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20 janvier, 2026 - 10:38:57
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Venezuela : l’ONU met en garde contre une rupture grave du droit international après l’opération américaine

L’onde de choc est diplomatique avant d’être militaire. Trois jours après l’opération américaine ayant conduit à la capture du président vénézuélien, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni en urgence. Le ton y a été grave, parfois accusatoire, souvent inquiet. Au centre des débats, une question qui dépasse le seul Venezuela : la survie même des règles qui fondent l’ordre international depuis 1945. Transmise par sa secrétaire générale adjointe, Rosemary DiCarlo, la parole du Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a donné le cap : le respect intégral du droit international et de la Charte des Nations unies n’est pas une option, mais une obligation collective. Sans cela, a-t-il averti, la stabilité mondiale devient illusoire. Face à l’action militaire du 3 janvier menée par les États-Unis contre le Venezuela et à l’enlèvement du chef de l’État Nicolás Maduro, une majorité de délégations a dénoncé un précédent dangereux, susceptible d’ouvrir une ère où la force primerait sur le droit. D’autres, plus minoritaires, ont au contraire salué une opération présentée comme un coup décisif contre le narcotrafic et un régime jugé illégitime. Derrière l’affrontement des récits, le débat a révélé une fracture profonde au sein du système multilatéral. Entre défense stricte de la souveraineté, invocation des droits humains et tentation du recours unilatéral à la force, le Conseil de sécurité s’est retrouvé face à sa responsabilité première : empêcher que le monde ne glisse vers une normalisation de l’exception militaire. À New York, l’affaire vénézuélienne s’est imposée comme un test majeur pour l’autorité du droit international.

L’alerte a été formulée sans détour. « Les règles du droit international n’ont pas été respectées », a fait savoir le Secrétaire général de l’ONU à propos de l’action militaire américaine du 3 janvier au Venezuela. Transmise devant le Conseil de sécurité, cette mise en garde marque l’une des prises de position les plus fermes de l’Organisation depuis plusieurs années sur l’usage unilatéral de la force.

Par la voix de Rosemary DiCarlo, l’ONU a rappelé un principe fondateur : la Charte des Nations unies interdit explicitement la menace ou l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un État. Un rappel qui, dans le contexte vénézuélien, sonne comme un avertissement adressé à l’ensemble de la communauté internationale.

La Charte des Nations unies comme ligne de fracture

Le message du Secrétaire général s’est voulu constant et méthodique. Même dans des situations « confuses et complexes », a-t-il insisté, l’attachement aux principes demeure la seule boussole légitime. La paix internationale, a-t-il rappelé, repose moins sur l’équilibre des puissances que sur l’engagement collectif à respecter les règles communes.

Cette lecture a trouvé un large écho parmi de nombreuses délégations. La Chine et la Russie, qui avaient soutenu la convocation de la session d’urgence demandée par Caracas, ont dénoncé un contournement du Conseil de sécurité et un retour aux pratiques du fait accompli. Pékin a mis en garde contre la tentation de se poser en « gendarme du monde », rappelant des précédents où l’unilatéralisme avait durablement déstabilisé des régions entières.

Moscou, de son côté, a appelé à une évaluation impartiale de l’opération, estimant que la reconnaissance ou non de la légitimité politique d’un dirigeant ne saurait justifier une agression militaire. Derrière ces prises de position se dessine une crainte partagée : celle d’un monde régi par le « deux poids, deux mesures ».

Souveraineté, immunité et précédent dangereux

Plusieurs États ont insisté sur un point précis du droit international : l’immunité des chefs d’État en exercice. Pour l’Iran, l’enlèvement du président vénézuélien constitue une violation grave du droit coutumier international. L’Érythrée, au nom du Groupe des amis pour la défense de la Charte des Nations unies, a exigé la cessation immédiate des hostilités et le retour sans condition du président capturé.

L’Afrique du Sud a, elle, élargi le propos. L’histoire, a rappelé son représentant, montre que les invasions militaires contre des États souverains produisent rarement la stabilité promise. Ne pas réagir fermement à de telles violations, a-t-il averti, revient à banaliser l’anarchie et à normaliser la force comme mode de communication entre États.

Même tonalité du côté de l’Espagne, pour qui les événements constituent un précédent « éminemment préoccupant » pour la paix régionale. Si la lutte contre la criminalité organisée est légitime, a souligné Madrid, elle ne peut se faire qu’à travers la coopération internationale et le respect des droits humains, non par l’imposition militaire.

L’Amérique latine divisée, l’Europe prudente

En Amérique latine, les positions ont révélé de profondes divergences. Le Mexique et le Brésil ont défendu une approche strictement multilatérale, rappelant que la région s’est proclamée zone de paix. Toute violation de cet équilibre fragile, ont-ils estimé, menace directement la stabilité politique et sociale du continent.

Le Chili a, quant à lui, insisté sur la nécessité d’élections libres et de la participation citoyenne comme seules voies durables pour l’avenir du Venezuela. Une position nourrie par une mémoire historique douloureuse, marquée par les conséquences d’ingérences extérieures.

À l’inverse, l’Argentine a salué la détermination américaine, qualifiant Nicolás Maduro de chef d’une organisation criminelle transnationale. Selon Buenos Aires, l’opération pourrait ouvrir la voie à un rétablissement de la démocratie et de l’État de droit.

Les Européens ont adopté une ligne plus nuancée. La France a réaffirmé sa solidarité avec le peuple vénézuélien et dénoncé la répression exercée par le régime de Maduro, tout en critiquant une opération militaire contraire au principe de règlement pacifique des différends. Le Royaume-Uni a appelé à une transition sûre et pacifique, respectueuse de la volonté populaire, tout en rappelant son attachement au droit international.

Washington assume, l’ONU s’interroge

Face aux critiques, la délégation américaine a défendu une opération présentée comme une action de mise en œuvre de la loi. Comparant la situation à l’arrestation de Manuel Noriega, Washington affirme avoir agi contre un trafiquant de drogue responsable de crimes transnationaux, excluant toute intention d’occupation.

Mais cette justification n’a pas dissipé les inquiétudes. Pour de nombreuses délégations, accepter qu’un État puisse capturer un chef d’État étranger sans mandat multilatéral revient à fragiliser l’ensemble de l’architecture juridique internationale.

Au fil des interventions, une ligne de fond s’est imposée : au-delà du cas vénézuélien, c’est la crédibilité du système des Nations unies qui est en jeu. « La force du droit plutôt que le droit de la force », a résumé le Secrétaire général. Une formule qui résonne comme un avertissement. Car à New York, beaucoup redoutent qu’en laissant s’installer ce précédent, le monde ne bascule vers un ordre international plus instable, où la loi du plus fort remplacerait progressivement les règles communes.

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