La pluie ne s’arrête plus, et Kinshasa s’enlise. Alors que la saison sèche, censée s’étendre de mi-mai à mi-septembre, aurait déjà dû assécher les sols de la capitale congolaise, la ville continue d’être noyée sous des pluies diluviennes. Le 14 juin, dix-neuf personnes ont encore perdu la vie dans des inondations meurtrières, confirmant l’extrême vulnérabilité d’une mégapole de 17 millions d’habitants face aux dérèglements climatiques. Cette anomalie météorologique, expliquée par une perturbation provoquée par les vents humides venus du golfe de Guinée, illustre un phénomène que les spécialistes qualifient de « saison sèche femelle » — une saison sèche atypique, humide, à l’opposé de la « saison sèche mâle », plus aride. En pleine crise climatique, Kinshasa ploie sous le poids d’un urbanisme anarchique, de canalisations obsolètes et de constructions sauvages dans les lits de rivières. À chaque pluie, le même scénario se répète : quartiers engloutis, routes emportées, vies perdues. Le dérèglement climatique n’est plus une abstraction ; il dicte déjà sa loi. Et sans réponse structurelle, la capitale risque de s’enfoncer durablement dans une spirale de catastrophes annoncées.
Il pleut, encore. Et Kinshasa en paie le prix fort. Samedi 14 juin, des pluies diluviennes ont emporté au moins 19 vies humaines dans la capitale congolaise, révélant une fois de plus l’extrême vulnérabilité d’une ville qui affronte de plein fouet les effets du changement climatique, sans y être préparée. Ngaliema, Lemba, Matete… Des quartiers entiers noyés, des familles en détresse, des routes emportées, des maisons englouties. Le décompte macabre est devenu une routine tragique.
« Ce soir, nous avons un bilan provisoire de 19 morts : 17 dans la commune de Ngaliema, deux à Lemba, et plus de 500 ménages ont été inondés dans la commune de Matete », a déclaré Thierry Kabuya, ministre provincial de l’Intérieur, à l’AFP. Les dégâts matériels sont « importants » et les infrastructures routières, déjà précaires, « fortement endommagées ».
Kinshasa, mégapole tentaculaire de près de 17 millions d’habitants, semble figée dans une impuissance chronique face à une météo de plus en plus capricieuse. La saison sèche, habituellement attendue à la mi-mai, se fait désespérément attendre. Le ciel continue de tomber sur une ville mal préparée, où les caniveaux bouchés par les ordures ménagères n’absorbent plus rien, où les cours d’eau débordent, et où les constructions anarchiques grignotent les lits des rivières.
Une urbanisation en crise
Car au-delà des intempéries, c’est tout un système urbain qui craque. Kinshasa paie au prix fort l’absence de planification, l’indifférence aux normes, l’anarchie des constructions sur des sites non aedificandi. Les zones inondables, autrefois zones tampons, ont été colonisées par des logements précaires, sans fondations, ni évacuations d’eau. Des milliers de personnes vivent à la merci du moindre orage.
Les quartiers périphériques, densément peuplés et non goudronnés, sont les plus exposés. Là où l’eau ruisselle, elle ravage tout sur son passage : routes défoncées, érosions, éboulements de terrain, électricité coupée. Ce fut déjà le cas début avril dernier, lorsqu’une trentaine de personnes avaient péri dans des circonstances similaires.
Le climat se dérègle
Le réchauffement climatique n’est plus une abstraction. Il est une réalité brutale pour les Kinois. Les experts s’accordent à dire que l’Afrique centrale connaîtra des événements climatiques extrêmes de plus en plus fréquents et violents. En 2024, selon l’OCHA, 6,9 millions de personnes ont été affectées par des inondations en Afrique de l’Ouest et centrale. La RDC figure parmi les pays les plus exposés, en raison d’un climat équatorial instable, d’une urbanisation non maîtrisée et d’infrastructures largement déficientes.
Face à cela, les réponses demeurent timides. Les autorités provinciales appellent à la prudence, mais peinent à dégager des solutions structurelles. Réhabiliter les systèmes de drainage, renforcer les berges, interdire les constructions dans les zones à risque, moderniser le plan d’urbanisation : autant de priorités souvent évoquées, rarement traduites en actes.
Une urgence silencieuse
Ce qui se joue à Kinshasa n’est pas seulement une crise humanitaire ponctuelle. C’est l’annonce d’une ère nouvelle où les saisons ne répondent plus au calendrier, où les pluies ne préviennent plus, où chaque averse devient une menace. La capitale congolaise est l’un des baromètres les plus éloquents du déséquilibre climatique africain. Et faute d’action, les morts s’ajouteront aux morts. « Nous devons arrêter de traiter chaque inondation comme une surprise », alerte un urbaniste de l’Université de Kinshasa. « Le problème est structurel, ancien, mais il devient maintenant existentiel. »
La pluie de samedi n’a pas seulement emporté des vies. Elle a encore mis à nu les failles d’une capitale débordée.
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