Derrière l’intitulé patriotique, c’est en réalité une entreprise de diversion politique. Vendredi 23 janvier, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a frontalement mis en cause le mouvement « Sauvons le Congo », accusé de servir, selon lui, de relais narratif aux thèses de Kigali sur la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC. Pour Kinshasa, cette plateforme née à Nairobi participe à dépolitiser l’agression extérieure en la requalifiant en conflit interne, offrant ainsi au Rwanda un alibi diplomatique. Une charge lourde, qui intervient alors que les combats, les déplacements massifs de civils et les accusations de soutien militaire rwandais au M23 continuent d’alimenter la tension régionale.
La guerre se joue sur le terrain. Elle se joue aussi dans les mots. Vendredi, sur le plateau de l’émission Bosolo na Politik du journaliste Israël Mutombo, Patrick Muyaya a choisi d’attaquer sur ce second front. Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement ne cite pas seulement des faits militaires. Il cible ce qu’il décrit comme une stratégie politique.
Selon lui, le mouvement « Sauvons le Congo », créé à Nairobi autour de l’ancien président de la République, Joseph Kabila, relèverait moins d’un élan citoyen que d’une construction opportuniste.
« Il y a ceux qui sont allés à Nairobi et ont créé le mouvement Sauvons le Rwanda au Congo (allusion au mouvement Sauvons le Congo)», lance-t-il d’emblée.
Pour Kinshasa, la logique serait claire : déplacer la responsabilité. Transformer une crise régionale impliquant Kigali en querelle congolo-congolaise. Diluer l’agression dans le débat interne.
Un récit pour dédouaner Kigali
Le ministre évoque « une forte pression » pesant sur le président rwandais auprès de son opinion publique. Dans cette configuration, poursuit-il, Kigali aurait besoin de soutiens congolais pour crédibiliser son discours.
« Il avait besoin de béquilles. Et il a trouvé ses traîtres congolais pour montrer que la crise est un problème congolo-congolais. »
La formule est brutale. Elle traduit l’irritation du pouvoir face à ce qu’il considère comme une tentative de blanchiment politique.
Patrick Muyaya rappelle alors les éléments que le gouvernement présente comme des preuves d’une implication directe du Rwanda : bombardements, drones kamikazes, dispositifs de brouillage, logistique militaire sophistiquée. « Les bombes, les drones kamikazes largués, le matériel de brouillage… ce sont eux, les Rwandais en action », insiste-t-il. Sous-entendu : parler d’un conflit interne reviendrait à nier ces faits.
La question morale
Le porte-parole ne s’arrête pas à l’argument géopolitique. Il convoque le coût humain. Les chiffres tombent, lourds : « 300 000 Congolais en errance », « 1 500 tués à Uvira », « 10 000 morts en trois jours à Goma ».
Dans ce contexte, soutenir un discours minimisant la responsabilité rwandaise deviendrait, selon lui, politiquement et moralement intenable. « Si on est patriotiquement congolais, on ne peut demeurer insensible. »
Pour étayer son accusation, Patrick Muyaya oppose ce qu’il décrit comme l’ambiguïté du mouvement « Sauvons le Congo » à la constance d’autres figures de l’opposition. Denis Mukwege et Martin Fayulu, pourtant parmi les critiques les plus sévères du pouvoir, n’ont jamais, souligne-t-il, relativisé l’implication rwandaise. Tous deux contestent Kinshasa, mais refusent d’absoudre Kigali. Une ligne de fracture politique que le ministre érige en test de patriotisme.
La ligne officielle se dessine : pluralisme politique, oui. Relais d’un récit étranger, non.
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