Le 29 mai 2025, à Goma, en pleine zone sous contrôle du groupe rebelle AFC/M23, Joseph Kabila Kabange a reçu les responsables religieux du Nord-Kivu, en présence remarquée de Lawrence Kanyuka, porte-parole du mouvement. L’ancien président, qui avait combattu ce même groupe durant son mandat, adopte aujourd’hui une posture de médiateur au nom de la paix. Un retournement de situation qui interroge et ravive les soupçons de collusion, alors qu’il est poursuivi pour trahison et crimes de guerre.
Le 29 mai 2025 à Goma, ville martyre du Nord-Kivu, Joseph Kabila Kabange est réapparu sur la scène publique dans une posture qui interroge. L’ancien président de la République démocratique du Congo, qui durant son règne avait combattu avec fermeté le groupe rebelle pro-rwandais M23, jusqu’à radier de l’armée ses officiers intégrés de force, s’affiche désormais à Goma avec le porte-parole de ce même mouvement armé, aujourd’hui rebaptisé AFC/M23. Un tête-à-tête avec les confessions religieuses, un message d’unité, et surtout, une présence dérangeante : celle de Lawrence Kanyuka.
Devant un parterre de responsables religieux du Nord-Kivu, dans une des résidences de l’ancien chef de l’État située dans la capitale provinciale sous occupation, Joseph Kabila a tenu une rencontre à huis clos. Vêtu d’un costume sombre, rasé de près – loin de son apparence habituelle – il s’est laissé photographier sans dire un mot, mais flanqué d’un visage bien connu : celui du porte-parole du M23, Lawrence Kanyuka. Un détail lourd de symboles dans une ville meurtrie par les exactions du groupe rebelle et de la force rwandaise.
À la sortie, un message a néanmoins filtré. Selon des sources présentes, Joseph Kabila a plaidé pour « la paix, la cohésion nationale et le vivre-ensemble ». Un discours classique dans son registre, mais qui résonne d’une étrange manière à Goma, théâtre d’un conflit sanglant entre les Forces armées de la RDC et le M23, auteur de crimes graves à Goma, Bukavu et dans plusieurs localités du Nord-Kivu. Depuis des mois, les rapports d’enquête se multiplient, documentant des massacres de civils, des déplacements massifs de populations et des violences sexuelles systématiques. Autant d’exactions dont se rendrait coupable le M23, jadis ennemi juré de Kabila.
Une mémoire sélective
C’est là que le paradoxe prend toute sa mesure. Sous sa présidence, Joseph Kabila avait dirigé une guerre ouverte contre ce groupe, soutenu à l’époque déjà par Kigali. L’entrée du M23 à Goma en 2012 avait déclenché une vaste campagne diplomatique et militaire, à laquelle Kabila avait activement pris part, dénonçant l’ingérence du Rwanda. Que reste-t-il de cette fermeté ?
Treize ans plus tard, le même homme, soupçonné aujourd’hui par Kinshasa d’avoir orchestré son retour en RDC via Kigali et Gisenyi, s’installe à Goma, en zone rebelle, et se prête au jeu du dialogue avec ceux qu’il appelait autrefois « traîtres à la Nation ».
Un retour sous enquête
Le climat entourant cette réapparition n’a rien d’anodin. Le 22 mai, le Sénat a levé l’immunité parlementaire de Joseph Kabila. Il est désormais formellement accusé de trahison, de participation à un mouvement insurrectionnel, ainsi que de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. À ce jour, aucune réponse officielle de sa part n’a été rendue publique, mais sa présence dans une ville sous occupation rebelle fait déjà figure de défi lancé à Kinshasa.
Les autorités congolaises, elles, ne cachent plus leurs soupçons : la collusion entre l’ancien président et le M23 est évoquée au plus haut niveau, appuyée par des rapports indépendants qui documentent la logistique et les complicités dont bénéficierait la rébellion. À Goma, ce rapprochement ne passe pas inaperçu : pour les habitants traumatisés par les tueries récentes, la silhouette de Kabila aux côtés de Kanyuka évoque davantage une provocation qu’une médiation.
La paix, dit-on, n’a pas de prix. Mais peut-elle être construite aux côtés de ceux qui tiennent encore les armes contre la Nation ? La question, désormais, est posée.
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