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20 janvier, 2026 - 12:33:01
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Dialogue à l’épreuve des faits : quand l’aveu rwandais fragilise l’appel du cardinal Ambongo

L’intention est morale, le contexte est politique. En appelant à une « paix désarmée et désarmante » après la chute d’Uvira, le cardinal Fridolin Ambongo a voulu rappeler l’exigence éthique au cœur des crises des Grands Lacs. Mais cette parole, prononcée à Kinshasa lors de l’assemblée de l’ACEAC, se heurte désormais à un fait majeur : au Conseil de sécurité de l’ONU, le Rwanda a reconnu son intervention militaire, qu’il justifie au nom de la « protection des Banyamulenge ». Un aveu public qui dissipe l’ambiguïté entretenue autour de l’AFC/M23 et rebat les cartes du débat. Dès lors, l’appel au dialogue avec des acteurs armés agissant comme prolongement d’un État voisin pose question. Non sur le plan moral, mais sur sa portée politique réelle, au moment où la RDC revendique la primauté du droit international et la responsabilité des garants des accords de Washington.

La parole du cardinal Fridolin Ambongo, prononcée à la clôture de la 15ᵉ Assemblée plénière de l’Association des Conférences épiscopales de l’Afrique centrale (ACEAC), se voulait une boussole morale dans une région secouée par la guerre. En dénonçant l’occupation d’Uvira par l’AFC/M23, intervenue quelques jours après l’entérinement des accords de Washington, l’archevêque métropolitain de Kinshasa a mis en cause « les limites » des processus de paix en cours et plaidé pour une « paix désarmée et désarmante ».

Le message, fort sur le plan éthique, s’inscrit dans une tradition de médiation portée par l’Église catholique. Mais il intervient à un moment où les lignes diplomatiques ont profondément bougé. Car, pour la première fois, Kigali est passé de la négation à l’aveu. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le Rwanda a reconnu son implication dans l’attaque d’Uvira, qu’il a justifiée par la nécessité de « protéger les Banyamulenge », invoquant des appels à l’aide internationale prétendument restés sans réponse.

L’aveu qui change la nature du débat

Cette reconnaissance publique bouleverse l’équation. Elle confirme ce que Kinshasa soutient depuis des mois : l’AFC/M23 n’est pas un acteur autonome, mais le bras armé d’une stratégie étatique. Dans ce contexte, l’appel au dialogue avec ce groupe armé, même sous couvert d’un « pacte social pour la paix » porté par la CENCO et l’ECC, perd une part de sa pertinence politique. Dialoguer avec un mouvement qui n’agit pas de sa propre initiative, mais comme relais militaire d’un État, revient à déplacer le problème sans en traiter la source.

Le cardinal Ambongo interroge à juste titre la chute d’Uvira à peine une semaine après la signature des accords de Washington. Mais tirer de cet échec immédiat la conclusion que les processus diplomatiques seraient intrinsèquement viciés revient à ignorer un élément central : ces accords ont été violés non par défaut de dialogue, mais par une action militaire assumée. Le problème n’est pas l’absence de parole, mais l’absence de respect des engagements.

En mettant sur le même plan initiatives diplomatiques et appels au dialogue avec des groupes armés, le discours ecclésial risque ainsi de brouiller la hiérarchie des responsabilités. La RDC, pour sa part, a fait le choix de la diplomatie multilatérale, en s’en remettant aux accords signés et aux résolutions onusiennes. Ce choix n’exclut pas la paix ; il la conditionne à la responsabilité.

L’Église peut rappeler l’idéal. Mais lorsque l’aveu remplace le déni, la paix ne se construit plus seulement par le dialogue : elle exige des actes, des garanties et des conséquences. À l’heure où Kigali ne se masque plus, la question n’est donc pas de savoir s’il faut dialoguer, mais avec qui et à quel niveau.

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