La Banque centrale du Congo engage une réforme technique mais essentielle : l’actualisation de la réserve obligatoire cristallisée depuis 2021, restée figée au taux de 1 999,9 CDF pour un dollar alors que le marché en affiche aujourd’hui plus de 2 700 CDF. En choisissant une mise à jour graduelle – 2 402,72 CDF en septembre, 2 710,87 CDF en octobre, puis le taux indicatif de fin octobre en novembre –, l’institution monétaire adresse un double signal. Aux banques, elle offre une trajectoire prévisible qui limite le choc sur leur trésorerie. Aux marchés, elle rappelle sa détermination à renforcer la discipline financière et à combler l’écart, estimé à plus de 700 CDF par dollar, qui fragilisait l’efficacité de la politique monétaire. Derrière ces chiffres techniques, c’est la crédibilité de la régulation et la stabilité du système bancaire qui se trouvent consolidées, dans un contexte où la volatilité du franc congolais continue de peser sur l’économie nationale.
La Banque centrale du Congo (BCC) a annoncé une actualisation progressive de la réserve obligatoire cristallisée des banques commerciales, afin de combler l’écart provoqué par la dépréciation rapide du franc congolais face au dollar américain. Dans une correspondance adressée à l’Association congolaise des banques (ACB) datée du 21 août 2025, le gouverneur de la BCC, André Wameso Nkuatoloki, détaille un calendrier en trois étapes s’échelonnant de septembre à décembre.
Cette décision s’inscrit dans le cadre de l’Instruction n°10 du 15 octobre 2024, qui encadre la constitution de la réserve obligatoire. Cristallisée en décembre 2021 au taux de 1 999,9 francs congolais (CDF) pour un dollar, cette réserve s’est trouvée progressivement érodée par l’écart croissant entre ce taux de référence et l’évolution du marché des changes.
Un écart grandissant avec le marché
Au 27 juillet 2023, le taux de change indicatif s’était déjà établi à 2 402,72 CDF pour un dollar, soit une dépréciation de plus de 20 % par rapport au niveau initial. En janvier 2024, il avait atteint 2 710,87 CDF pour un dollar. Aujourd’hui, la divergence est telle que la réserve obligatoire des banques, maintenue artificiellement à son niveau de 2021, ne reflète plus la réalité des équilibres financiers.
« Le maintien de l’ancien taux a entraîné un gap dans la constitution de la réserve obligatoire, compte tenu des évolutions intervenues entre-temps sur le marché des changes », écrit la BCC.
Trois étapes pour rétablir l’équilibre
Afin de permettre aux banques de gérer plus sereinement leur trésorerie, la BCC a opté pour une mise à jour graduelle, en trois paliers successifs : du 15 septembre au 14 octobre 2025, le taux de 2 402,72 CDF/USD sera appliqué ; du 15 octobre au 14 novembre 2025, le relèvement se fera sur la base de 2 710,87 CDF/USD ; du 15 novembre au 14 décembre 2025, la mise à jour finale s’opérera au taux indicatif du dernier jour du mois d’octobre 2025.
Au terme de ce processus, les notifications ultérieures se feront automatiquement au taux de change en vigueur au moment de la fixation, conformément à l’Instruction n°10.
Un signal de discipline monétaire
Cette actualisation traduit la volonté de la Banque centrale de renforcer la discipline monétaire et de préserver la stabilité du système bancaire, dans un contexte où la monnaie nationale continue de se déprécier. Pour les banques commerciales, l’effort d’ajustement sera non négligeable, mais progressif, afin d’éviter un choc brutal sur la liquidité.
La mesure pourrait aussi contribuer à réduire les tensions sur le marché des changes, en incitant les institutions financières à mieux aligner leurs réserves sur les réalités macroéconomiques. Mais elle met en lumière, une fois de plus, la fragilité persistante du franc congolais face au billet vert et la dépendance de l’économie congolaise aux fluctuations extérieures.

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