Une voix de la mémoire congolaise s’est éteinte. Roland-Gilbert Okito Lumumba, fils de Patrice Emery Lumumba et figure engagée dans la défense de l’héritage du héros de l’indépendance, est décédé mercredi à Kinshasa à l’âge de 67 ans, des suites d’une maladie, selon sa famille. Architecte de formation, ancien député national durant près d’une décennie, il s’était imposé ces dernières années comme l’un des principaux artisans du combat judiciaire pour la vérité sur l’assassinat de son père, multipliant les démarches devant la justice belge et participant au rapatriement historique de la relique de Patrice Lumumba en 2022. Sa disparition intervient alors que ces procédures se poursuivent encore.
Roland-Gilbert Okito Lumumba n’était pas seulement le fils d’un nom gravé dans l’histoire. Il avait choisi d’en assumer la charge.
L’homme politique congolais est décédé mercredi à Kinshasa, à l’âge de 67 ans, des suites d’une maladie, ont indiqué des sources familiales. Sa disparition met fin à un parcours mêlant engagement civique, action politique et combat mémoriel autour de l’héritage de son père, Patrice Emery Lumumba, premier Premier ministre de la République démocratique du Congo et figure emblématique de l’indépendance.
Né en 1958, Roland Lumumba était architecte de formation. Il s’était toutefois orienté vers la vie publique, siégeant pendant près d’une décennie comme député national, où il participa aux débats politiques de la jeune démocratie congolaise.
Le gardien d’un héritage historique
Au fil des années, son engagement s’était surtout concentré sur la préservation de la mémoire de Patrice Lumumba, assassiné en 1961 dans des circonstances longtemps restées obscures.
Roland Lumumba avait multiplié les démarches judiciaires afin d’obtenir vérité et reconnaissance des responsabilités.
À plusieurs reprises, il s’était rendu en Belgique pour assister aux audiences liées à l’enquête ouverte sur cet assassinat, adoptant une posture mesurée.
Sa motivation, disait-il, relevait d’une exigence historique plutôt que d’un esprit de revanche. Il parlait d’une « soif de savoir », insistant sur la nécessité d’établir les faits pour les générations futures.
Le rapatriement d’une relique, moment symbolique
Il avait également joué un rôle central dans l’un des épisodes les plus symboliques de ce long combat : le rapatriement en RDC de la relique de Patrice Lumumba, conservée en Belgique pendant des décennies.
Restituée officiellement à la République démocratique du Congo en juin 2022, cette relique – une dent – avait donné lieu à une cérémonie nationale chargée d’émotion. Roland Lumumba figurait alors au premier plan, incarnant la dimension familiale et historique de cet événement.
Pour lui, il ne s’agissait pas seulement d’un geste intime, mais d’un acte de réparation nationale.
Refuser la personnalisation, défendre le symbole
Dans ses interventions publiques, Roland Lumumba veillait à replacer la figure de son père dans une perspective collective.
« Au lieu de dire que c’est le papa de Roland, je préfère que l’on dise que c’est Lumumba », déclarait-il, refusant toute appropriation familiale d’une figure qu’il considérait comme appartenant à l’histoire du Congo et de l’Afrique.
Il rappelait régulièrement que Patrice Lumumba devait être vu comme un « père de l’indépendance », une référence fondatrice au-delà des clivages politiques.
Une disparition au moment d’un combat inachevé
La mort de Roland-Gilbert Okito Lumumba intervient alors que les procédures judiciaires liées à l’assassinat de Patrice Lumumba se poursuivent toujours devant la justice belge, plus de soixante ans après les faits.
Pour beaucoup, il représentait un témoin et un passeur de mémoire, déterminé à maintenir vivante la quête de vérité.
Avec sa disparition, c’est une voix engagée de cette bataille mémorielle qui s’éteint, mais le combat, lui, demeure.
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