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3 juin, 2026 - 08:48:37
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1 087 civils tués depuis juin 2025 dans l’est de la RDC, Conseil de sécurité de l’ONU : Bintou Keita alerte sur l’écart entre résolutions et réalité sur le terrain

La République démocratique du Congo demeure prise dans une spirale de violences malgré les accords diplomatiques et la médiation internationale. Depuis juin 2025, la MONUSCO a recensé 1 087 civils tués en Ituri et au Nord-Kivu, tandis que l’AFC/M23 substitue ses structures à celles de l’État congolais. À New York, lors de la 10008ᵉ séance du Conseil de sécurité de l’ONU, Bintou Keita, représentante spéciale du secrétaire général, a dénoncé l’écart persistant entre les résolutions internationales et la réalité sur le terrain. France, Chine et États-Unis ont appelé à un cessez-le-feu immédiat et à la levée des entraves aux opérations de la MONUSCO, soulignant l’urgence humanitaire et l’impérieuse nécessité de mettre en œuvre l’accord de paix RDC-Rwanda. L’avenir de la stabilité dans l’est du pays reste suspendu à la bonne foi de toutes les parties.

La promesse de paix en République démocratique du Congo reste largement illusoire. Depuis la prise de Goma par l’AFC/M23, les habitants du Nord et du Sud-Kivu vivent sous la menace constante de violences armées. Mardi 30 septembre, à New York, Bintou Keita, représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies pour la RDC, a dressé un bilan alarmant devant le Conseil de sécurité : « Depuis juin, la MONUSCO a comptabilisé 1 087 civils tués lors d’actes de violence en Ituri et au Nord-Kivu. Et ce bilan s’alourdit de jour en jour. »

Dialogue interne et feuille de route

Les efforts diplomatiques semblent peiner à inverser la tendance. « Au sein du pays, une initiative de dialogue interne a vu le jour. Elle est portée par les principales confessions religieuses et soutenue par le président Félix Tshisekedi. Elle a déjà produit des résultats. Une feuille de route publiée en août marque une étape décisive », a souligné Mme Keita. Mais cette progression reste fragile : le climat de sécurité et de confiance nécessaire à l’organisation des élections générales de 2028 est encore loin d’être assuré.

Une résolution non respectée

Le Conseil de sécurité avait pourtant été clair. La résolution 2773, adoptée le 21 février, exigeait la cessation immédiate des hostilités et le retrait de l’AFC/M23 de Goma, Bukavu et des zones sous son contrôle, tout en mettant fin à l’administration parallèle imposée par le mouvement. Huit mois plus tard, les grandes dispositions de cette résolution ne sont toujours pas appliquées. Selon Mme Keita, « malgré les demandes du Conseil, l’AFC/M23 a continué de poursuivre une logique d’expansion et de consolidation territoriale. Depuis la prise de Goma, l’AFC/M23 a remplacé les institutions officielles par des structures alternatives, ce qui affaiblit les institutions dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Plus de 7 000 nouvelles recrues ont reçu une formation militaire au cours des sept derniers mois. »

Appels internationaux à un cessez-le-feu

Face à cette situation, la communauté internationale multiplie les appels. La France a ainsi insisté sur trois priorités lors de la séance du Conseil : « Premièrement, la conclusion d’un cessez-le-feu inconditionnel, effectif et vérifiable est la priorité. Deuxièmement, la mise en œuvre intégrale de la résolution 2773 demeure impérative. Le retrait des forces rwandaises de défense du territoire congolais, la neutralisation des forces démocratiques de libération du Rwanda, l’arrêt du soutien aux groupes armés doivent être respectés. Troisièmement, nous réaffirmons notre soutien à la MONUSCO et à l’accomplissement de son mandat pour protéger les civils. »

Le diplomate français a rappelé l’ampleur de la crise humanitaire : 7 millions de déplacés internes, 1 million de réfugiés dans les pays voisins, 28 millions de personnes souffrant de malnutrition dont 5 millions d’enfants, et une hausse de 16 % des violences sexuelles au premier semestre 2025, touchant un tiers des filles de moins de 16 ans. « Les attaques de groupes armés contre les civils se poursuivent, ainsi que les violations du droit international humanitaire et des droits de l’homme », a-t-il alerté.

La Chine appelle à la cessation des hostilités

La Chine a également appelé à la cessation immédiate des hostilités et au soutien de la MONUSCO. « La situation demeure tendue. La situation humanitaire continue de se détériorer et la communauté internationale doit redoubler d’efforts afin d’aider des milliers de personnes dans l’est de la RDC à faire advenir une paix durable », a insisté le représentant chinois. Il a exhorté à honorer les engagements pris dans le cadre de l’accord de paix RDC-Rwanda et à assurer des couloirs humanitaires sûrs.

Washington dénonce les obstructions

De son côté, Washington a dénoncé les obstructions constantes des opérations de la MONUSCO, imputées au M23 et aux forces de défense rwandaises (RDF). « Ce sont des agissements tout à fait inacceptables qui entravent l’exécution du mandat de la MONUSCO et font perdurer les souffrances de la population », a déclaré le représentant américain. Il a rappelé que les accords de Washington, facilités cette année, sont en cours de mise en œuvre : « Les réunions régulières du mécanisme conjoint de coordination de la sécurité et du comité de surveillance conjointe sont essentielles pour parvenir à la paix, à la stabilité et à la sécurité dans l’Est de la RDC et dans la région des Grands Lacs. »

Ces interventions révèlent une convergence sur la nécessité d’un cessez-le-feu et d’un appui sans réserve à la MONUSCO. Elles mettent également en lumière la responsabilité persistante du Rwanda dans le conflit, au travers du soutien supposé au M23, un point sensible qui alimente la méfiance régionale. L’opacité des rapports et la persistance des violences soulignent combien les ambitions diplomatiques se heurtent à la réalité du terrain.

L’AFC/M23, par son contrôle des territoires et la mise en place d’institutions parallèles, fragilise l’État congolais et compromet la reprise économique et sociale de la région. La représentante spéciale Bintou Keita a insisté : « Le Conseil et tous les partenaires doivent faire advenir un cessez-le-feu permanent et un accord de paix durable, qui jetteront les bases de la stabilité dans l’est de la RDC. »

Une paix suspendue à la communauté internationale

La voie est encore longue pour que la paix ne soit plus un simple mot sur le papier. L’échec à mettre en œuvre la résolution 2773, les violences persistantes et le rôle du Rwanda dans le soutien au M23 constituent des obstacles majeurs. La communauté internationale, de la MONUSCO aux États-Unis, de la France à la Chine, se trouve face à une épreuve de crédibilité : transformer les engagements diplomatiques en sécurité tangible pour les populations congolaises.

Le temps presse, et chaque jour d’inaction se traduit par de nouvelles vies perdues, de nouveaux réfugiés et un renforcement du pouvoir militaire du M23. Le défi reste immense : il s’agit de restaurer l’autorité de l’État, protéger les civils et garantir que la promesse de paix ne demeure plus un mirage dans l’Est congolais.

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