Sans contre-pouvoir solide, la démocratie s’essouffle. En République démocratique du Congo, l’ancien ministre et acteur politique Steve Mbikayi appelle à une refondation de l’opposition, qu’il juge fragmentée, inefficace et absente du terrain. Dans une tribune critique, il rappelle que la Constitution et la loi garantissent pourtant à l’opposition un statut officiel, des moyens financiers et une représentation institutionnelle, rarement exploités. Éparpillement des candidatures en 2023, boycott de certaines échéances, faible implantation nationale : pour lui, ces faiblesses ont mécaniquement favorisé la majorité au pouvoir. À l’approche des prochaines élections, il estime urgent de bâtir une alternative crédible, structurée et capable de peser réellement dans le débat public.
Steve Mbikayi ne mâche pas ses mots. Pour l’ancien ministre, la faiblesse actuelle de l’opposition congolaise ne relève ni d’un manque de textes ni d’un déficit juridique, mais d’une incapacité à s’organiser. « En République démocratique du Congo, l’opposition politique n’est pas une ombre tolérée, mais un pilier constitutionnel », rappelle-t-il d’emblée, citant l’article 8 de la Constitution et la loi organique de 2007 qui encadrent son statut.
Sur le papier, poursuit-il, l’architecture est claire : règlement intérieur, porte-parole doté d’un rang institutionnel, relais provinciaux et financement public. « Le législateur a conçu les instruments d’un authentique contrepoids. Le cadre est posé, robuste sur le papier. Pourtant, entre la lettre et le terrain, s’est ouvert un abîme. »
Une opposition « émiettée »
Pour Steve Mbikayi, le principal écueil reste la division chronique des forces politiques. « Elle est multiple quand elle devrait être une, vociférante quand elle devrait être structurante », tranche-t-il, décrivant une opposition davantage portée sur la dénonciation que sur la construction d’une alternative.
L’élection présidentielle de 2023 constitue, selon lui, l’illustration la plus nette de cette désorganisation. « Une myriade de candidats, chacun régnant sur son petit fief politique », analyse-t-il, face à « une majorité présente sur l’ensemble du territoire ». Dans ces conditions, estime-t-il, « la défaite était inscrite avant même l’ouverture des urnes ».
Les contestations postélectorales lui paraissent, dès lors, peu audibles : « Quel crédit accorder aux cris de tricherie lorsque l’échec fut d’abord un suicide stratégique ? »
Absence de terrain et déficit d’organisation
L’ancien ministre pointe également l’éloignement de certains leaders, parfois en exil ou cantonnés aux réseaux sociaux, et le manque d’implantation dans le « Congo profond ». À l’Assemblée nationale, ajoute-t-il, l’opposition apparaît « l’ombre d’elle-même », tandis que sur le terrain elle demeure « fantomatique ».
Il souligne par ailleurs que des moyens budgétaires sont prévus chaque année pour son fonctionnement, mais restent sous-utilisés. « À l’Assemblée nationale, un budget lui est réservé. Il dort, intact, jamais réclamé », regrette-t-il.
Un enjeu démocratique
Au-delà de la critique partisane, Steve Mbikayi présente son plaidoyer comme une question d’équilibre institutionnel. « Une démocratie ne vit pas du seul rituel électoral », insiste-t-il. Sans opposition crédible, dit-il, la compétition politique perd de sa substance et affaiblit la légitimité du système.
Face à une majorité qu’il décrit comme « compacte et disciplinée », il appelle à « construire, mailler et proposer » plutôt qu’à multiplier les boycotts ou les déclarations d’intention.
« Nous avons besoin d’une opposition forte en face de nous. Nous avons besoin d’un équilibre dans nos assemblées. Nous avons besoin d’une compétition digne de ce nom », conclut-il, estimant que « triompher sans gloire n’est que l’ombre d’une victoire ».
À l’approche des prochaines échéances électorales, son appel sonne comme un avertissement : sans structuration réelle, l’opposition risque de revivre les mêmes revers.
Infos27

