Un dossier technique, une portée politique. En consacrant une large part de la 72ᵉ réunion du Conseil des ministres à la pénurie des plaques d’immatriculation, le président Félix Tshisekedi a transformé un dysfonctionnement administratif en test grandeur nature de l’autorité de l’État. Rareté organisée, fraudes, pertes fiscales, insécurité routière : le chef de l’État a dressé un constat sévère et exigé une réforme immédiate, intégrant l’immatriculation dès le dédouanement des véhicules importés. Ce coup de fermeté s’inscrit dans un moment charnière. À l’approche de 2026, le président a appelé chaque ministre à une évaluation rigoureuse de son action et annoncé une revue globale de la gouvernance. Entre lucidité sur l’insécurité persistante dans l’Est et prudence sur les perspectives diplomatiques en cours, l’exécutif est sommé de passer à une phase décisive : restaurer l’efficacité, réaffirmer l’État, produire des résultats.
La 72ᵉ réunion du Conseil des ministres, présidée vendredi 26 décembre 2025 à la Cité de l’Union africaine par le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, aura marqué un moment de clarification politique. À la croisée de la fin d’année et de l’entrée dans un cycle décisif, le chef de l’État a livré un double message : restaurer l’autorité administrative là où elle s’est effritée, et préparer sans complaisance l’action publique à l’horizon 2026.
La pénurie des plaques, symptôme d’un État fragilisé
C’est sur un dossier en apparence technique que le président a choisi de frapper fort. La pénurie persistante des plaques d’immatriculation, généralisée à l’ensemble du territoire national, a été qualifiée de dérive grave. Pour le chef de l’État, il ne s’agit pas d’un simple dysfonctionnement logistique, mais d’un enjeu de souveraineté et de sécurité.
L’absence de plaques réglementaires, a-t-il rappelé, fragilise la circulation routière, entrave l’identification des véhicules impliqués dans des infractions ou des actes criminels, favorise la fraude et prive le Trésor public de recettes substantielles. Elle alimente surtout un contournement préoccupant de l’autorité de l’État, avec la prolifération de plaques temporaires délivrées en dehors des cadres légaux.
Le constat est sévère : le service légalement habilité à assurer cette mission a failli. Et les conséquences sont jugées « inacceptables » pour un État engagé dans un effort de redressement de la gouvernance publique.
Instruction présidentielle et réforme structurelle attendue
Face à cette situation, le président a instruit formellement le ministre des Finances, en coordination avec les autres services concernés, de mettre fin sans délai à cette pénurie. Mais au-delà de l’urgence, c’est une réforme structurelle qui est exigée.
Le chef de l’État a demandé que la délivrance des plaques d’immatriculation soit intégrée directement au processus de dédouanement des véhicules, afin que tout véhicule importé soit immatriculé dès son entrée sur le territoire national. Le mécanisme attendu devra garantir traçabilité, transparence et sécurisation complète de la chaîne, pour prévenir toute fraude ou manipulation.
Un rapport détaillé, assorti de propositions concrètes, d’un calendrier de mise en œuvre et de responsabilités clairement établies, est attendu. Le message est clair : ce dossier est désormais placé sous surveillance politique directe.
Avant 2026, l’heure des comptes
Cette fermeté administrative s’inscrit dans un cadre plus large. En dressant le bilan de l’année 2025, marquée par la persistance de l’insécurité dans l’Est du pays, le président a reconnu une année éprouvante, tout en évoquant les perspectives ouvertes par les discussions en cours à Doha et les accords récemment entérinés à Washington.
Mais l’essentiel est ailleurs : à un an d’échéances décisives, le chef de l’État a demandé à chaque membre du gouvernement de procéder à une évaluation personnelle, honnête et rigoureuse de son action. Une revue globale de l’action gouvernementale sera enclenchée sous la conduite de la Première ministre, dans un esprit de redevabilité, d’efficacité et de résultats.
À la veille de 2026, le signal est sans ambiguïté : l’heure n’est plus aux annonces, mais à l’exécution. Et les plaques d’immatriculation, objet technique devenu enjeu politique, en sont le révélateur.
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