Nicolas Sarkozy a été libéré de la prison de la Santé à Paris, lundi 10 novembre, et placé sous contrôle judiciaire avant son procès en appel dans l’affaire libyenne. L’ancien président de la République est concerné par d’autres procès en cours dont les affaires Bygmalion et Takieddine. Son nom est également cité dans d’autres enquêtes liées notamment au Qatar ou à la Russie, et qui n’ont pas encore débouché sur des procès ou une mise en examen. Nicolas Sarkozy est encore loin d’en avoir fini avec la justice.
Libéré de la prison de la Santé après son placement sous contrôle judiciaire, l’ex-chef de l’État n’est donc plus physiquement placé sous les verrous. Mais il n’est pas totalement libre pour autant. Interdiction lui a été donnée de quitter le territoire national, tout comme d’entrer en contact avec le ministre de la Justice, Gerald Darmanin, ou avec son cabinet.
Du côté des affaires, l’ex-chef de l’État est encore loin d’en avoir fini avec la justice. Outre le procès en appel qui l’attend dans le dossier libyen et pour lequel il a été condamné en première instance à cinq ans de prison ferme pour « association de malfaiteurs », Nicolas Sarkozy a forcément la date du 26 novembre cochée sur son agenda judiciaire.
C’est effectivement ce jour-là que la Cour de cassation se prononcera sur son pourvoi consécutif à sa condamnation en première instance puis en appel dans l’affaire Bygmalion. Un dossier dans lequel Nicolas Sarkozy a été condamné à un an d’emprisonnement dont six mois ferme pour le financement illégal de sa campagne présidentielle perdue en 2012. Si la Cour rejette le pourvoi, Nicolas Sarkozy sera considéré comme définitivement condamné dans cette affaire.
Bygmalion et la rétractation de Takieddine
Ce serait la deuxième fois que l’ex-chef de l’État se retrouverait dans cette situation, après sa condamnation définitive pour corruption dans l’affaire dite Paul Bismuth (trois ans de prison dont un ferme avec détention à domicile sous bracelet électronique et trois ans de privation des droits civiques). Selon cette hypothèse, Nicolas Sarkozy deviendrait donc le premier ex-chef de l’État multicondamné de l’histoire, Jacques Chirac l’ayant été une fois.
En revanche, si la Cour reconnaît le bien-fondé de sa requête, un nouveau procès en appel pourrait être organisé. L’intéressé comparaîtrait devant une nouvelle cour d’appel, et repartirait donc pour une nouvelle bataille judiciaire. À noter cependant que ce n’est pas l’option préconisée par l’avocate générale qui, le 8 octobre, a plaidé pour le rejet du pourvoi.
Et ce n’est pas tout. Nicolas Sarkozy est aussi mis en examen dans l’affaire liée à la rétractation de l’homme d’affaires franco-libanais, Ziad Takieddine. Dans ce dossier, aussi connu dans la presse comme l’opération « Sauver Sarko » dans le cadre (déjà) de l’affaire libyenne, l’ancien président de la République est poursuivi pour « recel de subornation de témoin » et « participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’escroqueries au jugement en bande organisée ». Son épouse, Carla Bruni-Sarkozy, compte également parmi les personnalités mises en examen dans ce dossier. Pour l’heure, aucun procès n’a été annoncé par la justice, qui n’a plus communiqué sur cette affaire depuis la mise en examen de la l’ancienne première dame, en juin 2024.
Qatar, Russie
Aussi, Nicolas Sarkozy pourrait être inquiété dans le cadre de l’enquête sur les conditions de l’attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar. Une information judiciaire pour « corruption » a été ouverte par le parquet national financier (PNF), à la suite notamment d’une plainte déposée par l’association anticorruption française (Anticor) contre l’ancien chef de l’État pour « trafic d’influence » et « corruption d’un agent public étranger ».
Une autre information judiciaire du PNF en lien avec le Qatar pourrait aussi impliquer Nicolas Sarkozy. Désigné « Affaire Lagardère », le dossier porte sur les conditions d’un vote clé du fonds qatari QIA (Qatar investment Authority), en 2018, dans une affaire liée au groupe Lagardère. Nasser al-Khelaïfi, président du Paris Saint Germain (PSG), est mis en examen dans cette affaire, tout comme Arnaud Lagardère. Les deux sont proches de Nicolas Sarkozy, et le rôle joué par l’ancien président en coulisses intéresse la justice. Enfin, une enquête préliminaire pour « trafic d’influence » et « blanchiment de crime ou de délit » a été ouverte en 2020 à l’encontre de l’ex-chef de l’État.
Cette fois, ce sont ses activités de conseil qui intéressent les enquêteurs, à la suite d’un contrat à 3 millions d’euros passé avec le groupe russe Reso-Garantia. « La justice cherche à vérifier si l’ancien chef de l’État a seulement agi comme consultant, ce qui serait parfaitement légal, ou s’il se serait adonné à des activités de lobbying potentiellement délictuelles pour le compte des oligarques russes », expliquait Mediapart en révélant l’affaire. Dans un communiqué diffusé, lundi 10 novembre, Nicolas Sarkozy a promis à ses soutiens qu’il continuera de se battre sur le front judiciaire : « Le droit a été appliqué » mais « La fin de l’histoire reste à écrire », lance-t-il après sa sortie de prison. Ça risque d’être long !
Morale de l’histoire
La morale, il en fut beaucoup question dans ce procès hors norme. Car au cœur de l’accusation plane ce soupçon d’un pacte faustien, scellé en 2005 avec le régime du colonel Kadhafi : Nicolas Sarkozy, qui vient de faire appel de sa condamnation à cinq ans de prison ferme pour « association de malfaiteurs », et reste donc présumé innocent, aurait accepté des fonds du régime de Kadhafi en échange de promesses folles.
Parmi celles-ci : permettre à Mouammar Kadhafi, qualifié par la presse française de sponsor du terrorisme international, de planter sa tente dans la cour de l’Elysée, en décembre 2007, quelques mois après l’élection, est une réhabilitation XXL. L’audace du leader libyen a provoqué la colère des Français. De plus, la levée du mandat d’arrêt de son beau-frère, Abdallah Senoussi, le « cerveau » de l’attentat du DC10 d’UTA, qui a explosé dans le désert du Ténéré en 1989, tuant 170 personnes, dont 54 Français, a exacerbé le courroux des Français. Et qu’importe aux yeux du tribunal que ces promesses aient été tenues ou non, un « pacte de corruption » a bien été noué autour de l’ex-président à l’automne 2005.
Cette tentaculaire affaire du financement de sa campagne de 2007, par le régime de Mouammar Kadhafi, va être jugée en appel du 16 mars au 3 juin 2026, a annoncé la Cour d’appel de Paris dans un communiqué, jeudi 13 novembre. Si le jugement en appel confirme le verdict de la première instance, comment ne pas penser que Nicolas Sarkozy s’est comporté comme ces « Caïds de cité » qu’il voulait mater ?
Cette question fait suite à son fameux discours de Grenoble, prononcé le 30 juillet 2010 après des émeutes urbaines, dans lequel il annonçait son intention de déchoir de leur nationalité les étrangers qu’auraient attenté à la vie d’un policier. Xénophobe et pétainiste ? Certes pas. Mais, pour garder le pouvoir, Nicolas Sarkozy était prêt à tout.
Robert Kongo, correspondant en France

