La Banque centrale confiée à un homme du sérail. La nomination d’André Wameso, proche collaborateur de Félix Tshisekedi, à la tête de la Banque centrale du Congo traduit la volonté du pouvoir de resserrer le contrôle politique sur la politique monétaire. Alors que l’inflation fragilise des millions de ménages, le nouveau gouverneur hérite d’une mission cruciale : enrayer la dépréciation, restaurer la crédibilité financière du pays et rassurer des bailleurs exigeants. Un défi de taille, dans une économie dollarisée et tributaire des cours des matières premières, où chaque faux pas pourrait compromettre les ambitions de stabilité et de relance affichées par le régime de Kinshasa.
Le directeur de cabinet adjoint du président Félix Tshisekedi, André Wameso, a été nommé mercredi 23 juillet gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), selon une ordonnance présidentielle lue sur la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC). Il succède à Malangu Kabedi Mbuyi, en poste depuis juillet 2021. Cette dernière prend désormais la présidence du conseil d’administration de la Caisse générale d’épargne du Congo (CADECO).
Figure clé de la présidence, André Wameso, économiste de formation et ancien conseiller au sein des institutions financières internationales, était jusqu’ici directeur de cabinet adjoint chargé des questions économiques et financières. Sa nomination à la tête de la BCC consacre un homme réputé proche du chef de l’État, en pleine période de turbulences macroéconomiques.
Depuis plusieurs mois, la Banque centrale tente de contenir la dépréciation continue du franc congolais face au dollar. La devise locale a perdu près de 30 % de sa valeur depuis le début de l’année, alimentant une inflation à deux chiffres, qui fragilise les ménages. Le nouveau gouverneur devra également renforcer la crédibilité de l’institution face aux bailleurs internationaux et poursuivre la réforme du secteur bancaire, dans un pays largement dollarisé.
Un mandat exigeant dans un contexte délicat
La RDC dépend fortement des recettes minières – cobalt, cuivre, or – dont la volatilité des cours sur le marché international affecte la stabilité des finances publiques. Les réserves de change, bien qu’en légère progression, restent insuffisantes pour garantir une couverture durable des importations. À cela s’ajoute la guerre persistante dans l’Est, qui pèse sur les équilibres budgétaires.
Pour plusieurs analystes, la nomination d’André Wameso vise à accélérer la coordination entre la présidence et la Banque centrale, afin de « renforcer la maîtrise des agrégats monétaires et stabiliser le franc congolais ». Le signal est clair : le président veut un contrôle politique accru sur la politique monétaire.
Malangu Kabedi à la CADECO
Première femme à avoir dirigé la Banque centrale en RDC, Malangu Kabedi quitte l’institution après quatre années marquées par la mise en œuvre de réformes prudentielles et la numérisation partielle des opérations. Sa nouvelle mission à la CADECO, l’une des plus anciennes structures d’épargne du pays, est de taille : restaurer la crédibilité d’une institution minée par des scandales financiers et une gouvernance contestée.
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