Une rafle en plein jour, des familles sans nouvelles, un silence imposé par la peur. À Bambo, dans le territoire de Rutshuru, près d’une centaine de jeunes ont été arrêtés lors d’un bouclage mené par l’AFC/M23, puis emmenés vers une destination inconnue. Depuis, parents et autorités locales cherchent leurs traces. Témoignages concordants, tri forcé, accusations arbitraires de collusion avec des milices : les méthodes décrites rappellent des pratiques d’occupation. Pour la société civile, ces disparitions massives constituent une violation grave des droits humains et alimentent un exode de la population. La communauté internationale est appelée à exiger des comptes à la rébellion.
La tension ne retombe pas dans le Nord-Kivu. À Bambo, dans la chefferie de Bwito, territoire de Rutshuru, près d’une centaine de personnes sont portées disparues depuis le 31 janvier, à la suite d’un bouclage mené par la rébellion AFC/M23 et les forces rwandaises.
Selon le Conseil territorial local de la jeunesse, les habitants, majoritairement des jeunes garçons et filles de Bambo et de Bugina, ont été interpellés puis emmenés vers une destination inconnue.
Les faits se sont déroulés au rond-point de Bambo-Central, où les civils ont été rassemblés de force.
Tri arbitraire et accusations sans preuve
D’après les témoignages recueillis, les personnes arrêtées ont été triées sur la base de supposées accointances avec les milices locales Wazalendo. Une méthode que les acteurs locaux dénoncent comme expéditive et arbitraire.
Isaac Kibira, notable de la région et fonctionnaire délégué adjoint du gouverneur à Bambo, cité par radiookapi.net, témoigne : « Malgré leurs âges et leurs statuts sociaux, tous ont été contraints de s’asseoir de force. Les rebelles ont utilisé des rendus FDLR et Wazalendo pour identifier les habitants : “celui-ci collabore… celui-là collabore…”. Après ce tri, les personnes désignées ont été embarquées dans des véhicules vers une destination inconnue. »
Pour lui, ces pratiques s’apparentent à des enlèvements collectifs. « Cette situation inquiète profondément les défenseurs des droits humains et pousse déjà la population à fuir. »
Une population terrorisée, des familles brisées
Les conséquences humaines se font déjà sentir. Selon les sources locales, une femme âgée, hospitalisée après un malaise en apprenant l’arrestation de son fils, est décédée le lendemain à l’hôpital général de Bambo.
Dans les quartiers, la peur domine. Plusieurs familles auraient quitté la zone, redoutant de nouvelles arrestations.
Dans cette région marquée par des combats récurrents entre le M23 et des milices locales, les civils se retrouvent pris en étau, sans protection réelle.
Pour la société civile, ces opérations traduisent moins une logique sécuritaire qu’une stratégie d’intimidation.
Arrestations massives, accusations sans base judiciaire, transferts vers des lieux inconnus : les méthodes décrites relèvent d’une gestion coercitive du territoire, loin des normes du droit international humanitaire.
Le Conseil territorial de la jeunesse parle d’« innocents sans lien avec les affrontements » et exige leur libération immédiate.
Appel à Kinshasa et à la communauté internationale
Les acteurs locaux appellent le gouvernement congolais, les organisations régionales et la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) à suivre la situation de près et à exiger la libération sans condition des disparus.
Dans une province déjà éprouvée par les déplacements massifs et l’insécurité chronique, ces disparitions renforcent le sentiment d’abandon.
À Bambo, l’attente se prolonge. Les familles ne demandent qu’une chose : savoir où sont les leurs.
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