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13 mai, 2026 - 19:16:43
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Makutano 2025 : Suminwa fixe le cap d’une économie congolaise fondée sur la production locale

Il y a, dans la prise de parole de Judith Suminwa au Makutano 2025, quelque chose de rare : la clarté d’un cap assumé. Dans une scène politique souvent marquée par les effets d’annonce, la Première ministre a choisi la franchise. Face aux opérateurs économiques, elle a rappelé que les progrès enregistrés : stabilisation du franc congolais, réformes structurelles, assainissement macroéconomique, n’étaient pas « un hasard », mais le fruit d’efforts menés en pleine guerre d’agression. Ce constat n’a rien de triomphaliste : il fixe les bases d’une ambition nouvelle. Car l’enjeu est désormais ailleurs. La RDC ne peut plus se contenter d’importer ce qu’elle pourrait produire. En répétant qu’il faut « produire localement ce que nous importons aujourd’hui », Suminwa formule une évidence trop longtemps ignorée : aucune stabilité durable n’est possible tant que l’économie reste dépendante de l’extérieur. La transformation locale des minerais critiques, présentés comme « des accélérateurs de croissance », n’est pas une option technique ; c’est la condition politique d’une souveraineté économique réelle. Encore faut-il que le secteur privé prenne sa part. En rappelant que l’État a atteint ses limites en matière d’emplois publics, la Première ministre renvoie les entreprises à leur responsabilité historique : créer de la valeur, investir, innover. La réponse du Makutano, évoquant un fleuve puissant dont il faut suivre le cap, montre que l’heure n’est plus à la méfiance mutuelle mais à la coresponsabilité. Reste à transformer cette vision en réalité. La doctrine Suminwa : dialogue, transparence, production locale, ne sera crédible que si elle s’inscrit dans la durée, résiste aux turbulences politiques et se traduit par des politiques publiques cohérentes. Le pays en a l’opportunité. Encore faut-il la saisir avec lucidité et ténacité. Car une économie souveraine ne se proclame pas : elle se construit, pas à pas, avec courage et constance.

Pour l’ouverture du forum Makutano 2025, la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, a opté pour un exercice rare dans la scène politique congolaise : une conversation franche et ouverte, tenue pendant près de deux heures avec les opérateurs économiques, les partenaires bilatéraux et multilatéraux, et les représentants du secteur privé. L’objectif, assumé, était de « cimenter la confiance » entre le gouvernement et le monde des affaires, dans un climat international et national marqué par les tensions et les incertitudes.
Première à prendre la parole, la Cheffe du gouvernement a abordé le thème de la gouvernance, de la crédibilité et de la diversification. Elle a souligné que les avancées de ces derniers mois ont été obtenues « dans un contexte difficile, un contexte de guerre d’agression que nous subissons dans l’Est de notre pays ». Malgré cette adversité, affirme-t-elle, « nous avons eu de bons résultats, et ces résultats sont le fruit des efforts consentis ».

Stabilité macroéconomique et transformation locale

Judith Suminwa a défendu la ligne économique du gouvernement, rappelant que plusieurs réformes structurelles ont permis d’améliorer les fondamentaux macroéconomiques. Parmi les signaux les plus visibles : la stabilisation du franc congolais. « Quand pendant un an tout le monde prédisait une dépréciation du franc congolais, nous avons pu le stabiliser, et aujourd’hui nous sommes dans son appréciation », souligne-t-elle. Une évolution qui, selon elle, renforce le pouvoir d’achat des ménages.

La Première ministre a tenu à répondre à ceux qui contesteraient cette orientation : « Aujourd’hui que nous avons pu apprécier le franc congolais par rapport au dollar, je suis souvent étonnée de voir certaines personnes indiquer que nous avons fait fausse route. Je me demande si les gens ont une bonne lecture de notre économie. La majorité de notre population n’est pas dollarisée. »

Mais pour elle, la stabilité monétaire ne constitue qu’un socle. « Évidemment, cela ne suffit pas », admet-elle. La véritable bataille est celle de la production locale. « Si nous voulons assurer la stabilité de notre cadre macroéconomique, il faut que demain nous puissions produire localement ce que nous importons aujourd’hui », martèle-t-elle.

Les minerais critiques comme moteurs de diversification

La Première ministre a insisté sur le potentiel stratégique des ressources naturelles du pays, en particulier les minerais critiques, qu’elle considère comme « des accélérateurs de croissance ». À condition, toutefois, que leur exploitation soit encadrée par une gestion rigoureuse et une traçabilité exemplaire. « Il est important non seulement de voir comment on gère les ressources venant de ces minerais, mais aussi comment on s’assure d’une traçabilité de la chaîne d’approvisionnement de ces minerais stratégiques », a-t-elle expliqué, appelant à une diversification des partenariats et à une transformation locale de ces matières premières.

Le secteur privé face à ses responsabilités

Si l’État entend jouer son rôle, la Première ministre a rappelé que la création d’emplois dépendra d’abord du secteur privé.
« Aujourd’hui, la RDC est un employeur de plus ou moins 1.200.000 postes dans la fonction publique. Nous sommes arrivés à une saturation à ce niveau-là, et on ne peut pas espérer que ce soit le secteur public qui crée des emplois. Les emplois doivent être créés par le secteur privé, et pour ça nous devons travailler dans un partenariat. »
Ce message n’est pas resté sans écho. Le Makutano, qui rassemble plus de 500 chefs d’entreprise congolais, a salué la démarche.

Au nom du réseau, Serge Massamba a livré une métaphore qui a marqué l’auditoire : « La RDC est un pays où l’histoire avance comme un fleuve puissant… Aujourd’hui, nous sommes ici pour cela : regarder ensemble la direction du fleuve et comprendre le cap que votre Gouvernement souhaite lui donner. »

Une gouvernance fondée sur le dialogue

La séance s’est poursuivie sous forme de questions-réponses, permettant à Judith Suminwa de revenir sur sa méthode, ses priorités et les signaux envoyés aux investisseurs. Pour la Première ministre, l’un des piliers de son action reste la transparence : « C’est à travers ce genre de dialogue que la confiance se perpétuera entre les deux parties. »

La Cheffe du gouvernement rappelle que le dialogue constitue l’un des principes directeurs de son Programme d’actions, censé répondre aux urgences structurelles du pays. En mettant autour de la même table le gouvernement et les forces vives de l’économie, Makutano 2025 ambitionne de créer l’espace où peut se construire une politique de transformation profonde.

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