Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En République démocratique du Congo, le marché des assurances a enregistré une croissance cumulée de +314 % depuis 2015, avec des progressions annuelles à deux chiffres en 2023 (+10 %) et 2024 (+13 %) pour le non-vie, et des envolées spectaculaires pour l’assurance vie (+74 % en 2022, +67 % en 2023 et +67 % en 2024). Présentés à Kinshasa par l’Autorité de régulation et de contrôle des assurances (ARCA), ces résultats traduisent un changement d’échelle d’un secteur longtemps marginal. À la clé, une contribution fiscale multipliée par plus de 100 depuis 2018, une taille de marché estimée à près de 380 millions de dollars en 2024 et des projections comprises entre 1 et 5 milliards de dollars à l’horizon 2030, sous réserve de la poursuite des réformes. Reste un défi majeur : transformer cette croissance rapide, encore très concentrée à Kinshasa (90 % des primes vie), en un levier économique réellement national.
Le marché congolais de l’assurance poursuit sa mue. Samedi 27 décembre 2025, à Kinshasa, l’ARCA a dressé un état des lieux sans ambiguïté : le secteur avance vite, et plus seulement à la marge. Les chiffres des exercices 2023 et 2024 témoignent d’une dynamique désormais installée, portée par l’augmentation des primes, l’élargissement progressif de la base assurée et un encadrement réglementaire plus structurant.
Selon les données présentées par le directeur général de l’ARCA, Alain Kaninda Ngalula, le segment des assurances non-vie a progressé de 10 % en 2023, puis de 13 % en 2024, portant la hausse cumulée à +314 % depuis 2015. Une trajectoire qui illustre, selon les termes employés lors de la présentation, « l’entrée du secteur dans une phase de maturité relative ».
Le marché reste toutefois concentré. RawSur capte 35 % des parts en non-vie, devant SFA (22 %) et Sonas (18 %), tandis qu’un quart du marché se partage entre les autres opérateurs.
L’assurance vie, moteur de la nouvelle dynamique
C’est toutefois du côté de l’assurance vie que la transformation apparaît la plus spectaculaire. Après une progression de 74 % en 2022, le segment a poursuivi sur sa lancée avec 67 % de croissance en 2023, puis 67 % en 2024. Une envolée qui repositionne l’assurance vie comme un instrument financier de plus en plus central.
Là encore, la concentration est marquée : RawSur Life domine largement avec 62 % des parts de marché, devant Activa Vie (26 %) et Afrissur (12 %). Une structure oligopolistique assumée par le régulateur, qui y voit une phase transitoire d’un marché encore en construction.
Autre signal fort : la géographie de la croissance. Kinshasa concentre à elle seule 90 % des primes vie, très loin devant le Nord-Kivu (3 %) et le Haut-Katanga (2 %). Cette polarisation territoriale, régulièrement soulignée par l’ARCA, pose la question de l’extension réelle de l’assurance au reste du pays.
Sinistres en hausse, placements prudents
La montée en puissance du secteur s’accompagne logiquement d’une augmentation des charges de sinistres. En non-vie, celles-ci ont progressé de 36 % en 2022, 23 % en 2023 et 11 % en 2024. En assurance vie, la hausse est encore plus marquée : +106 % en 2022, +111 % en 2023, +72 % en 2024, reflet d’un portefeuille en rapide expansion.
Face à ces engagements, les assureurs congolais continuent d’adopter une stratégie de placements prudente. En 2024, les placements bancaires représentent 72 % des actifs en non-vie et 76 % en vie, contre seulement 3 % et 11 % investis en valeurs d’État. Les volumes de placements ont progressé de 23 % en non-vie et de 36 % en vie, confirmant l’augmentation de la capacité financière du secteur.
Un apport fiscal désormais significatif
Longtemps marginale, la contribution fiscale des assurances est devenue un argument économique à part entière. Selon l’ARCA, les recettes fiscales issues du secteur ont bondi de plus de 10 000 % depuis 2018. TVA, impôts sur les bénéfices, taxes diverses : l’élargissement de l’assiette accompagne mécaniquement la croissance du marché.
Un signal suivi de près par les autorités économiques, dans un contexte de recherche accrue de ressources domestiques et de diversification des recettes publiques.
Cap sur 2030, entre ambitions et conditions
Les projections avancées par le régulateur sont à la mesure de cette dynamique. La taille du marché est estimée à environ 600 millions de dollars à l’horizon 2026, contre près de 380 millions en 2024, avec une fourchette comprise entre 1 et 5 milliards de dollars d’ici 2030, sous réserve de la poursuite des réformes.
Pour y parvenir, l’ARCA mise sur une stratégie de développement structurée : intensification de la sensibilisation du public, digitalisation des canaux de distribution, supervision fondée sur les risques, lutte contre l’évasion des primes et promotion de l’assurance vie et inclusive.
Derrière la progression des chiffres, un défi demeure central : faire de l’assurance non plus un marché de niche urbain, mais un outil économique national, capable d’accompagner durablement la croissance congolaise.
Pitshou Mulumba

