Dans la capitale du cuivre, la vente à la sauvette change de cadre. Mardi 7 janvier, à l’issue d’une réunion avec les représentants des vendeurs dits « pirates », la mairie de Lubumbashi a arrêté des règles claires : des périmètres définis et des horaires stricts pour une activité longtemps tolérée, souvent réprimée, mais jamais véritablement régulée.
La maire de la ville, Joyce Tunda Kazadi, a ainsi autorisé l’exercice de ces marchés informels sur six artères du centre-ville : les avenues Lumumba, Mama Yemo, Kasaï, des Usines, Likasi et Lomami — entre 16 heures et 20 h 30. Un compromis assumé : contenir l’anarchie sans brutaliser un secteur qui fait vivre des milliers de ménages.
Selon l’autorité urbaine, l’objectif est double. D’une part, réduire les désordres chroniques qui jalonnent ce commerce informel : encombrement de la voirie, insalubrité, conflits répétés avec les forces de l’ordre. D’autre part, mettre fin aux interventions musclées et aux confiscations de marchandises, souvent dénoncées par les vendeurs comme arbitraires et sources de tracasseries, d’insécurité et de taxes illégales. Le créneau horaire retenu se veut un sas : suffisamment tardif pour ne pas perturber la circulation diurne, assez encadré pour restaurer une forme d’ordre urbain.
Un secteur informel devenu structurel
Cette décision marque la volonté de la mairie de reprendre la main sur un pan entier de l’économie locale qui échappe, depuis des années, à toute régulation étatique. Chef-lieu du Haut-Katanga, Lubumbashi voit la vente à la sauvette s’étendre à mesure que la pression économique s’accentue. Les trottoirs, les places publiques, les abords des bâtiments administratifs se transforment en étals improvisés. Pour les vendeurs, il ne s’agit pas seulement de contourner les taxes élevées de certains marchés officiels : occuper les zones à forte affluence permet d’écouler rapidement les marchandises. Mais au prix d’un environnement souvent insalubre, régulièrement dénoncé par les autorités municipales.
Produits expirés et risques sanitaires persistants
L’encadrement spatial et temporel ne dissipe toutefois pas toutes les inquiétudes. Une question demeure centrale : celle de la qualité des produits mis en vente. À Lubumbashi, la vente à la sauvette sert fréquemment de débouché à des denrées périmées ou avariées. Des produits expirés, achetés à bas prix, parfois dans des supermarchés, seraient remis en circulation après falsification des dates de péremption. Un risque sanitaire latent, que les nouvelles mesures municipales ne suffisent pas, à elles seules, à neutraliser.
À ces dérives s’ajoutent des problèmes d’insécurité. Des vendeurs sont accusés d’agressions à la suite de litiges commerciaux. Des pratiques frauduleuses : prix d’appel attractifs suivis de quantités réduites après paiement, nourrissent tensions et altercations. Dès septembre 2025, la société civile du Haut-Katanga avait alerté la population, l’exhortant à la prudence face à un commerce jugé à haut risque.
En encadrant la vente à la sauvette sans la proscrire, la mairie de Lubumbashi tente une ligne de crête : réguler sans exclure, ordonner sans asphyxier une économie de survie. Reste à savoir si cette normalisation partielle saura tenir face aux réalités du terrain et si l’État local disposera des moyens de faire respecter ses propres règles.
Patient Mubiayi, correspondant à Lubumbashi

