Un passage vital devenu piège quotidien. À Kananga, la passerelle reliant Katoka 2 à Tukombe se dégrade au point de menacer de céder, compromettant la sécurité des riverains et paralysant peu à peu les échanges économiques. Coupée en deux, rafistolée de planches instables, l’infrastructure ne supporte plus ni le courant ni l’usure du temps. Femmes, élèves, commerçants s’y engagent pourtant chaque jour, faute d’alternative. Les marchés sont moins approvisionnés, les détours s’allongent, les chutes se multiplient. Face à l’urgence, les autorités locales appellent à une réhabilitation rapide d’un ouvrage devenu indispensable à la vie sociale et économique de la ville.
La scène est devenue familière. Des habitants hésitent, s’arrêtent, testent du pied une planche, puis enjambent un vide béant avant de poursuivre leur route. Entre les quartiers Katoka 2 et Tukombe, la passerelle censée relier les deux rives s’est transformée en obstacle.
Érigée il y a quelques années sur une rivière locale, l’infrastructure est aujourd’hui sectionnée en son milieu. Une fissure importante fragilise l’ensemble. Des planches branlantes, ajoutées artisanalement, tentent de maintenir un semblant de passage.
Mercredi 4 février, lors d’une ronde sur place, l’état de délabrement était manifeste : structure instable, bois pourri, appuis affaiblis. Chaque traversée comporte un risque.
« La passerelle n’aide plus comme avant. Elle est coupée en deux et nous traversons avec beaucoup de difficultés », confie un résident.
Mobilité entravée, économie ralentie
Au-delà du danger immédiat, c’est toute la vie locale qui se grippe. Cette passerelle reste le principal axe de liaison entre les deux quartiers.
Écoliers, malades, commerçants et agriculteurs l’empruntent quotidiennement. Les marchés de la ville dépendent de ce passage pour l’acheminement de légumes, de feuillages et d’autres produits agricoles venus des périphéries.
Résultat : retards, détours, charges abandonnées en route. Certains vendeurs limitent leurs déplacements, d’autres renoncent à certaines livraisons. L’approvisionnement se raréfie.
Une dégradation imputée aux travaux initiaux
Pour plusieurs habitants, l’ouvrage n’a jamais été conçu pour durer.
Clément Mukaya Tshibuabua, riverain de Tukombe, estime que les travaux de départ ont été mal exécutés. Selon lui, la passerelle n’était pas adaptée aux intempéries ni à la force du courant en saison des pluies. L’absence d’entretien régulier aurait accéléré sa détérioration.
Les catégories les plus vulnérables paient le prix fort. Femmes, enfants et personnes âgées figurent parmi les plus exposés.
Madeleine Kena souligne les difficultés quotidiennes : « Les femmes transportent souvent des charges lourdes. Traverser devient très risqué. Certaines préfèrent attendre ou passer en groupe. »
Des habitants évoquent déjà des glissades et des chutes dans la rivière.
Appel aux autorités
Le chef du quartier Katoka 2, Fortunat Kabamba Ntumba, reconnaît le caractère vital de cette infrastructure. Les initiatives communautaires, dit-il, ne suffisent plus.
La reconstruction dépasse largement les moyens des résidents. Il appelle les autorités provinciales à intervenir d’urgence pour réhabiliter ou remplacer la passerelle.
À Kananga, ce petit pont de bois résume un enjeu plus vaste : sans infrastructures fiables, la ville se fragmente. Et chaque planche qui cède éloigne un peu plus ses habitants les uns des autres.
Stony Mulumba, correspondant à Kananga

