Pas de compromis sur la souveraineté. Devant le corps diplomatique réuni à Kinshasa, le président Félix Tshisekedi a posé des lignes rouges claires : un dialogue politique entre Congolais ne pourra se tenir que sur le territoire national, sous l’autorité des institutions élues, et sans servir d’alibi à l’occupation de l’Est ni à l’impunité des groupes armés. Dans une allocution dense mêlant diplomatie, sécurité et économie, le chef de l’État a conditionné toute décrispation interne à « des actes vérifiables » : arrêt du soutien extérieur aux rébellions, retrait des forces étrangères, respect du droit international. Alors que la crise humanitaire s’aggrave autour d’Uvira et que des millions de déplacés s’entassent dans des camps précaires, Kinshasa réclame à ses partenaires davantage que des déclarations : une application stricte des résolutions onusiennes et une cohérence d’action. Message central : la paix oui, mais pas au prix d’une souveraineté négociée.
Au Palais de la Nation, devant des dizaines d’ambassadeurs et de représentants d’organisations internationales, le président Félix Tshisekedi a, au cours de la traditionnelle cérémonie de vœux au corps diplomatique, le 31 janvier, fait une adresse ferme sur la guerre dans l’Est, les responsabilités régionales et les conditions d’un éventuel dialogue national.
D’emblée, le chef de l’État a dressé le tableau d’« une année de contrastes » : poursuite des réformes publiques et des programmes de développement, mais « tribut insoutenable » payé à l’insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. « Des villes et des villages ont été ballottés au rythme des offensives », a-t-il rappelé, évoquant « des familles contraintes de fuir encore et encore, laissant derrière elles champs, écoles et repères ».
Des lignes rouges sur la souveraineté
Le cœur du message tient en quelques principes non négociables. « La paix ne se négocie pas au prix du mensonge, et ne se construit pas sur l’impunité », a martelé le président. Kinshasa, a-t-il insisté, refuse toute normalisation qui masquerait les soutiens extérieurs aux groupes armés actifs sur son territoire.
Sans détour, Félix Tshisekedi a évoqué la reconnaissance publique d’une coordination sécuritaire entre Kigali et la rébellion AFC/M23. « Cet aveu constitue un tournant majeur : il réduit l’espace du déni, clarifie les responsabilités et oblige chacun à passer des exhortations aux mécanismes d’exécution du droit international », a-t-il déclaré, appelant la communauté internationale à traduire ses engagements en actes concrets.
Dialogue national, mais pas à n’importe quel prix
Attendu sur le terrain politique intérieur, le président s’est dit favorable à une concertation entre Congolais, tout en en balisant strictement le cadre. « Nous réaffirmons notre ouverture à un dialogue apaisé, inclusif, résolument républicain, destiné à consolider la cohésion nationale, sans jamais remettre en cause les institutions issues du suffrage universel », a-t-il expliqué.
Puis la condition : « Ce dialogue se déroulerait sur le sol national, conduit et organisé par les institutions de la République, dans le respect de la Constitution et des lois. Il ne saurait tenir lieu de substitut aux obligations internationales, ni relativiser une agression. »
Autrement dit, pas question que des discussions internes servent de paravent à des responsabilités étrangères. « Notre main demeure tendue pour une paix véritable. Mais une paix véritable suppose des actes vérifiables », a-t-il ajouté, énumérant « l’arrêt immédiat de tout soutien aux groupes armés », « le retrait des forces étrangères », « le respect strict des mécanismes régionaux » et « la restauration effective de l’autorité de l’État ».
Pression diplomatique et cadre onusien
Kinshasa s’appuie sur les résolutions du Conseil de sécurité et sur le mandat renouvelé de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo pour renforcer la protection des civils et soutenir les processus de désarmement. Le président a salué « l’engagement de la communauté internationale », tout en demandant davantage de cohérence et de suivi.
Il a également mis en avant les efforts de médiation menés à l’échelle internationale, citant l’implication du président Donald Trump dans l’accord de Washington et les facilités offertes par Doha, ainsi que les initiatives africaines pour harmoniser les processus de paix. L’objectif affiché : faire converger diplomatie globale et solutions régionales.
Urgence humanitaire à l’Est
Au-delà des considérations géopolitiques, le chef de l’État a insisté sur la détresse des populations. Uvira et la plaine de la Ruzizi concentrent « des milliers de familles déplacées vivant dans une précarité extrême ». À cela s’ajoute la situation des réfugiés congolais au Burundi. « Il serait illusoire de traiter l’urgence humanitaire sans regarder la cause première de cette souffrance : l’instabilité entretenue et la violence récurrente », a-t-il prévenu.
L’allocution a aussi pris une tonalité économique. Le président a défendu une transformation locale des minerais critiques, une meilleure traçabilité et des partenariats « équilibrés ». L’intégration régionale, via des corridors logistiques et énergétiques, doit selon lui rompre avec « les logiques d’extraction brute » et créer des emplois durables.
Une année 2026 sous le signe de l’autorité de l’État
En conclusion, Félix Tshisekedi a fixé quatre priorités : sécuriser durablement l’Est, accélérer la gouvernance, industrialiser l’économie et consolider l’unité nationale. « La République démocratique du Congo attend non pas des émotions, mais une cohérence d’action », a-t-il lancé à ses interlocuteurs étrangers.
Le message est clair : la porte du dialogue reste ouverte, mais le cadre est verrouillé. Pour Kinshasa, la paix ne passera ni par des concessions sur la souveraineté ni par des arrangements qui effacent les responsabilités. Le temps des déclarations est révolu ; celui des preuves, exigé.
Infos27

