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20 avril, 2026 - 07:21:34
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Rubaya : plus de 200 morts dans un éboulement minier, sur fond de pillage organisé sous occupation armée

Un nouveau drame frappe le Nord-Kivu. Au moins 200 creuseurs artisanaux ont péri dans l’éboulement d’un site minier à Rubaya, zone pourtant classée « rouge » et interdite d’exploitation. Il s’agit là d’une catastrophe liée à « l’exploitation sauvage et illégale » opérée sous occupation armée par le Rwanda et la rébellion AFC/M23, alimentant une filière clandestine de coltan. Au-delà de la tragédie humaine, le gouvernement dénonce un système structuré de pillage, l’échec des mécanismes de traçabilité régionaux et la responsabilité des acheteurs internationaux. Il promet des poursuites et appelle la communauté internationale à agir.

Le sol a cédé. Puis tout s’est effondré. Mercredi 28 janvier, sur le site minier de Luwowo, dans l’agglomération de Gasasa, périmètre de Rubaya, territoire de Masisi (Nord-Kivu), un éboulement massif a enseveli des centaines de creuseurs artisanaux. Le bilan provisoire fait état d’« au moins 200 morts », selon les rapports de terrain relayés par le gouvernement congolais.

Dans un communiqué publié à Kinshasa, les autorités disent avoir appris le drame « avec une profonde consternation ». Elles évoquent des victimes « principalement des creuseurs artisanaux, contraints à d’intenses travaux dans un environnement marqué par l’absence totale de normes de sécurité ».

Un site interdit d’exploitation

Le gouvernement rappelle que le périmètre minier de Rubaya avait été classé au statut « rouge » par arrêté ministériel, interdisant « toute activité d’exploitation et de commercialisation des substances minérales, y compris artisanale ». En théorie, aucune extraction n’aurait dû s’y poursuivre.

Dans les faits, les creusements ont continué. Hors cadre légal. Sans protection. Sans contrôle.

« Les activités de creusage poursuivies sur ce site s’effectuent en violation flagrante de la loi et sans respect d’aucune norme de sécurité », souligne le communiqué.

Le drame n’est pas isolé. En juin 2025 déjà, plus de 300 civils avaient perdu la vie dans des circonstances similaires dans la même zone. Pour Kinshasa, il s’agit d’un « schéma récurrent de mise en danger des populations civiles ».

Kinshasa accuse une économie de guerre

Au-delà de l’accident minier, les autorités dénoncent un système plus large. Elles attribuent l’exploitation de Rubaya à « l’exploitation sauvage et illégale des ressources naturelles orchestrée par le Rwanda et le M23/AFC », parlant d’« un système structuré de pillage ».

Selon les données avancées, « entre 112 et 125 tonnes de coltan sont extraites chaque mois » dans ce périmètre et « acheminées exclusivement vers le Rwanda, en dehors de toute autorisation administrative et de toute traçabilité conforme ». Cette filière alimenterait « directement une économie de guerre ».

Kinshasa met également en cause les statistiques régionales. Le gouvernement évoque « une augmentation de plus de 200 % des exportations de coltan du Rwanda entre janvier et juin 2025, sans rapport avec ses réserves naturelles connues », y voyant des mécanismes de blanchiment de minerais congolais.

Traçabilité défaillante, acheteurs interpellés

Le communiqué pointe la « faillite manifeste » des mécanismes internationaux de certification, notamment ceux de la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs, qui n’auraient pas empêché l’écoulement de minerais issus de sites interdits.

Les autorités dénoncent aussi « l’imprudence des acheteurs finaux et des acteurs économiques internationaux » continuant de s’approvisionner auprès de filières suspectes, contribuant « indirectement au financement des groupes armés ».

Compassion et poursuites annoncées

Face à la tragédie, le gouvernement exprime « sa profonde compassion aux familles endeuillées » et « s’incline devant la mémoire des victimes ». Il promet d’« assurer les familles de l’attention et du soutien de l’État ».

Mais la réponse se veut aussi judiciaire. Kinshasa affirme que ces pratiques constituent des violations graves du droit international humanitaire, pouvant relever de crimes de guerre. Les autorités annoncent la poursuite de la « documentation des faits » et des démarches devant « les mécanismes juridictionnels compétents ».

Le message est double : humanitaire et politique.

Rétablir l’autorité de l’État. Mettre fin à l’exploitation illégale. Et rappeler que, dans l’Est du pays, la bataille pour les minerais reste indissociable de celle pour la sécurité.

À Rubaya, le coût humain le rappelle brutalement. Chaque effondrement de galerie n’est pas seulement un accident. C’est le symptôme d’une guerre qui continue de se creuser sous terre.

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