La mise en garde est frontale et tranche avec le débat politique ambiant. Dans une tribune au ton grave, le député national Steve Mbikayi estime qu’organiser des élections générales alors qu’une partie du territoire congolais demeure sous occupation étrangère reviendrait à entériner une partition de fait du pays. S’appuyant sur des précédents internationaux : de l’Ukraine à l’Irak, en passant par Chypre, il soutient que les scrutins tenus sous contrainte militaire n’ont jamais restauré la souveraineté des États concernés. Au contraire, ils auraient normalisé l’occupation. Pour l’élu, la priorité absolue ne peut être électorale mais territoriale : aucun processus démocratique ne saurait, selon lui, primer sur la récupération intégrale de l’Est. Une position qui relance le débat sur le calendrier politique congolais.
Voici l’intégralité de sa tribune.
Élections sous occupation : la normalisation de la partition
Lorsque j’ai soutenu, dans de récentes publications, que la RDC ne saurait organiser des élections en 2028 tant qu’une part de son territoire demeurerait occupée par les troupes rwandaises, les relais de l’opposition y ont vu un refus de la démocratie. Ils n’y ont pas perçu, hélas, le réalisme froid d’une leçon historique pourtant écrite en lettres de sang et de larmes.
Commençons par dissiper un malentendu. Oui, techniquement, un État peut organiser un scrutin sous occupation. L’histoire moderne en offre plusieurs exemples. Mais dans chaque cas, ces élections n’ont pas sonné le glas de l’occupation. Elles ont simplement appris à coexister avec elle. Loin d’être un remède, elles deviennent trop souvent l’antichambre d’une amputation territoriale entérinée.
Prenez l’Ukraine. Des élections s’y sont tenues après l’annexion de la Crimée et l’infiltration du Donbass. Le scrutin a conforté la légitimité internationale de Kiev, sans faire reculer d’un pouce les frontières de l’occupant. Les urnes, muettes face aux tanks.
Songez à l’Irak de 2014. Les citoyens votaient tandis que Mossul et les plaines du nord croupissaient sous le jouge de Daech. Le rituel démocratique n’a alors libéré aucune ville. I

