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14 mai, 2026 - 07:03:09
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Ituri : un fragile espoir de retour à la vie sur l’axe Luna-Komanda

Après des années d’exactions attribuées aux rebelles des ADF, l’axe stratégique Luna-Komanda, dans le territoire d’Irumu (Ituri), enregistre un timide retour des populations civiles. Grâce à la pression militaire conjointe des armées congolaise et ougandaise, villages et marchés reprennent vie. Mais la paix reste incertaine, faute d’appui humanitaire et de services publics restaurés.

La poussière se soulève à nouveau sur la route nationale numéro 4, entre Luna et Komanda, au sud du territoire d’Irumu. Là où ne circulaient plus que les rumeurs de massacres, des familles entières réapparaissent, à pied ou sur des motos surchargées, traînant ce qu’il leur reste : une marmite, quelques tôles, une bâche. Après plusieurs années d’errance et de peur, elles reviennent chez elles. Ou du moins, là où se dressaient jadis leurs maisons.

Le retour progressif de la population dans cette zone meurtrie s’explique par un relatif apaisement, fruit des opérations militaires conjointes des FARDC et de l’armée ougandaise (UPDF) contre les Forces démocratiques alliées (ADF). Ces rebelles islamistes, affiliés à l’État islamique, ont semé la terreur pendant des années, rendant tout espoir de stabilité illusoire.

« La réhabilitation de la route Luna-Komanda par les militaires ougandais et l’installation d’une nouvelle unité des FARDC ont encouragé plusieurs familles à revenir, notamment à Bandavilemba », confie Christophe Munyanderu, défenseur local des droits humains.

Des villages renaissants mais encore précaires

À Otomabere, Ndalya ou Komanda, les signes d’un renouveau sont perceptibles. Les étals du marché se garnissent timidement, des classes rouvrent sous les cris des enfants, et les chants religieux résonnent à nouveau dans les églises délabrées. Mais cette résilience ne masque pas la précarité. La plupart des familles dorment sous des abris de fortune, sans eau, ni soins, ni nourriture.

« Nous sommes rentrés pour retrouver nos champs, mais il n’y a plus rien. Nous vivons dehors, avec nos enfants », déplore une mère de famille rencontrée à Otomabere.

L’absence d’assistance humanitaire coordonnée laisse les populations dans une détresse absolue. Ni le Programme alimentaire mondial, ni les agences spécialisées n’ont encore redéployé leurs dispositifs dans cette zone, pourtant réputée instable.

Une sécurité encore relative

Sur la RN4, des patrouilles FARDC-UPDF assurent une présence visible, mais les poches d’insécurité persistent, notamment en lisière de forêt où les rebelles ADF se replient. Les habitants, hantés par les massacres passés, restent sur le qui-vive.

« Ce n’est pas parce que les armes se sont tues que les blessures sont refermées », souligne un notable du groupement de Walese Vonkutu.

Le chef de cette chefferie appelle au rétablissement de l’autorité de l’État. Écoles, centres de santé, infrastructures économiques : tout est à rebâtir pour éviter une rechute.

Une route stratégique et un moteur économique en veille

L’axe Luna-Komanda est vital pour l’économie régionale. Sa paralysie depuis 2021 a asphyxié les échanges entre l’Ituri et le Nord-Kivu. Aujourd’hui encore, les camions peinent à circuler, les marchandises manquent et les prix flambent. Seuls quelques transporteurs téméraires osent s’y aventurer.

À Bandavilemba, des agriculteurs tentent de défricher les champs laissés en friche. Mais sans intrants ni soutien technique, la relance agricole reste marginale. « Nous avons le courage, mais il nous faut des outils, des routes, des débouchés », explique un responsable de coopérative.

Les femmes et les enfants, premières victimes

Parmi les revenants, les femmes et les enfants paient le plus lourd tribut. En plus de la faim, beaucoup portent les stigmates invisibles des violences sexuelles et des traumatismes psychologiques. Les écoles manquent d’enseignants et de matériel. La plupart des enfants ont accumulé plusieurs années de retard scolaire.

Des ONG locales plaident pour l’installation urgente de centres d’écoute et de services psychosociaux, notamment pour les enfants soldats démobilisés et les femmes victimes de viols.

Vers une paix durable ?

Si le retour progressif des habitants est un signe encourageant, il reste fragile. Seule une stratégie globale — combinant sécurité, développement et réconciliation — pourra enraciner une paix véritable. La coopération militaire entre Kinshasa et Kampala semble porter ses premiers fruits, mais devra s’inscrire dans la durée.

Des discussions seraient en cours pour étendre les opérations conjointes à d’autres zones sensibles du territoire d’Irumu. Mais sans investissements dans les infrastructures, la justice transitionnelle et le développement rural, le cycle des retours et des fuites risque de se répéter.

« Il faut reconstruire plus qu’une route. Il faut reconstruire une vie », résume Christophe Munyanderu.

Luna-Komanda, axe de toutes les convoitises

Longue de 85 kilomètres, la portion Luna-Komanda constitue un maillon central de la RN4, l’un des principaux corridors logistiques de l’est congolais. Elle permet non seulement les échanges entre l’Ituri et le Nord-Kivu, mais aussi l’approvisionnement de Bunia et de Beni. Son contrôle a longtemps représenté un enjeu stratégique pour les ADF, mais aussi pour les groupes armés locaux et les trafiquants opérant dans la région forestière.

Justin Mupanya, pour Infos27, depuis Beni

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