La Cour d’assises de Paris a fait basculer le procès de Roger Lumbala dans sa phase la plus cruciale en ouvrant, cette semaine, les auditions des témoins et des victimes, après avoir sèchement écarté l’exception d’incompétence soulevée par l’ancien chef du RCD-N. Pour la première fois, une figure politique et militaire congolaise de premier plan se retrouve placée devant une cour occidentale face aux récits structurés de survivants, d’ex-combattants et d’experts qui remontent le fil des violences de l’opération « Effacer le tableau ». Ce moment marque bien plus qu’une étape judiciaire : il consacre un tournant politique majeur pour la République démocratique du Congo, en démontrant que les crimes commis dans l’Est du pays ne restent plus enfermés dans la clandestinité des maquis ni protégés par les jeux troubles des alliances régionales. Désormais, ils entrent dans le champ du droit international, où aucune frontière ne peut garantir l’impunité. Ce signal résonne d’autant plus fort que les violences continuent de ravager le Nord-Kivu et l’Ituri, où l’AFC/M23 multiplie les exactions : viols collectifs, exécutions sommaires, enlèvements, documentées par Amnesty International et d’autres organisations. Les dirigeants de ces mouvements, qu’ils se nomment Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa ou autrement, ne peuvent ignorer la portée de ce procès : la justice internationale, lente mais implacable, progresse toujours vers ceux qui pensent pouvoir l’esquiver. Et si la procédure se déroule en France, elle repose sur un patient travail congolais de documentation, d’enquête et de coopération, signe d’un État qui, malgré les obstacles, renforce son appareil judiciaire et refuse que les crimes de l’Est sombrent dans l’oubli. L’affaire Lumbala dépasse donc le destin d’un homme : elle éclaire la permanence d’un système de violence que la RDC a entrepris de déconstruire. Elle rappelle que les guerres congolaises ne sont pas un chapitre clos, mais une réalité dont les séquelles structurent encore le présent. Elle montre enfin que lorsque la justice s’affirme avec constance, elle devient une promesse pour les victimes et une menace pour les bourreaux. Le message est clair : ceux qui, aujourd’hui encore, instrumentalisent la terreur finiront par répondre de leurs actes. L’histoire judiciaire ne se referme jamais sans avoir d’abord retrouvé ceux qui l’ont affrontée.
Le procès de Roger Lumbala Tshitenga, ancien ministre, ex-sénateur et ex-chef du RCD-N, a franchi un nouveau seuil dès le début de la semaine. Dans un document rendu public, la Cour d’assises de Paris a confirmé être compétente pour connaître des accusations de crimes contre l’humanité liées aux exactions perpétrées entre 2000 et 2003 dans le Nord-Est de la RDC. Le rejet de l’exception d’incompétence, dernier bouclier juridique tenté par la défense, ouvre la porte à une séquence d’auditions particulièrement dense.
Les témoignages se succèdent déjà : un ancien officier du RCD-KML puis du RCD-N a inauguré, lundi 24 novembre, cette longue série, avant les premières victimes venues de Bafwasende, dans la Tshopo, l’un des bastions historiques du mouvement. Suivront, les jours suivants, les victimes pygmées et les survivantes de violences sexuelles, puis celles d’Epulu. À partir du 1ᵉʳ décembre, les habitants de Mambasa, puis un prêtre italien ayant vécu les événements de près, viendront déposer. La Cour entendra ensuite les victimes de Mandima, principalement des affaires de violences sexuelles, puis des experts psychologues. Les auditions se clôtureront par des témoignages en visioconférence et par les témoins cités par la défense.
Cette organisation minutieuse reflète l’ambition du tribunal : compren

