La République démocratique du Congo engage une réforme symbolique de sa mémoire nationale. Par ordonnance présidentielle lue mercredi 31 décembre à la télévision nationale, le chef de l’État a décidé d’unifier la commémoration de tous les héros nationaux autour d’une date unique, appelée à devenir jour férié, chômé et payé sur l’ensemble du territoire. En attendant la fixation de cette date, le texte crée l’« Ordre national des héros nationaux », destiné à reconnaître officiellement celles et ceux qui ont rendu des services héroïques à la Nation. La mesure encadre aussi les droits sociaux des familles, prévoit des allocations au conjoint survivant ou, à défaut, aux enfants et confirme le statut de figures fondatrices déjà consacrées. À travers ce dispositif, le pouvoir exécutif affirme une ligne politique claire : structurer la reconnaissance nationale, stabiliser le récit historique et inscrire l’hommage aux héros dans un calendrier commun, au-delà des clivages et des mémoires fragmentées.
L’ordonnance est sans ambiguïté. « Il est créé en République démocratique du Congo l’ordre national dénommé Ordre national des héros nationaux », précise l’article premier. Plus loin, l’article 4 pose un principe inédit : « Tous les héros nationaux sont commémorés à une date unique, déclarée jour férié, à fixer par ordonnance du président de la République sur toute l’étendue de la République ».
La portée est double. Symbolique d’abord, en rompant avec des hommages dispersés et parfois concurrentiels. Politique ensuite, en érigeant la mémoire héroïque en rendez-vous national partagé.
Reconnaissance officielle et protection sociale
Le nouvel ordre vise à « récompenser les personnalités ayant rendu des services héroïques à la Nation ». Il introduit aussi un volet social. Le conjoint survivant d’un héros national bénéficiera d’allocations ; à défaut, celles-ci seront versées aux enfants. Le montant, forfaitaire, sera fixé par décret du Premier ministre, après délibération en Conseil des ministres.
Dans le même mouvement, le texte confirme que Patrice Lumumba et Laurent-Désiré Kabila conservent leur statut de héros nationaux, socle intangible du récit républicain.
Un second ordre pour le mérite de l’État
L’ordonnance crée également l’Ordre national du Léopard. Pour y être admis, il faudra justifier d’au moins vingt années de fonctions civiles ou militaires. Le président de la République conserve toutefois un pouvoir discrétionnaire, pouvant admettre toute personne à titre exceptionnel par ordonnance.
Au-delà des distinctions, le message est clair : la mémoire nationale devient une politique publique structurée. Un cadre, un calendrier, une hiérarchie. Et, en filigrane, la volonté d’inscrire l’hommage aux héros dans une continuité institutionnelle assumée.
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