Cette fois, l’État veut consigner, nommer, dater. Après des mois d’accusations et de rapports dispersés, Kinshasa enclenche une riposte méthodique : établir un récit incontestable des exactions commises à Goma et Bukavu durant l’occupation du M23-AFC, soutenu par Kigali. Samedi 24 janvier, le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba Kabuya, a annoncé le démarrage d’un vaste travail de compilation et de consolidation des preuves. Objectif affiché : transformer les témoignages épars en un document de référence, utilisable devant l’opinion internationale comme devant la justice. Derrière l’exercice technique, une stratégie politique se dessine : sortir du registre de la dénonciation pour entrer dans celui de la preuve, et préparer d’éventuelles poursuites pour crimes graves.
Kinshasa change de méthode. Moins de déclarations, plus d’archives. Moins d’indignation, davantage de preuves.
Le ministre des Droits humains, Me Samuel Mbemba Kabuya, a annoncé samedi 24 janvier, lors d’un point de presse, le lancement imminent d’un vaste travail de documentation sur les violations commises à Goma et Bukavu pendant « une année d’occupation par le Rwanda à travers ses supplétifs du mouvement AFC/M23 ».
Les travaux se dérouleront du 29 janvier au 7 février. Ils associeront le ministère, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ) et la Nouvelle société civile congolaise. Une coalition d’acteurs publics et indépendants, censée renforcer la crédibilité de la démarche.
L’ambition est claire : produire « une documentation rigoureuse, crédible et consolidée », selon le ministre, afin d’aboutir à « un document de référence ». Un outil à triple vocation : mémoire collective, levier de plaidoyer diplomatique et base pour d’éventuelles poursuites judiciaires.
Autrement dit, passer du récit politique au dossier juridique.
Unifier les preuves, structurer les responsabilités
Concrètement, il ne s’agit pas d’une nouvelle enquête de terrain, mais d’un travail de compilation. Les équipes devront mettre en commun les rapports déjà produits par les ONG nationales et internationales, croiser les données, vérifier les faits, harmoniser les qualifications.
L’objectif est de transformer une mosaïque de témoignages en un corpus unique, « exhaustif et structuré », capable de refléter « la réalité des exactions subies par les populations civiles ».
Depuis des mois, organisations locales et agences humanitaires évoquent exécutions sommaires, disparitions forcées, pillages, violences sexuelles et déplacements massifs. Mais ces éléments restent dispersés. Pour Kinshasa, cette fragmentation affaiblit la portée diplomatique des accusations.
En centralisant l’information, le gouvernement espère construire un socle difficilement contestable.
Une bataille aussi politique que judiciaire
Derrière la technicité du chantier, le signal est politique.
En documentant officiellement les faits, l’État congolais cherche à internationaliser davantage le dossier et à inscrire les violences de l’Est dans le registre du droit, et non plus seulement dans celui du conflit armé. La démarche pourrait alimenter des procédures devant les juridictions nationales, voire internationales.
Elle s’inscrit aussi dans une stratégie plus large : établir la responsabilité du Rwanda, régulièrement accusé par Kinshasa de soutenir le M23-AFC.
« Produire un document de référence », insiste le ministre. Le terme n’est pas anodin. Il s’agit de faire autorité.
Dans un conflit où l’information est une arme, l’archive devient un champ de bataille.
En consignant les crimes, Kinshasa veut empêcher l’oubli et préparer, peut-être, le temps des comptes.
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