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3 juillet, 2026 - 09:18:40
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On le juge, il s’enfuit : la fable grotesque du « faux exil » de Matata Ponyo

Augustin Matata Ponyo s’est construit l’image d’un apôtre de la rigueur budgétaire, d’un technocrate incorruptible. Aujourd’hui, cette légende s’effondre dans le fracas d’un verdict et la honte d’une cavale. Condamné à dix ans de travaux forcés pour avoir détourné des centaines de millions de dollars dans l’affaire Bukanga-Lonzo, l’ancien Premier ministre s’est soustrait à la justice en s’annonçant « en exil ». Plus qu’une fuite, c’est un aveu. Et la justification servie par son parti – un prétendu exil forcé en violation de la Constitution – frise le grotesque. À vouloir travestir la vérité, le LGD révèle surtout l’indigence morale de son chef et l’absurdité d’un argumentaire cousu de fil blanc.

« On ne peut pas, d’une main, juger un homme et, de l’autre, le pousser à l’exil. C’est de la pure fiction ». Cette phrase résume le paradoxe dans lequel s’enferme le parti LGD en tentant de justifier l’injustifiable. Comment un État, qui engage sa justice pour instruire à charge et à décharge une affaire d’intérêt national, pourrait-il, en même temps, chasser l’accusé de son propre territoire ? Une absurdité totale, révélatrice d’une stratégie grossière pour maquiller une fuite.

La fuite d’un condamné

Le 20 mai dernier, la Cour constitutionnelle a tranché : dix ans de travaux forcés, cinq ans d’inéligibilité. Augustin Matata Ponyo, ancien Premier ministre et prétendu chantre de la bonne gouvernance, a été reconnu coupable d’avoir détourné 156,8 millions de dollars destinés au parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo, ainsi que 89 millions en complicité avec le Sud-Africain Grobler. Mais au lieu d’assumer, il a choisi la clandestinité. Et aujourd’hui, il s’annonce « en exil », par la voix sans crédibilité de son parti.

Une mise en scène grotesque

Pendant deux mois, le LGD (Leadership et Gouvernance pour le Développement) a joué la carte de la disparition mystérieuse. Puis, Franklin Tshamala, secrétaire général du parti, a livré un communiqué qui tient de la farce politique : « Le président Matata a été contraint d’aller en exil par les pouvoirs, en violation de l’article 30 alinéa 2 de la Constitution », a-t-il osé déclarer.

Cette affirmation n’est pas seulement fausse, elle est absurde. Comment comprendre qu’un État qui instruit une affaire judiciaire à charge et à décharge, via sa justice, puisse simultanément expulser ou contraindre à l’exil l’accusé qu’il juge ? Une telle hypothèse relève de la pure fiction.

En réalité, l’État congolais a tout intérêt à maintenir Matata Ponyo à disposition de la justice pour garantir la manifestation de la vérité. Parler de contrainte à l’exil, c’est donc insulter la logique et la raison.

La vérité crue : Matata a fui

L’article 30 de la Constitution interdit toute expulsion forcée d’un citoyen congolais. Aucun document officiel, aucune décision administrative ou judiciaire ne mentionne une mesure d’éloignement contre Matata. Ce dernier n’a pas été contraint, il s’est soustrait. Il a pris l’opinion publique pour un auditoire naïf, croyant qu’un slogan suffirait à maquiller un acte de lâcheté.

Le projet Bukanga-Lonzo devait nourrir la RDC. Il n’a enrichi qu’une poignée d’hommes. L’instruction judiciaire a levé le voile sur un système mafieux : sociétés-écrans montées à la chaîne, contrats frauduleux, surfacturations massives. Ce n’était pas de l’improvisation, mais une organisation méthodique pour siphonner les caisses de l’État.

Ce que la Cour a décrit comme une « fraude à grande échelle » n’est que l’arbre qui cache une forêt de prédation. Pendant que le pays s’enlisait dans la pauvreté, des millions s’évaporaient sous la houlette d’un Premier ministre qui se drapait dans le costume du gestionnaire rigoureux. Cette casquette n’était qu’une carapace.

Matata Ponyo n’a pas été victime d’un système : il en fut l’architecte. Son exil n’est pas un cri de résistance, mais un aveu. Il ne fuit pas l’injustice, il fuit la justice. Et quand il parle « d’avènement d’un État de droit », cela sonne comme une insulte à l’intelligence collective.

Infos27

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