Il aura suffi d’une phrase, solennelle et précipitée, pour jeter un froid sur la fin de session parlementaire et susciter l’émoi à travers le pays. Dimanche 15 juin, en pleine plénière, le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, annonçait avec gravité un supposé massacre de 318 civils à Moba, dans la province du Tanganyika. Une déclaration lourde de sens, formulée sans vérification préalable ni confirmation officielle, depuis le haut du perchoir, comme une vérité établie. À peine le chiffre prononcé, une minute de silence fut observée, les réseaux sociaux s’embrasèrent, les réactions politiques se multiplièrent. Mais dès le lendemain, le démenti tombe : aucun massacre, aucune attaque massive n’a eu lieu cette nuit-là. Le chiffre avancé correspondait en réalité à un bilan cumulé sur deux années, mal interprété et mal relayé. Cet épisode troublant met en lumière les failles persistantes de la communication institutionnelle à l’Assemblée nationale : approximative, vulnérable aux rumeurs, trop peu encadrée. Dans un pays fragilisé par les conflits armés et les campagnes de désinformation, la prudence et la vérification devraient être des impératifs. Cette prise de parole hâtive, bien que probablement dictée par la compassion, soulève des interrogations de fond : quelles procédures encadrent la validation des informations relayées au sommet de la Chambre basse ? Quels garde-fous existent pour prévenir de telles dérives ? Lorsqu’il est question de vies humaines, l’émotion ne saurait se substituer à la rigueur. La République attend de ses institutions non pas des effets d’annonce, mais une parole mesurée, fondée sur des faits.
Une seule phrase, prononcée avec gravité depuis le perchoir de l’Assemblée nationale, a suffi à semer la stupeur à travers tout le pays. Dimanche 15 juin, en clôture de la session parlementaire de mars, le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, déclarait solennellement : « 318 personnes ont été tuées cette nuit à Moba, dans la province du Tanganyika, et des villages ont été évacués ». Le ton était alarmant, la parole semblait irrévocable. Une minute de silence fut observée. Les réseaux sociaux s’enflammèrent. Les réactions politiques s’enchaînèrent. L’émotion était à son comble.
Mais à peine 24 heures plus tard, la réalité des faits est venue doucher ce qui apparaît désormais comme une fausse alerte. Dans un communiqué officiel diffusé lundi 16 juin par le Cabinet du Rapporteur de l’Assemblée nationale, il est formellement indiqué que le chiffre avancé de 318 morts était erroné. Selon ce document signé de Philibert Kanika Sumbayi, chef de cabinet du rapporteur, cette information, relayée au président de l’Assemblée par le caucus des députés du Tanganyika, n’était fondée sur aucune vérification sérieuse. Aucun massacre d’une telle ampleur n’a eu lieu dans la nuit du 14 au 15 juin.
Une annonce prématurée, une institution débordée
L’affaire soulève de nombreuses interrogations. Comment une aussi grave déclaration a-t-elle pu être rendue publique sans aucune confirmation officielle préalable ? Et surtout : pourquoi le président de l’Assemblée nationale s’est-il cru autorisé à annoncer un bilan aussi dramatique, sans attendre que le gouvernement – seul compétent en matière de sécurité nationale – ne se prononce ?
Car en la matière, les usages républicains sont clairs : c’est à l’exécutif, à travers ses relais sécuritaires, qu’il revient de vérifier, compiler et diffuser de telles informations, après enquêtes de terrain. En l’occurrence, aucune autorité gouvernementale ni aucune source militaire ne venait corroborer les chiffres avancés par Vital Kamerhe.
La précipitation du président de l’Assemblée nationale, même fondée sur une intention humaniste, apparaît dès lors comme une faute politique. Une faute d’autant plus regrettable que le pays est en proie à une succession de violences armées qui nécessitent discernement, tact et précision dans la communication publique.
Une chaîne de confusion à l’origine de la bévue
L’origine de cette fausse information a été clarifiée lundi juin par le député national Christian Mwando, élu de la région de Moba. Intervenant sur les ondes de Top Congo FM, l’ancien ministre a reconnu une erreur de communication. « Nous avons reçu des éléments issus d’une conférence de presse de la société civile de Moba, au cours de laquelle son président a évoqué un cumul de 318 morts recensés entre 2024 et 2025. Malheureusement, cette donnée a été interprétée comme un bilan de la nuit du 14 au 15 juin », a-t-il expliqué. « Nous avons transmis cela trop rapidement au président Kamerhe, qui l’a relayée en plénière. »
Dans la foulée, Mwando a présenté publiquement ses excuses, au nom des caucus des députés de Moba et du Tanganyika, pour ce qu’il qualifie de « mauvaise communication » et de « mauvais rapport ».
Un précédent inquiétant dans un climat de désinformation
Cette affaire embarrassante rappelle à quel point la communication institutionnelle en RDC demeure fragile, sujette aux approximations, et trop souvent influencée par des canaux non officiels. À l’heure où la désinformation et les manipulations de l’opinion font rage, notamment dans les zones de conflit, la rigueur factuelle devrait être la règle, en particulier lorsqu’il s’agit de sujets aussi sensibles que les pertes en vies humaines.
Le faux pas du président de l’Assemblée nationale interroge aussi sur les mécanismes internes de vérification de l’information au sein même de la Chambre basse. N’y avait-il aucun filtre, aucune exigence de confirmation avant une telle prise de parole ? Cette affaire met crûment en lumière une faille de responsabilité dans la hiérarchie institutionnelle.
En attendant une éventuelle réaction du gouvernement, ou du président de l’Assemblée nationale lui-même, un constat s’impose : lorsqu’il s’agit de morts d’hommes, l’émotion ne saurait justifier l’imprudence. La République attend de ses institutions non pas des frissons, mais des faits.
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