Il fallait une rupture pour espérer desserrer l’étau du conflit qui ronge l’Est de la RDC. À Doha, cette rupture a été assumée. En signant un accord-cadre avec l’AFC/M23, Kinshasa fait un choix clair : sortir de l’immobilisme et engager un processus de paix fondé sur des engagements vérifiables. « Aucun statu quo n’est compatible avec l’objectif de paix », rappelle le Gouvernement. Ce n’est pas une formule, mais une orientation stratégique qui refuse les cycles sans fin d’annonces sans effet.
Depuis des années, cessez-le-feu avortés et médiations dispersées n’ont offert que des rémissions trompeuses. L’accord de Doha introduit enfin une méthode : une séquence de négociations, un calendrier, des obligations mutuelles et un mécanisme conjoint de surveillance. Le Gouvernement l’assume comme un instrument d’action. L’objectif est explicite : produire « un changement réel et mesurable pour les populations affectées ». Sécuriser les corridors humanitaires, restaurer l’autorité de l’État, garantir la protection judiciaire : chaque volet doit générer un résultat tangible, rapide, visible.
L’architecture négociée à Doha n’est pas un accord final mais un socle politique. Elle recentre le processus sur ceux qui ont le plus payé : femmes, enfants, déplacés internes, communautés oubliées. C’est là la force de la démarche : replacer les populations au cœur des décisions et non aux marges des compromis. Les huit protocoles prévus : sécurité, humanitaire, gouvernance, DDR, justice transitionnelle, visent à transformer l’urgence humanitaire en trajectoire de stabilisation.
Reste que ce cadre demeure fragile. Le cessez-le-feu reste instable, les incidents persistent, la confiance est limitée. Mais, pour la première fois depuis la reprise des hostilités en 2022, un dispositif commun existe, reconnu par les deux camps et soutenu par la médiation internationale. C’est un acquis rare dans un conflit où chaque avancée se heurte à des décennies de méfiance et d’ingérences.
Kinshasa prend un risque, mais un risque nécessaire. Choisir l’action plutôt que l’attente, la responsabilité plutôt que l’abdication. La reconnaissance adressée au Qatar, aux États-Unis, à l’Union africaine et au médiateur Faure Gnassingbé traduit une conviction : la paix sera collective, mais sa dynamique doit rester congolaise.
Doha n’est pas l’aboutissement. C’est un point de bascule. À présent, il revient à chaque acteur de transformer cette impulsion en réalité. À l’État congolais de tenir le cap. Aux partenaires de soutenir sans interférer. Aux groupes armés de renoncer à l’illusion de la force. La RDC a choisi l’action. Elle ne peut plus revenir en arrière.
Infos27

