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17 mai, 2026 - 19:39:45
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Paix dans l’Est : Tshisekedi à Lomé à l’écoute de la médiation africaine

Il y a les appels à la paix. Et il y a ceux qui prospèrent sur le désordre. Depuis plus de deux décennies, l’Est de la République démocratique du Congo subit un conflit entretenu, recyclé et instrumentalisé. Un chaos qui n’a rien d’accidentel : il est le produit de calculs politiques et économiques identifiables. À chaque cycle de violence, les mêmes logiques se répètent : déstabiliser pour piller, fragmenter pour contrôler, affaiblir la souveraineté congolaise pour mieux capter ses ressources. Dans cette équation, le Rwanda et ses relais armés, notamment l’Alliance Fleuve Congo/M23, sont les principaux bénéficiaires d’une instabilité méthodiquement entretenue. Face à cette mécanique du chaos, le président Félix Tshisekedi a fait un choix clair : ne jamais confondre patience diplomatique et renoncement stratégique. À Lomé, où il s’est rendu le lundi 12 janvier 2026, le chef de l’État congolais n’est pas venu quémander une paix de façade, mais rappeler une ligne constante : la RDC est disposée au dialogue, mais jamais au prix de son intégrité territoriale, ni au bénéfice de groupes armés instrumentalisés de l’extérieur. À l’invitation du président togolais Faure Gnassingbé, médiateur officiellement mandaté par l’Union africaine, cette rencontre s’inscrit dans une séquence diplomatique décisive. Il s’agit de redonner de la cohérence à une architecture de médiation fragilisée par la durée du conflit, les blocages répétés et les manœuvres dilatoires d’acteurs qui prospèrent sur l’insécurité dans le Kivu, épicentre d’un pillage systématique des ressources naturelles. Kinshasa, de son côté, n’a jamais varié. Le dialogue, oui. Les cessez-le-feu vérifiables, oui. La médiation africaine, oui. Mais pas de compromis avec ceux qui refusent la paix parce qu’elle mettrait fin à leurs rentes de guerre. La dynamique impulsée par Félix Tshisekedi repose sur une conviction assumée : seule une paix réelle, fondée sur la souveraineté, la fin des soutiens extérieurs aux groupes armés et le respect du droit international, peut garantir l’essor économique de la RDC et la stabilité durable de la région des Grands Lacs.

Lundi 12 janvier 2026, le président congolais Félix Tshisekedi a séjourné à Lomé, dans le cadre d’une séance de travail consacrée à la paix et à la stabilisation de l’est de la République démocratique du Congo. À l’invitation du président togolais Faure Gnassingbé, médiateur officiellement mandaté par l’Union africaine, la rencontre vise à revitaliser une architecture de médiation fragilisée par la durée du conflit et par des blocages persistants, dans un contexte où la poursuite de l’instabilité est régulièrement associée à des intérêts économiques illicites dans le Kivu.

Ce déplacement intervient alors que les pourparlers amorcés à Doha demeurent centraux, même si leur pilotage politique a été confié à Lomé sous l’égide africaine. Pour Kinshasa, l’enjeu est désormais de reconnecter ces différentes séquences diplomatiques afin d’éviter la dispersion des efforts et de restaurer une dynamique crédible de désescalade. Une ligne constante : le dialogue, oui, mais pas au prix de la souveraineté nationale ni de la normalisation des groupes armés soutenus de l’extérieur.

Lomé veut « faire bouger les lignes »

Désigné médiateur par l’Union africaine, Faure Gnassingbé est resté jusqu’ici relativement discret dans la gestion du dossier sécuritaire de l’Est congolais, notamment depuis l’entrée en jeu active des États-Unis et du Qatar dans les efforts de médiation. Lomé entend toutefois « faire bouger les lignes », selon plusieurs sources diplomatiques, en assumant davantage son rôle de chef d’orchestre du processus africain.

Dans cette optique, le Togo prévoit d’organiser, le 17 janvier 2026, une réunion de haut niveau consacrée à la cohérence et à la consolidation du processus de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs. L’objectif affiché est clair : renforcer la confiance entre les parties, coordonner les médiations existantes et faire progresser concrètement le processus de paix, au-delà des déclarations de principe.

Cette initiative s’inscrit dans une dynamique diplomatique plus large. En amont, et en étroite coordination avec Lomé, la France avait organisé, le 30 octobre 2025 à Paris, une Conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs. Cette rencontre avait permis de mobiliser plus de 1,5 milliard d’euros en faveur des populations vulnérables, tout en soutenant la dynamique de négociation portée conjointement par Washington, Doha et l’Union africaine.

Dialogue maintenu, cessez-le-feu recherché

Autre acteur clé de cette équation régionale : l’Angola. Selon plusieurs sources angolaises, le président João Lourenço poursuit une ligne double. D’un côté, maintenir fermement le pied sur la pédale du dialogue. De l’autre, batailler pour obtenir un cessez-le-feu immédiat, considéré à Luanda comme un préalable indispensable à toute avancée politique significative.

La médiation angolaise ne s’exerce toutefois pas en vase clos. Elle s’articule avec d’autres canaux, notamment ceux ouverts par le Qatar.

De son côté, Faure Gnassingbé qui a succédé à João Lourenço comme médiateur désigné par l’Union africaine dans le conflit sécuritaire à l’est de la RDC, entend mouiller le maillot. Il est désormais appelé à travailler en coordination étroite avec les facilitateurs du processus de paix fusionné de Luanda et de Nairobi, conformément aux décisions du sommet conjoint virtuel de la Communauté de l’Afrique de l’Est et de la Communauté de développement de l’Afrique australe tenu le 24 mars 2025.

À Lomé, la séance de travail entre Félix Tshisekedi et Faure Gnassingbé s’inscrit ainsi dans une tentative de mise en cohérence d’un paysage diplomatique fragmenté. Selon la présidence congolaise, les échanges ont porté sur la consolidation des processus de désescalade et sur la nécessité de maintenir une pression politique constante face à la persistance des violences.

En répondant à l’invitation togolaise, Félix Tshisekedi adresse un message politique sans ambiguïté : la RDC privilégie une solution africaine, mais refuse toute paix de façade. L’objectif demeure inchangé : mettre fin à la guerre, restaurer l’intégrité territoriale et créer les conditions d’un essor économique durable. À Lomé, le tempo est volontairement posé. La paix ne se décrète pas. Elle se construit avec constance, fermeté et détermination.

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