamba théorise la guerre comme alternative politique : Une dérive dangereuse

Quand un professeur, co-rédacteur de la Constitution de 2006, se mue en apologiste de l’insurrection armée et du révisionnisme politique, la République est en danger. Mardi 27 mai, sur Radio Okapi, Bob Kabamba a osé l’indéfendable: justifier, dans un calme glaçant, le recours à la violence pour «être entendu à Kinshasa». Pire, il érige lancien président Joseph Kabila aujourdhui silencieux complice de l’agression rwandaise opérant à lEst via l’AFC/M23 en figure tactique dun pseudo-«pôle militaire de l’opposition». Selon lui, faute de fédération politique crédible, lopposition serait légitime à prendre les armes. Ainsi, au nom dun réalisme frelaté, Kabamba blanchit lactivisme meurtrier de ceux qui pactisent avec le M23 et leurs parrains rwandais, tout en insinuant que la voie du fusil serait désormais un moyen ordinaire de faire pression sur le pouvoir. Quand un intellectuel verse dans l’idéologie de la kalachnikov, ce n’est plus seulement la pensée qui déraille: cest la démocratie qu’il piétine.

C’est une voix que l’on disait éclairée, un universitaire réputé, co-rédacteur de la Constitution de 2006, que l’on aurait cru soucieux de paix et de droit. Et pourtant, mardi 27 mai, sur les ondes de Radio Okapi, le professeur Bob Kabamba a pris une tangente alarmante, celle de la légitimation de la violence politique. Invité dans l’émission « Dialogue entre Congolais », le politologue basé à l’Université de Liège a tenu des propos qui, au-delà de leur gravité, traduisent une dérive intellectuelle et morale préoccupante.

À l’heure où la République démocratique du Congo est ravagée par une guerre hybride menée par les troupes rwandaises sous le label M23/AFC, alors que la population de Goma enterre ses morts sous les bombes, Bob Kabamba ose, avec un flegme déconcertant, théoriser la prise des armes comme levier légitime pour « être entendu à Kinshasa ».

« Il faut savoir que l’espace politique congolais est divisé en trois pôles : le pôle militaire de l’opposition, le pôle politique non armé et le pouvoir. Dans cette trilogie, pour l’instant, c’est le pôle militaire de l’opposition qui a le lead contre Félix Tshisekedi », a-t-il affirmé, sans sourciller.

Ainsi, dans un langage universitaire aux airs de neutralité analytique, Kabamba érige en doctrine la domination du fait armé. Comme si la violence était un moyen d’expression politique tolérable dans un État de droit. Comme si massacrer des civils, déstabiliser les institutions républicaines et pactiser avec des puissances étrangères hostiles était un mode de participation politique ordinaire.

Une légitimation de l’indéfendable

À écouter Bob Kabamba, le recours aux armes serait devenu l’unique chemin pour l’opposition. « La seule chose qui reste pour l’opposition politique non armée, il faut prendre les armes pour que Tshisekedi accepte de négocier », a-t-il lâché. Faut-il en rire ou en pleurer ? La formulation est glaçante. À ses yeux, l’échec des tentatives de fédération politique autour de figures comme Joseph Kabila, Moïse Katumbi, etc., justifierait la radicalisation armée. En d’autres termes : si l’on ne parvient pas à séduire les urnes, alors place aux kalachnikovs.

Cette vision, qui sacralise la logique de guerre au détriment du débat démocratique, n’est pas seulement absurde. Elle est dangereuse. Elle vient d’un homme qui se prévaut d’avoir contribué à l’architecture constitutionnelle du pays, et qui devrait en être le gardien. Qu’un intellectuel, censé œuvrer à l’éducation politique, en vienne à suggérer, fût-ce indirectement, que la paix civile est une variable optionnelle, constitue une trahison de sa mission.

Une lecture révisionniste des événements

Mais Bob Kabamba ne s’arrête pas là. Il poursuit son raisonnement en évoquant la figure de Thomas Lubanga, ancien chef de milice condamné pour crimes de guerre, comme modèle de structuration politico-militaire. L’analogie en dit long. En mettant en parallèle Lubanga et les dynamiques actuelles de l’opposition armée, Kabamba jette un voile de légitimité sur une entreprise criminelle. Il donne à penser que les milices pourraient, en définitive, revendiquer un statut d’acteur politique reconnu.

Et c’est dans ce même esprit qu’il justifie — ou du moins contextualise — la présence récente de Joseph Kabila à Goma. Pour lui, l’ancien président chercherait à « intégrer la dynamique sécuritaire pour être entendu à Kinshasa ». Comprenez : face à un pouvoir qu’on dit sourd, il faudrait parler le langage des armes. L’ex-chef de l’État, muet depuis des années, reviendrait donc par la porte de l’ennemi, dans une ville martyrisée par les alliés du Rwanda.

Quand les élites trahissent

Le cas Bob Kabamba n’est pas isolé. Il illustre une pathologie plus profonde : la faillite morale d’une partie des élites congolaises. Celles et ceux qui, sous couvert de science ou d’analyse, servent en réalité des agendas opaques, souvent dictés depuis Bruxelles, Kigali ou ailleurs. Ces élites, au lieu d’éclairer le peuple, préfèrent manœuvrer dans l’ombre, alignées sur des logiques de pouvoir plutôt que de vérité.

Le parcours de Kabamba n’est pas étranger aux arcanes du pouvoir de Kabila. Aujourd’hui, ses prises de position publiques ne relèvent plus de l’analyse académique, mais de l’activisme déguisé, miné par un relativisme cynique.

Une parole disqualifiée

Le débat politique congolais mérite mieux. Il mérite des intellectuels rigoureux, non des polémistes habillés en professeurs. Il mérite des constitutionnalistes fidèles à l’esprit républicain, non des idéologues du chaos. Lorsque la parole académique devient le paravent de l’insurrection armée, elle perd toute légitimité. Bob Kabamba ne peut plus se prévaloir de son statut de constitutionnaliste pour excuser l’inexcusable.

La République démocratique du Congo, malgré ses failles, reste une démocratie fragile, précieuse, à défendre. Elle ne peut tolérer que des voix réputées sérieuses viennent justifier, même de manière indirecte, la violence politique, surtout quand celle-ci prend le visage de groupes criminels téléguidés par une puissance étrangère.

Le peuple congolais, lui, est plus éveillé que jamais. Il distingue ceux qui parlent pour lui, de ceux qui parlent pour d’autres. Il reconnaît ses vrais défenseurs — et ses fossoyeurs.

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