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20 janvier, 2026 - 13:24:23
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Ce que je pense de « Le temps va parler » de Fally Ipupa [Elie JOYCE KALALA]

Si les oiseaux se cachent pour mourir, les aigles pour leur part montent sur le plus haut rocher, se dépouillent de leur plumage avant de fracasser leur bec sur la pierre pour rajeunir. C’est le temps du renouveau.

Tout se remet en suite progressivement en place avant le cri de délivrance et le déploiement.

« L’Aigle » du Congo est passé par ce processus douloureux. Son cri déchirant parle et délivre un message qui surprend et émerveille à la fois.

Mais pour dire quoi et à qui? La question demeure et intrigue.

Au mélomane d’abord. « Le temps va parler », le nouveau morceau de l’artiste Fally Ipupa, dont j’ai pu découvrir des extraits sur YouTube, m’a conquis.

Au-delà d’être un mélomane assumé du « Tshatsho », la musique de Fally Ipupa me transportait déjà dans les sphères où les esprits entraînent les hommes choisis d’un coup d’aile sur l’éther azuré, avant de les inspirer dans ces idiomes où la poésie et la rime berce la création pour tenter de réconcilier le langage des hommes et celui des esprits, que ne réussissent à maîtriser que des rares élus qu’on appelle artistes.

Sur le plan de la critique, encore faut-il écouter pour savourer l’exercice et apprécier ces sonorités rares qui ont fait dire à certains critiques que Fally Ipupa a toisé la perfection. Sa plume enchante par sa rime et sa poésie; la mélodie envoûte tandis que l’arrangement sollicite les zones les plus secrètes de l’âme.

Soufflant le chaud et le froid, Fally Ipupa finit par livrer un texte d’une rare puissance à la mesure de ce coup d’aile qui permet à l’Aigle de se déployer dans des zones les plus inexplorées de l’univers de Dieu.

Dans la chanson, le personnage qui représente Fally Ipupa ne mesure pas le temps en termes de perte. Plutôt comme un allié de la vérité qui finit par s’imposer face à la dictature de l’apparence.

« J’ai marché, j’ai encaissé. J’ai avancé pendant que certains priaient pour mon échec. Le temps les a exposés… », chante-t-il, faisant également allusion à Senghor pour qui « le temps révèle le vrai du faux ».

Et moi de citer l’évangéliste pour qui le temps finit par distinguer l’ivraie et la livrer à la faucille, symbolisant le jugement dernier qui sépare les justes et les mauvais.

L’artiste confie avoir observé le temps s’écouler et, avec lui, les illusions s’effacer : « Le temps passe et j’ai vu des masques tomber. J’ai vu des frères devenir des ombres. J’ai vu des sourires cacher des tempêtes. J’ai vu des félicitations plus fausses que des promesses mortes »

Fally Ipupa décrit une trajectoire émotionnelle intense, symbolisée par la trahison et la jalousie que suscite inévitablement le succès. Le « Warrior en chef », pourtant, ne cherche pas à verser dans la vengeance.

S’il dénonce les maux dont le personnage principal de la chanson a été la cible, il choisit l’indifférence et le silence face à la malveillance, et privilégie la marche vers de nouvelles conquêtes.

Cette posture est le signe d’une grande force intérieure. Ne dit-on pas que « la véritable victoire ne consiste pas à punir l’autre, mais à réussir sans lui.»

Un message puissant

Le texte souligne également ce paradoxe universel : « chaque victoire dérange ». C’est une réalité humaine dans laquelle il s’observe que la lumière finit toujours par attirer les ombres.

En somme, « ce morceau est un cri de ralliement et un baume au cœur de tous ceux qui, malgré les trahisons, ont choisi de rester debout », estime un observateur anonyme.

Il chante les mérites de ceux qui, malgré les vicissitudes de la vie, font le choix de rester debout.

Du coup, Fally Ipupa ne se présente pas en victime de son propre récit, plutôt en un homme aguerri, qui a appris de ses épreuves et décidé d’avancer vers de nouveaux sommets.

Un autre mérite que l’on doit à l’auteur de « Le temps va parler », c’est la facilité avec laquelle il communique dans cette chanson qui n’a pas besoin de traducteurs, que l’on soit à Kinshasa où c’est le lingala qui prime, ou partout ailleurs dans le monde francophone. Les mélomanes sont servis. Une phrase dite en Lingala est immédiatement traduite en Français et vice-versa.

De nombreuses citations de grands écrivains africains et français reprises dans la chanson par Fally Ipupa apporte également la preuve de l’épaisseur de la maturité acquise par ce garçon de « Bandalungwa » – l’une des municipalités bouillonnantes de la capitale congolaise, Kinshasa, où il a grandi et a accueilli le président français, Emmanuel Macron, autour d’une inévitable bière bien fraiche.

Je perçois ses prestations au Stade de France, en mai prochain, comme les dates clés de sa consécration internationale. C’est le drapeau de la République démocratique du Congo (RDC) qui flottera fièrement. Bravo à l’artiste et félicitations à son équipe dont le sérieux se mesure à la fulgurante ascension de son produit, « Fally Ipupa », un artiste qui ne cesse de créer et d’innover. Après Maître Gims, c’est assurément la première pour un artiste de la RDC qui a fait ses classes localement avant de se frayer une carrière de renom au niveau international.

Preuve, s’il en était encore besoin, que l’on peut partir de très loin pour aller titiller les sommets, pourvu que l’on mette en œuvre toute sa foi et toutes ses énergies.

Bien que devenu une icône mondiale, Fally Ipupa n’a pas fini de surprendre agréablement ses mélomanes.

Par Elie JOYCE KALALA, Journaliste

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